Archive | 11 mars 2021

Tu t’appelais Maria Schneider de Vanessa Schneider

Présentation de l’éditeur :

Tu étais libre et sauvage. D’une beauté à couper le souffle. Tu n’étais plus une enfant, pas encore une adulte quand tu enflammas la pellicule du Dernier Tango à Paris, un huis clos de sexe et de violence avec Marlon Brando.
Tu étais ma cousine. J’étais une petite fille et tu étais célèbre. Tu avais eu plusieurs vies déjà et de premières fêlures. Tu avais quitté ta mère à quinze ans pour venir vivre chez mes parents. Ce Tango marquait le début d’une grande carrière, voulais-tu croire. Il fut le linceul de tes rêves. Tu n’étais préparée à rien, ni à la gloire, ni au scandale. Tu as continué à tourner, mais la douleur s’est installée.

Mon avis :

Je commencerai en réaction – comme souvent – à une phrase que j’ai lu sur un des nombreux réseaux sociaux qui existent : il est des personnes qui lisent peu de livres, qui sont fiers de lire très lentement (chacun lit comme il veut, cela devrait être évident pour tous) parce qu’ils veulent qu’un livre les accompagne pendant un moment de leur vie. Soit.
Je ne suis pas le contraire de ses personnes, mais j’en laisse certainement plusieurs dubitatives. Il en est même qui « plaigne » (sic) les personnes qui lisent plus de dix livres par mois. Je ne peux dire pourquoi ils les plaignent, je veux dire que je n’ai absolument pas besoin que l’on s’apitoie sur mon sort de lectrice. Ses tours et ses détours pour dire qu’en refermant Elle s’appelait Maria Schneider, je me suis rendue compte que les livres de Vanessa Schneider m’accompagnaient depuis dix ans maintenant, depuis Le pacte des vierges, je me souviens avoir emprunté en ebook, un des premiers, et maintenant, je lis le tout dernier roman, qui vient de paraître en poche. Je l’ai acquis à la librairie la plus proche de chez moi.
Elle s’appelait Maria Schneider, c’est le portrait de la cousine de l’auteur, célèbre presque malgré elle, dont j’avais entendu parler dans Initiales BB – Brigitte Bardot parlait d’elle avec beaucoup de tendresse. Pourquoi je dis « malgré elle » ? Parce que, toute sa vie, on ne lui a parlé que d’un seul et unique film : Dernier Tango à Paris. Et, pendant des décennies, on a refusé d’entendre, d’écouter, ce qu’elle avait à dire sur ce film, ce qui s’était vraiment passé. Il a fallu la vague #Metoo pour que l’on comprenne enfin la portée des mots du réalisateur – qui disait lui-même ne pas avoir prévenu l’actrice, parce qu’il ne voulait pas qu’elle joue l’humiliation, il voulait qu’elle soit humiliée. Combien de réalisateurs ont agi ou agissent toujours ainsi ? A combien encore ne donne-t-on un bâton d’impunité à cause de leur talent ? A méditer.
Moi-même, j’ai commencé par parler du film, alors que le récit de Vanessa Schneider nous parle de l’ensemble de la vie de Maria, de sa naissance dans une famille dysfonctionnelle à sa mort. Cette famille, c’est la famille Schneider, dont l’autrice parle inlassablement à travers ses livres, cette famille dont chaque membre tente plus ou moins de se raccrocher à un autre membre, tente d’exister, avant de se consumer, qui à cause de l’alcool, qui à cause de la désespérance. Vanessa raconte son enfance en dehors de ce qu’elle aurait pu attendre – son père était haut-fonctionnaire, sa mère femme au foyer – et cette cousine qui jaillissait parfois, cette cousine qui se droguait, souvent, et qui a fini par décrocher. Comment d’autres membres de la famille n’ont pas pu, ou tentent encore de le faire. Vanessa était une enfant à qui on ne cachait rien, parce que Dolto avait dit qu’il ne fallait rien cacher aux enfants – y a-t-il un extrait dans lequel elle dit qu’il faut tout de même choisir les mots et le moment ? Je ne sais pas, contrairement aux parents hippies perdus de Vanessa Schneider je n’ai pas lu Dolto. Vanessa, ses parents, ses oncles et tantes avant elle, ont vu et entendu des choses qu’ils n’auraient pas dû entendre, mais avec lesquels ils ont dû vivre – et mourir aussi.
L’autrice nous prévient, on a dit, on a écrit beaucoup de choses qui étaient fausses sur sa cousine, les journalistes ne se donnant pas toujours la peine de vérifier leurs sources. Vanessa, l’enfant, est partie à la recherche de sa cousine et a mis des mots sur sa vie, sur ses errances et ses douleurs. Et ses joies ? Elles sont rares. Parti-pris de l’autrice, comme pour le quatrième de couverture, Vanessa Schneider s’adresse directement à sa cousine – comme pour lui dire ce qu’elle n’a pas eu le temps, ou pas pu lui dire de son vivant. Prenant.