Archive | 26 février 2021

Le bazar du zèbre à pois par Raphaëlle Giordano

Présentation de l’éditeur :

Basile, inventeur, agitateur de neurones au génie décalé, nous embarque dans un univers poético-artistique qui chatouille l’esprit et le sort des chemins étriqués du conformisme. De retour à Mont-Venus, il décide d’ouvrir un commerce du troisième type : une boutique d’objets provocateurs. D’émotions, de sensations, de réflexion. Une boutique « comportementaliste », des créations qui titillent l’imagination, la créativité, et poussent l’esprit à s’éveiller à un mode de pensée plus audacieux ! Le nom de ce lieu pas comme les autres ? Le Bazar du zèbre à pois.

Merci aux éditions Plon et à netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Je n’ai jamais lu cette autrice avant de découvrir cette ouvrage. Je ne la connaissais que de nom, connaissais aussi le titre de ses précédents ouvrages mais n’en ai jamais ouvert un, ni même lu les avis sur ceux-ci, paradoxe d’une personne qui rédige des avis et ne lit pas forcément ceux qui concernent des livres qu’elle n’a pas envie de lire dans l’immédiat.
Le bazar du zèbre à pois, c’est le titre du roman et c’est aussi le titre de la boutique ouverte par Basile, enfant de retour au pays natal, si j’ose dire. Il est inventeur, et surtout, il veut bousculer les conventions avec ses « objets provocateurs ». En ce qui concerne la « provocation », cela dépend pour qui. Il ne s’agit de rien de gratuit ou pire, de trash, de cru ou de sanglant. Il s’agit de faire fonctionner les méninges et la créativité de celui ou celle qui rentre dans la boutique. Consommer et faire réfléchir – un paradoxe, là aussi. Le bazar ne cherche pas une consommation de masse, mais une consommation raisonnée pour ne pas dire économique et créative, quand Basile et son nouvel employé créent une machine à customiser. En revanche, il est des personnes qui seront provoquées, c’est certain, des personnes comme Louise. Etre à la tête d’une association citoyenne, c’est bien. Ne vouloir que des choses utiles, des actes utiles dans sa vie, c’est triste et réducteur. Je fais partie de ses personnes, comme Basile, qui pense que « travailler » et « souffrir » ne sont pas un couple obligatoire. Et pourtant ! J’en ai cotoyé, au début de ma carrière, des collègues qui parlaient de leur souffrance en préparant leur cour, de leur souffrance en cours, de leur boule au ventre avant de rentrer dans une salle de classe. Il a fallu plusieurs années pour rencontrer des collègues qui disent que certaines activités de notre métier sont moins agréables que d’autres, et qu’il en est de même pour tous les métiers. Ouf. Je me sens moins seule à ne pas souffrir.
Le bazar du zèbre à pois pourrait n’être qu’un feel good roman. Il nous interroge, pourtant, sur ce que nous voulons faire dans la vie, ce que nous voulons faire de notre vie. Doit-on forcément renoncer à ses rêves pour garder un travail alimentaire dans lequel on ne s’épanouit pas, au lieu d’en chercher un autre, moins gratifiant financièrement mais plus risqué, plus épanouissant ? Que signifie la réussite professionnelle, qui assure un bon train de vie, quand on n’en profite même pas, et quand on passe à côté de ses proches, ceux pour qui l’on prétend se tuer à la tâche ? Comment changer aussi le regarde de certains professeurs, qui mettent définitivement les élèves dans des cases, et ne font rien, ni dans leur travail, ni dans leur propre cheminement, pour les en sortir ? Ne parlons pas non plus de la fausse bienveillance, bien pire que la vraie indifférence, parce qu’elle donne bonne conscience.
Le bazar du zèbre à pois est un livre agréable à lire, avec un récit bien construit et bien rythmé. Mention spéciale pour les chapitres avec Opus comme narrateur, charmant teckel parfois dépassé par la situation.

Puissions-nous vivre longtemps d’Imbolo Mbue

Présentation de l’éditeur :

C’est l’histoire d’un petit village d’Afrique de l’Ouest en lutte contre la multinationale américaine qui pollue ses terres et tue ses enfants.
C’est l’histoire d’une génération d’anciens qui a cru en la promesse d’une prospérité venue d’Occident.
C’est l’histoire d’une jeunesse qui décide de se révolter, quitte à user de la violence et à prendre les armes.
C’est l’histoire de Thula, la belle et courageuse Thula, prête à tout pour sauver les siens au risque de tout sacrifier.

Merci aux éditions Belfond et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Je le dis d’entrée de jeu, j’ai eu du mal à lire ce livre, j’ai eu du mal à aller au bout de ce livre. Ce qu’il raconte est en effet dur, tragique, parfois insoutenable, d’autant plus insoutenable que l’histoire est cruellement possible.
A chaque chapitre son ou ses narrateurs. Ils alterneront tout au long du récit, parce que certains faits ne pourront être racontés par n’importe qui. Le narrateur peut être un, comme Thula ou Bongo, son oncle, ou Sahel, sa tante. Il peut être choral, comme ce groupe d’enfants qui a le même âge que Thula, ce groupe de survivants, à la maladie, au massacre.
C’est l’histoire d’une multinationale américaine qui s’est installée dans ce village – dans d’autres villages aussi – avec la bénédiction de Son Excellence, qui dirige ce pays d’Afrique de l’Ouest. C’est l’histoire d’une multinationale qui engrange de grands bénéfices, et néglige tout ce qui peut assurer la sécurité des habitants du village. Les terres deviennent stériles, l’eau polluée. Les enfants tombent malades, et parfois, trop souvent même, ne guérissent pas. Le petit frère de Thula aura la chance de revenir à la vie. Un parmi tant d’autres qui seront mis en terre avant leurs parents et leurs grands-parents.
C’est l’histoire d’années qui se transforment en décennies de lutte. Ce sont des tentatives pour faire bouger les choses, pour que réparations soient faites, dans tous les sens du terme. C’est l’histoire de choix, aussi, partir, rester, accepter l’argent, accepter le travail. C’est constater aussi que les employés de la compagnie, s’ils ont accepté de travailler pour la compagnie, ne sont pas forcément mieux lotis.
C’est l’histoire de traditions que les grands-parents, les parents essaient de transmettre. C’est l’histoire du capitalisme qui s’implante tranquillement en terre africaine, c’est l’histoire aussi du colonialisme, de l’esclavage, qui ont laissé des traces sur la terre et dans les mémoires.
Ce n’est pas un livre facile, je l’ai déjà dit, mais c’est un livre important, à lire et à partager.