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Un peu d’écriture – 11 novembre 2020

Bonjour à tous
Face à ce nouveau confinement, je ressens un mal être à la foi physique et moral. Depuis quelques temps, je n’écris plus vraiment (je parle d’écrit de fiction, pas de critiques). J’ai donc eu envie, plutôt que d’écrire un texte sur mon absence de bien-être, de rédiger un texte qui me trotte dans la tête depuis mardi/mercredi. J’ai cherché, parmi les personnages qui reviennent dans mes écrits, lequel serait le plus à même de transcrire (en forme très romancée) ce que je ressens. Je crois que mon cher Guillaume Berthier est parfait pour cela.

– Allô, commandant Berthier à l’appareil. Non, je ne suis pas au travail, je suis chez moi. Je vous rappelle que l’on est le 11 novembre et que l’on est confiné, double raison pour laquelle je décroche quand on m’appelle sur mon téléphone fixe, qui plus est à six heures du matin. (Je crois que mon interlocuteur sent qu’il ne faut peut-être pas me chercher. Déjà qu’il a de la chance que je ne dorme pas, que je ne râle presque pas pour m’avoir appelé à cette heure indue).
Un cadavre a été retrouvé dans la mare de Sacaille. Quand ? Il y a une heure ? Je vous arrête tout de suite, ce n’est pas, ce n’est toujours pas de mon ressort (ras le bol d’être appelé chaque fois qu’il y a le moindre problème à Sacaille, qui devrait être rebaptisé Poisse, n’était le micro-climat particulièrement frisquet qui y règne).
Pardon ? Je suis chargé quand même de l’enquête (et après, on va dire que j’outrepasse mes droits, ou que la justice ne fait pas son boulot). Non, mais je comprends parfaitement ceux qui sont ravis de ne pas être chargés de cette… patate chaude. Parce qu’en plus il faut que je vienne ? (Soupirs si violents que Betty, le bouledogue de la sœur de Guillaume, en fut réveillée, elle que la sonnerie du téléphone n’avait pas fait broncher).

Sacaille, Guillaume Berthier commençait à connaître la route par chœur. Il avait même fait visiter le village à Imogène, entre deux confinements. C’est elle qui avait remarqué certaines particularités, qui avaient échappé à Guillaume – tout simplement parce qu’il s’était contenté des « lieux du crime », et non d’une visite poussée des sept rues qui constituent le village (et trois ruelles, restons précis). Il trouva très facilement, malgré la nuit noire, le joli rassemblement autour de la grand’ mare. Il se gara, salua au passage le collègue déjà sur place, et les gentils scientifiques au travail.
– Qui a trouvé le corps ?
Il se demandait franchement pourquoi il avait posé la question. C’était soit l’adjoint au maire, Jean-Robert Corvillon, soit le maire lui-même, Loïc Cormeille, deux chats noirs, deux personnes sur qui pleuvaient toujours des catastrophes en tout genre.
Avec lui, cela faisait trois.
Puis, il avait tout de même été aidé : Jean-Robert était tout tremblotant, assis sur le banc, en train d’avaler une boisson chaude, alors que le maire, en pyjama et manteau (la bienséance interdisait à Guillaume de dire quel motif il apercevait dans l’échancrure du manteau… Ah, pardon, tant pis pour la bienséance, c’était un Gaston Lagaff ») se tenait à ses côtés et lui tapotait dans le dos. A leurs pieds, un chien de race très indéterminé.
– A cinq heures du matin, le chien de l’adjoint au maire a été pris d’un besoin pressant de se promener. Monsieur Corvillon a alors généré sur son portable une attestation de déplacement pour promener son chien dans la rue parce que, je cite, « à cette heure-là, nous ne dérangerons personne ». Il a vu quelque chose qui dépassait de l’eau, la mare du village étant extrêmement basse à la suite de la sécheresse de l’été dernier. Il a cru que quelqu’un avait encore jeté des détritus dans celle-ci, s’est approché, et a vu le corps. Il nous a appelé, puis a appelé le maire comme soutien moral.
– Le maire est aussi son voisin, si je me souviens bien.
– Exact.

Selon les premiers constats, la victime n’avait pas été tuée sur place, elle était déjà morte quand on avait jeté son corps dans cette mare. Ni l’adjoint ni le maire n’avaient reconnu le corps. Puis, comme l’avait dit si justement Loïc Cormeille, le maire : « un habitant du village n’aurait jamais fait la bêtise de mettre le corps là, à moins de vouloir qu’il ne soit découvert tout de suite ».
Mouais. Il fallait quand même connaître la mare.
Guillaume avait cependant un petit accès de mesquinerie. Le ou les coupables allaient devoir justifier son déplacement pendant le confinement. Sur l’attestation de sortie, il n’y a pas de case « va commettre un meurtre et se débarrasser du corps ».