Archive | 26 décembre 2020

L’oiseau noir de Plogonnec de Françoise Le Mer

édition du Palémon – 256 pages.

Présentation de l’éditeur :

Plogonnec, un joli bourg tranquille du Sud-Finistère, comme tant d’autres. Bien sûr, ses inévitables commères assaisonnent de fiel, çà et là, des vies trop monotones à leur goût. Mais il est des cancans qui tuent, de façon tout aussi efficace qu’une lame de couteau, surtout lorsqu’un corbeau prend le relais des langues vipérines… Michel Le Fur, secondé par Quentin Le Gwen, va devoir aider sa belle-mère, plogonniste, victime elle-aussi du noir corvidé.

Mon avis :

Voici encore un policier qui a oublié LA règle d’or quand on est policier : il ne faut jamais partir en vacances, jamais. En l’occurrence, il n’est pas réellement parti en vacances. C’est… compliqué. A la suite de l’achat d’un ordinateur qui a gravement grevé le budget familial, il n’a eu d’autres choix que de partir pour la seule destination pas chère qui faisait plaisir à Colette, sa femme : à Plogonnec, chez Thérèse, la mère de Colette, heureuse de voir sa fille et ses petits-fils. Seulement, Thérèse a des soucis, elle est la cible d’un corbeau. Pour Colette, hors de question que sa mère se gâche la vie, et la vie de son jeune amoureux – elle est septuagénaire, il a cinq ans de moins qu’elle – pour une lettre anonyme. Seulement, Thérèse n’est pas la seule à être victime de ce corvidé, et ses lettres font des ravages.
Les lettres anonymes me semblent être un sport national français bien connu, et ce n’est pas l’avènement des réseaux sociaux qui a fait disparaître cette pratique. Elle a simplement permis de la diversifier. Et, à la traditionnelle lettre écrite à la machine à écrire succède la lettre imprimée, bien plus difficile à identifier (nous utilisons quasiment tous le même type d’encre ou d’imprimante).
Si certains prennent bien les lettres qu’ils reçoivent, les lettres anonymes peuvent provoquer des drames, des tragédies, pour peu que la personne qui les reçoit soit fragile, influençable, ou les deux à la fois. Je note à part deux cas : celui de Jean-François, et celui de Patricia. Jean-François est homosexuel, et il est au courant, pas besoin qu’une lettre anonyme le lui révèle. Surtout, il en a assez (et moi aussi) que, dès qu’un artiste ou tout autre personnalité est homosexuel, ce soit le fait que l’on présente en premier, quand on n’occulte pas tout le reste, oeuvre comprise. Patricia est une jeune mère, elle vient d’avoir son troisième enfant, et quelqu’un l’a signalé à la DASS, comme mère dépressive et alcoolique. N’étant ni l’une, ni l’autre, mais plutôt une mère-louve, Patricia a bien l’intention de se battre, de porter plainte, et ainsi, même si cela prend du temps, de connaître ce « signalant ».
Ce qui a fait accéléré les choses ? Avoir, justement, des personnes qui ne veulent pas, ne veulent plus se laisser faire, qui veulent connaître le responsable – parce qu’il y a mort d’hommes, justement. Michel Le Fur et Quentin Le Gwen sont des policiers aguerris, qui connaissent les mécanismes qui poussent les corbeaux à agir, et les autres à se taire aussi. Interroger, questionner, mais aussi organiser une réunion publique, même si ce n’est pas facile. Oui, l’on n’a pas forcément envie de dire la teneur de la lettre reçue, et pour un Henri qui n’a rien à cacher, une Lorette plus proche de subir le sort de Desdémone qu’autre chose, combien craignent la part de vérité, et la grande part de honte contenues dans ses lettres ? Magistral.
Plus que l’enquête policière en elle-même, très bien menée, ce sont tous les mécanismes qui mènent à commettre ce qui ne peut plus être réparés qui sont analysés. Je me pose souvent la question de la manière dont les personnages féminins sont traités dans les romans. Il est, dans celui-ci, une belle palette de la condition féminine. Il est des femmes fortes, il est de fortes femmes aussi. Il en est qui mène des vies de famille paisibles. Il est des femmes qui ont su construire leur chemin seules, en dépit de l’adversité, d’autres qui se sont reposées sur l’homme qu’elles aimaient, fermant les yeux sur tout ce qui leur semblait supportables, du moment qu’il reste à leurs côtés – si tant est qu’il reste à leurs côtés.
Je terminerai par cette citation : Certes, il faut se méfier d’une femme qui idolâtre son mari, quand elle n’a que lui comme soutien.