Archive | 30 novembre 2020

La peine du bourreau d’Estelle Tharreau

édition Taurnada – 256 pages

Présentation de l’éditeur :

McCoy est « bourreau » au Texas. Après 42 ans passés dans le couloir de la mort, il reçoit la visite officieuse du Gouverneur Thompson qui doit se prononcer sur la grâce du condamné numéro 0451.
Il ne leur reste que quatre heures pour faire revivre les souvenirs de McCoy avant l’injection létale.
Quatre heures dans l’isolement de la prison de Walls.
Quatre heures pour cinq crimes qui déchaînent les passions.
Quatre heures pour ce qui pourrait être la dernière exécution de McCoy.
Quatre heures pour jouer le sort d’un homme.

Préambule :

Je tiens à remercier les éditions Taurnada et plus particulièrement Joël pour ce partenariat. Dire que je suis en retard pour rédiger mon avis tient de l’euphémisme. Je ne vous parle même pas de la panne d’écriture subie avant-hier et hier (remède, écrire quand même et avoir la sagesse d’oublier les problèmes sur lesquels on n’a pas de prise).

Mon avis :

La peine du bourreau, ou un titre à double sens : la douleur de celui qui exécute (encore que, au tout début de sa carrière, cela ne semble pas si évident que cela) et la peine qu’il vit, le « bourreau » passant sa vie dans le couloir de la mort. La différence est que lui l’a choisi, bien sûr, et qu’au Texas, être un bourreau semble être un métier comme un autre.

Texas : état qui persiste envers et contre tout à condamner à mort et à exécuter alors que vingt-deux états ont renoncé. Pour les autres états, le constat est simple : en 2019 22 exécutions, concentrés dans sept états ont eu lieu, dont neuf pour le Texas. Derrière les chiffres, des noms, des vies, des morts, des exécutions, et c’est cela que nous raconte La peine du bourreau, à travers les personnages du condamné 0451, du bourreau McCoy et du gouverneur Thompson. Celui-ci a été élu en partie parce qu’il est un partisan acharné de la peine de mort. Ce soir, il a quatre heures pour décider si oui ou non le condamné 0451 sera exécuté. Quatre heures pendant lesquelles le condamné, qui a tué cinq personnes, lui expliquera comment il en est arrivé là. Quatre heures pendant lesquels partisans et opposants de la peine capitale manifesteront devant la prison.

Le Texas ? Un état dont on ne peut s’en aller, ai-je l’impression. En tout cas, Ed et sa femme Shelby échoueront d’entrée de jeu, et je ne peux m’empêcher de penser que leur vie aurait été différente s’ils avaient réussi à quitter cet état du Sud, un état rural, on a tendance à l’oublier, un état où la ségrégation de fait remplace celle qui était légale. Oui, il est des personnes qui ne considéreront jamais un homme comme égal à eux, parce qu’il n’a pas la même couleur de peau.

Le Texas, c’est aussi une liste impressionnante de condamnation, d’exécution, de justice qui, à mes yeux, n’a pas fait son travail, et le récit nous invite, justement, à définir cette notion de justice, et ceux qui devraient véritablement œuvrer pour elle, au lieu de servir tout autre chose.

La peine du boureau est un roman qui m’a happée, tout comme l’œuvre précédente d’Estelle Tharreau, et pourtant, sur une toute autre thématique. Un roman qui ne vous laisse pas respirer, qui vous prend et vous emporte littéralement, au cours de ces quatre heures, ou de ces quarante ans, comme vous voudrez, passer dans le couloir de la mort, une oeuvre qui confirme, s’il en était encore besoin, le talent de l’autrice.