Archive | 22 novembre 2020

Blankets de Craig Thompson

édition Casterman – 582 pages

Présentation de l’éditeur :

Drôle d’enfance pour Craig. Il grandit dans un cadre idyllique, celui d’une ferme isolée dans les bois du Wisconsin, où il côtoie biches, renards, ours, blaireaux… En revanche, la petite ville où il va à l’école est emblématique de l’Amérique profonde : repliée sur elle-même, violente, raciste. Une intolérance subie de plein fouet, à laquelle vient s’ajouter une culpabilité omniprésente entretenue par son éducation ultra-catholique. Lassé de l’autoritarisme de son père et des brimades vécues à l’école, Craig se réfugie dans le dessin, « plaisir frivole » dont s’efforcent de le détourner ses éducateurs. Son sentiment de culpabilité atteint son paroxysme lorsqu’il tombe raide amoureux de Raina, rencontrée dans un camp de vacances paroissial. Une passion qu’il parviendra tout de même à vivre jusqu’au bout… et qui lui redonnera goût au dessin, pour notre plus grand bonheur !

Mon avis :

Je ne commencerai pas par dresser la différence entre roman graphique et bande dessinée, parce que je trouve la distinction entre les deux un peu absurde, comme si le roman graphique était un genre noble, que l’on peut être fier de lire, et que la bande dessinée manquait cruellement d’ambition, était frivole, etc, etc…. Alors je mets l’étiquette « bande dessinée » à cette oeuvre, parce que je ne vois pas en quoi cela est honteux.

Blanket n’est pas forcément une oeuvre facile à lire, mais c’est une œuvre que j’avais envie de lire, que j’ai croisé plusieurs fois avant de l’acquérir – ou de sauter le pas, comme vous voulez. Nous suivons les pas de Craig, et de son enfance pas très heureuse. Nous sommes dans le Wisconsin, dans le fin fond de l’Amérique, la fameuse Amérique que l’on ne nous montre jamais dans les séries télévisées, mais que l’on peut, parfois, vaguement apercevoir au détour d’un documentaire ou d’un sordide fait divers. Nous sommes dans une communauté très croyante, une communauté que je qualifierai d’extrémiste, tant tout se conçoit uniquement à travers le prisme de la religion et de la vie après la mort. Pour faire court : sacrifier tous les plaisirs de cette vie (qui ne sont pas considérés ainsi) dans le but de tous se retrouver dans l’au-delà. J’ai eu envie de secouer ces personnes, qui ne se rendent pas compte qu’elles gâchent la vie de leurs enfants en agissant ainsi – qu’elles gâchent la leur, c’est déjà pas mal. Craig, lui, s’évadera – son oeuvre le prouve assez. Mais quid des autres ? Il rencontre Raina dans un camp de vacances paroissial, et il faudra véritablement satisfaire aux exigences de ses parents pour qu’il puisse passer, bien loin, quelques jours avec elle. Il y découvre alors une autre famille, très croyante, tellement croyante que, pour remercier Dieu de leur avoir donné un enfant en bonne santé, ils ont adopté deux enfants handicapés mentaux. Bilan : une fille aînée, celle à cause de qui ils ont adopté, qui a fui par le mariage le foyer familial, a eu un enfant qu’elle appelle « le bébé » comme si sa fille n’avait pas de prénom ou était vouée à rester toute sa vie un bébé, et se demande maintenant si elle ne va pas divorcer, une fille cadette qui s’occupe de son frère, de sa soeur et de sa nièce, et un couple au bord de l’explosion. Craig, lui, voudrait simplement vivre son premier amour et dessiner. Quasi impossible.

Pour illustrer ce récit, du noir, du blanc, les paysages du Wisconsin, les fantasmes de l’enfance et les cruelles réalités, les maltraitances aussi. Et la neige aussi, qui recouvre, qui cache et qui s’en va. Une oeuvre brute, brutale, directe.