Miranda de Philippe Cuisset

édition Kyklos – 189 pages.

Quatrième de couverture :

Bien que Miranda soit essentiellement une héroïne de papier ou l’ombre indécise de quelques souvenirs vagues, je l’ai croisée au cours de l’automne 2017 à Reims sur un camp de réfugiés et de demandeurs d’asile. Miranda n’est qu’une des innombrables figures de l’abandon qui s’échouent sur les plages, s’épuisent au pied de murs fraîchement érigés, disparaissent sur le fil ininterrompu de l’exil avant de mourir dans les mascarades savantes des études statistiques. M’est-elle apparue dès le début sous la forme d’un squelette ? Je l’ignore, mais il fallait bien que quelqu’un songe un jour à lui rendre un peu de sa chair.

Merci aux éditions Kyklo et au forum Partage-Lecture pour ce partenariat.

Mon avis :

Voir, se voir, nous voir, comme dans un miroir. Miranda, prénom d’une héroïne shakespearienne. Miranda, « merveilleuse » en latin. Miranda – ou l’histoire d’une femme seule, une femme comme il en est tant d’autres, de manière indénombrable, au Mexique ou ailleurs. Miranda, seule, prostituée, outil dans les mains d’un cartel, déversoir pour les hommes. Une pute, c’est « cadeau », comme le dira un membre du Cartel à son tueur.
Miranda, c’était d’abord une jeune fille qui rêvait d’un ailleurs meilleur, et qui est tombé dans les griffes d’un réseau de prostitution, proie facile, sans soutien, sans appui. Alors Miranda ne rêve plus, Miranda qui doit rapporter le plus possible à son souteneur, Miranda qui ne compte même plus ou presque plus le nombre de passe qu’elle effectue. Alors elle prie, elle prie la « Maigrelette », la « Santa Muerte » parce qu’elle n’a plus d’espoir en cette vie, parce qu’au Mexique, la violence est partout, à tous les coins de rue, parce que la police est corrompue et qu’il n’est de refuge nulle part.
Miranda est un roman noir, qui montre sans fard la prostitution, et démonte le mécanisme de la lutte anti-drogue – entre paraître et bonne conscience, pour mieux permettre à d’autres réseaux de prospérer. Miranda, roman en trois parties, tragédie en trois actes, qui lance la jeune femme sur les routes du Mexique pour s’extraire de cette guerre, comme si c’était possible. Routes cabossées, défoncées, loin des images touristiques du Mexique, routes qui emmènent peut-être vers une grande ville où Miranda et Manuela, troisième figure féminine du roman (la deuxième restant pour moi la Santa Muerte, omniprésente dans les pensées de Miranda), pourront peut-être se construire une autre vie. Peut-être.
Roman noir, disais-je, parce que les cartels ne laissent personne leur échapper, parce qu’ils ont leur tueur, dont Le Chien, qui sera chargée d’éliminer les deux femmes en fuite. Le Chien, pour montrer sa perte d’humanité, ou pour dire que, tel un chien de chasse, il traquera sa proie jusqu’au bout ? Les deux, peut-être.
Un épilogue heureux est-il possible pour Miranda ? Je l’espère.

 

5 réflexions sur “Miranda de Philippe Cuisset

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