Archive | 21 février 2021

Justice indienne de David Heska Wanbli Weiden

Présentation de l’éditeur :

Sur la réserve indienne de Rosebud, dans le Dakota du Sud, le système légal américain refuse d’enquêter sur la plupart des crimes, et la police tribale dispose de peu de moyens. Aussi les pires abus restent-ils souvent impunis. C’est là qu’intervient Virgil Wounded Horse, justicier autoproclamé qui loue ses gros bras pour quelques billets. En réalité, il prend ses missions à cœur et distille une violence réfléchie pour venger les plus défavorisés.
Lorsqu’une nouvelle drogue frappe la communauté et sa propre famille, Virgil en fait une affaire personnelle. Accompagné de son ex-petite amie, il part sur la piste des responsables de ce trafic ravageur. Tiraillé entre traditions amérindiennes et modernité, il devra accepter la sagesse de ses ancêtres pour parvenir à ses fins.

Merci à Gallmeister et à Babelio pour ce partenariat.

Mon avis :

Justice ? Quelle justice ? On peut être en droit de se le demander en lisant ce livre.
Que l’on commence par le début ou par la post-face, on fait le constat que la justice n’existe pas pour les indiens – pas le fameux système légal américain, tant vanté. La police tribale ? Elle a très peu de moyens, trop peu. Quant à ceux qui pourraient enquêter, eh bien, la réponse est le plus souvent « non » – parce qu’ils ont mieux à faire, parce que ce sont des histoires d’indiens, voire de simples histoires de violences conjugales.

Attention spoiler : Je crois que ce livre est le seul pour lequel j’ai senti une immense compassion pour une personne qui a tué son chat. Alors je vais ouvrir une parenthèse, parler de ces textes que d’aucun juge « résistant », c’est à dire dure à lire et à faire lire, dans lequel rentre la catégorie « scène dans laquelle on tue un animal » – comme s’il fallait à tout prix prouver que l’on était un « bon » lecteur parce que l’on était près à lire sans ciller ce genre de scène, comme si, par extension, il fallait dans la vie regarder sans ciller des animaux se faire tuer parce que, parce… Ici, dans Justice indienne, la jeune femme qui tue son chat est au-delà de la douleur qui lui a été infligé, de la justice qui ne lui a pas été rendue. Elle ne tue pas son chat, elle emmène avec elle, dans la mort, le seul être vivant qu’elle aimait encore. Elle est une des personnes, pour ne pas dire LA personne qui a fait de Virgil Wounded Horse : un justicier. Quelqu’un qui règle avec ses poings ce que la loi, la justice, la police n’a pas pu régler. De tels hommes existent réellement, comme le précise l’auteur à la fin de son livre, ce sont simplement les statistiques qui manquent pour signifier l’ampleur du phénomène.

La soeur de Virgil est morte, aussi élève-t-il son neveu Nathan seul. Son point faible ? Oui, c’est ce que j’ai pensé, surtout quand Nathan fait une surdose de drogue, quand la vie du jeune homme n’a plus tenu qu’à un fil et que Virgil a découvert que des dealers ne cherchaient qu’à inonder la réserve avec une nouvelle drogue. La surdose de Nathan n’est que le début de l’affaire. J’ai aimé le rythme du récit, qui nous fait partager les espoirs et les peurs de Virgil – pas pour lui, non, pour ceux qui l’entourent. J’ai aimé ce livre qui dresse un état des lieux de ce qui se passe dans les réserves, de la manière dont ses habitants sont traités par ceux qui se considèrent comme plus américains qu’eux. Il nous parle des violences ordinaires subies dès l’enfance, de la précarité, du manque de solidarité. Il nous parle aussi de la culture indienne, de personnes absolument lumineuses telles Jerôme. J’ai à peine évoqué Mary. Elle a vécu une courte histoire d’amour avec Virgil, elle en a vécu une autre encore plus courte avec Rick, un des dealers. Son obsession ? Faire tout ce qui est possible pour que la vie des Lakota soit meilleure – et quand je lis certains faits, j’ai l’impression que l’action ne se passe pas de nos jours, qu’il est impossible que toute une communauté vive dans une telle précarité. Mary qui ne lâchera pas Virgil dans sa quête pour sauver Nathan, quoi qu’il dût lui coûter.

 

Océans en danger – Théo super-héros de la nature d’Anne-Marie Desplat-Duc

édition Scrinéo – 114 pages

Présentation de l’éditeur :

Depuis que Théo a été choisi par les petits animaux de son jardin pour devenir le super-héros de la nature, il n’a pas le temps de s’ennuyer !
Après avoir sauvé les insectes de sa commune et secouru les poules d’un élevage industriel, ce sont maintenant les animaux marins qui lui demandent de l’aide. Car les plages, les mers et les océans débordent de déchets…
Il est temps pour Théo de s’attaquer à la pollution marine !

Merci aux éditions Scrinéo et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Et il y a du boulot ! Pourquoi ? Parce que la pollution marine ne vient pas que de la mer, je dirai même qu’elle est plutôt provoquée par les « terriens », tous ceux qui laissent traîner leurs déchets sans penser à ce que ceux-ci deviendront, comme si, une fois abandonnés dans la nature, ils n’existaient plus. C’est plutôt le contraire, rien ne se perd, rien ne se crée et tout se retrouve qui dans la mer, qui sur les côtes, pour finir ingérer par les poissons, les mammifères marins, provoquant décès prématurés et dépopulation des océans. Sachant que l’homme a déjà du mal à voir la pollution qui a lieu sous ses yeux, imaginez un peu pour celle qui se passe très loin de lui !

Comme pour les deux premiers volumes, Théo super-héros de la nature est rempli de bonnes idées, simples à mettre en pratique pour peu que l’on fasse preuve de bonne volonté (oui, l’on connait tous des personnes qui en manquent singulièrement). Bien sûr, comme Maëlle, la meilleure amie de Théo, l’on peut légitimement être saisis de découragement, se dire que ce que l’on fait, c’est peu. Même Théo, en dépit de toutes les initiatives prises au sein de sa classe et du collège de son frère, sent aussi poindre du découragement. Parce que le problème ne peut pas être résolu seulement par des individus de bonne volonté, il faut aussi que les entreprises et les éleveurs intensifs s’y mettent, et là, c’est une toute autre affaire.

Ce troisième volume est dans la continuité des précédents, c’est à dire que les initiatives déjà prises continuent à être mises en oeuvre – nous avons par là même des nouvelles des poules prises en charge dans le second volume. Il est agréable et facile à lire. De même, j’apprécie l’initiative du cahier de jeux à la fin du livre, habitude que les éditeurs jeunesse avaient un peu perdu, et c’est dommage.