Un crime sans importance d’Irène Frain

Présentation de l’éditeur :

« Les faits. Le peu qu’on en a su pendant des mois. Ce qu’on a cru savoir. Les rumeurs, les récits. Sur ce meurtre, longtemps, l’unique certitude fut la météo. Ce samedi-là, il a fait beau. Dans les commerces et sur les parkings des hypermarchés, on pointait le ciel, on parlait d’été indien. Certains avaient ressorti leur bermuda et leurs tongs. Ils projetaient d’organiser des barbecues dans leur jardin.
L’agresseur, a-t-on assuré, s’est introduit dans la maison de l’impasse en plein jour. On ignore à quelle heure. Pour trancher, il faudrait disposer du rapport du policier qui a dirigé les investigations. Malheureusement, quatorze mois après les faits, il ne l’a toujours pas rendu. »
Face à l’opacité de ce fait divers qui l’a touchée de près – peut-être l’œuvre d’un serial killer –, Irène Frain a reconstitué l’envers d’une ville de la banlieue ordinaire. Pour conjurer le silence de sa famille, mais aussi réparer ce que la justice a ignoré. Un crime sans importance est un récit taillé comme du cristal, qui mêle l’intime et le social dans des pages tour à tour éblouissantes, drôles ou poignantes.

Mon avis :

Et c’est vraiment mon avis, ai-je envie de dire juste en dessous de ces mots fatidiques, comme si une blogueuse n’écrivait pas ce qu’elle pense réellement d’un livre. Logiquement, si. Cela fait longtemps aussi que l’on ne m’a pas reproché un avis en mode « mais tu n’as rien compris au livre ». Cela (re)viendra peut-être avec celui-ci.
Je l’ai acheté vendredi, lu samedi, chronique qui paraît beaucoup plus tard que je ne l’aurai pensé (en novembre, donc). J’ai eu l’impression de m’infliger une lecture, plutôt que de lire, parce que ce n’est pas un roman, c’est le récit d’une souffrance – de souffrances. Et c’est parfois difficilement supportable à lire, comme si, finalement, j’avais regardé l’autrice en train de se noyer dans sa douleur, dans sa colère, sans rien pouvoir faire de mon côté. Lire un roman, c’est beaucoup plus reposant émotionnellement parlant, puisque l’on sait que ce n’est pas réel – sauf si l’auteur a réussi à rendre tellement réels ces personnages que l’on ne peut que ressentir de l’empathie pour eux.
Je commencerai donc par ce qui a été le plus facile à lire : la partie judiciaire. Irène Frain nous parle alors de notre époque, celle qui non seulement adore regarder des séries policières, de la plus douce à la plus trash, mais encore regarde un nombre incalculable de documentaires.
Je l’admets : j’ai fait un malaise (chute de tension ? hypoglycémie ?) en lisant ce livre, comme si mon corps me disait : « stop, passe à autre chose, c’est trop pour toi ». Parce que rien ne se passe comme l’on pense que cela pourrait se passer. Parce qu’il est des enquêtes qui, si je ne les qualifierai pas de bâclées, sont du moins pas assez approfondies, comme si l’enquêteur avait voulu garder l’affaire « pour lui », et ne surtout pas la transmettre. C’est un constat extrêmement triste, il aura fallu d’autres agressions, des témoins pour que l’affaire bouge enfin. Que dire aussi du premier avocat engagé par l’autrice, qui conseille, finalement, de ne surtout rien faire ?
Je continue avec ce qui m’a bloqué, ce qui a été le plus difficile à lire (j’ai failli écrire « à remplir ») : la partie concernant les relations familiales. Je ne sais pas s’il faut qualifier de coupures, de ruptures, de liens très difficiles. Pour résumer, Irène n’a pas eu les mêmes rapports avec ses parents que ses aînés, ou ses cadets. A part dans la famille, recueillant aussi une certaine hostilité de leur part, l’autrice a dû aussi faire face à la maladie mentale de Denise, sa soeur aînée. Et je ne comprends ni la réaction du médecin, le conseil qu’il lui a donné, ni le fait qu’elle l’ait accepté, presque avec soulagement. Peut-être agissait-on ainsi, à l’époque. Je trouve, par expérience familiale, qu’il est extrêmement triste de considérer ainsi un membre en souffrance. Alors oui, c’est dur, oui, c’est compliqué, très compliqué, d’être avec eux, oui, il arrive que l’entourage baisse les bras, surtout quand on a été aussi proche que l’autrice l’a été de sa soeur. Il est d’autant plus courageux d’évoquer ses liens, et toutes les douleurs qui les ont entourés. Mais c’est tout sauf facile à lire.
Une oeuvre forte, qui donne l’impression d’une justice à deux vitesses : pas de marche blanche pour les meurtres de vieilles dames, pas de une des journaux nationaux. Comme le dit si bien le titre : un crime sans importance.

8 réflexions sur “Un crime sans importance d’Irène Frain

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