Archive | 27 janvier 2021

Coup de boule Corneille de Pascal Ruter

Mon avis :

J’ai l’impression, en rédigeant cette critique, que mon habit de professeur est encore sur les épaules – si tant est que je porte réellement un habit de professeur. Et pourtant… je ne peux pas m’empêcher de me dédoubler et de me dire : que penseraient les parents et les enseignants en lisant ce livre ?
Pour les parents, c’est très simple : il réagiraient exactement comme les parents d’élèves de ce livre. Certains soutiendraient « la remplaçante » qui permet à leurs enfants de s’épanouir. D’autres seraient totalement contre elle. Au milieu, les indécis, qui ne sauraient pas vraiment dans quel camp se ranger.
Songez-donc : Melle Bonjour est arrivée dans la classe d’Héléna. Elle est arrivée un peu en retard mais elle est arrivée de façon flamboyante, sur sa moto, et remplace la maîtresse qui était moyennement appréciée des élèves. C’est son premier remplacement, et ceci explique peut-être qu’elle ose. Elle ose confronter ses élèves au théâtre, à la scène, et elle décide de leur faire récrire Corneille, bref, de leur faire jouer une version plus que dépoussiérer du Cid.
Alors oui, les dictées, les exercices de grammaire, l’arithmétique et la géométrie vont un peu passer à la trappe, ces apprentissages jugés indispensables et très rassurants pour les parents d’élèves. Oui, la maîtresse se laisse débordé par tout ce qu’il faut faire pour maintenir la cohésion de groupe, l’ordre, la discipline, ne pas vexer les élèves qui n’auraient pas réussi à décrocher un des rôles principaux et aussi pour assurer la sécurité des élèves (certaines activités ont des conséquences inattendues). J’ai aimé le personnage d’Héléna, la jeune narratrice, toujours juste, toujours touchante, bref un personnage qui agit comme un enfant de son âge, ni plus, ni moins.
Et Corneille, dans tout cela ? Costume de professeur sur le dos, je vous dirai que nous sommes bien loin du texte original et que les puristes hurleront au sacrilège – oui, ceux-à même qui m’ont demandé un jour si mes élèves saisissaient les beautés des diphtongues dans le Bourgeois gentilhomme de Molière (vraie question qui me fut posée). Mais les élèves ont compris l’esprit de l’oeuvre, ils ont compris de quoi parlait le Cid. N’est-ce pas le plus important ?
Une oeuvre drôle, émouvante parfois, qui nous montre aussi comment les adultes projettent leurs propres angoisses sur leurs enfants.