Le Vent et le lion de James McBride

Présentation de l’éditeur :

Un vendeur de jouets émerveillé face au plus précieux jouet du monde dont l’existence n’était jusqu’ici qu’un mythe ; une bande de gamins dont la musique transforme le quotidien d’un ghetto noir en Pennsylvanie ; un conte de la guerre de Sécession avec un Abraham Lincoln aux allures de Père Noël ; un zoo avec des animaux qui parlent et se moquent des humains, si maladroits… Ces miniatures ont en commun la part de magie qui peut surgir à tout moment de notre existence. Lumineuse et imprévisible, la vie bouillonne et prend toujours le dessus, surtout si l’on tend la main aux autres.

Mon avis : 

J’ai lu ce recueil de nouvelles dans le cadre du challenge Livra’deux pour Pal-addict, et si Julie27 ne l’avait pas proposé, il serait peut-être resté encore longtemps dans ma PAL.

Ce recueil est composé de plusieurs nouvelles, la plupart très longue (de trente à quatre-vingt pages) autant dire que le lecteur a le temps de s’imprégner de l’ambiance, de sympathiser avec les personnages, qui, si les thèmes des nouvelles sont différents, sont tous d’une grande richesse.

Je ne vous les présenterai pas dans l’ordre, non, je commencerai par « Papa Abe », une nouvelle qui se situe au milieu du recueil, assez courte, et qui apparaît presque comme un conte. Nous sommes en Virginie, pendant la guerre de Sécession finissante, des soldats creusent, déblaient, et leur seule distraction est le passage de dix-huit orphelins noirs pris en charge par une religieuse. Parmi eux, le petit Abe Lincoln, prénommé ainsi par on ne sait qui, cinq ans, qui peut facilement croire tout ce que les soldats lui disent, notamment que son papa s’appelle aussi Abe Lincoln et qu’il viendra demain le chercher. Cela semblerait presque anodin, sauf que la guerre de Sécession n’est pas finie, et qu’en Virginie, ces petits orphelins noirs peuvent apparaître comme autant d’esclaves en fuite : il est toujours bon de ramener le lecteur à la réalité de cette époque. Et si cette nouvelle est presque un conte, c’est parce qu’il peut se trouver quelqu’un pour prendre en charge cet enfant, tel un cow-boy solitaire d’un nouveau genre.

« Le banc des jérémiades » qui lui fait suite contient quant à lui une bonne dose d’humour noir et de fantastique. Figure extraordinaire et charismatique que celle du boxeur Rachman, qui ne doute jamais de lui – même quand il se retrouve ni plus ni moins que dans l’anti-chambre des enfers et provoque le gardien du lieu en un combat singulier. Son énergie irriguera littéralement tout le texte. Et non, je n’y chercherai pas une morale religieuse, plutôt le fait qu’il faut croire en soi, croire en autrui aussi, et ne pas hésiter à s’unir, même si l’adversaire paraît plus grand que vous.

« Le Five-Carat Soul Bottom Bone Band » est ma nouvelle coup de coeur. En quatre parties, elle nous fait découvrir ce quartier paumé d’une ville de Pennsylvanie, quartier dans lequel les habitants n’ont souvent pas l’électricité chez eux – parce que la dernière facture n’a pas été payée, l’avant-dernière non plus – où l’avenir n’est pas vraiment envisagé non plus. La figure pas si charismatique que cela du pasteur émerge – cependant, il sait être là quand il le faut, au tribunal quand il tente d’éviter la peine de mort à un jeune du quartier. Il sait aussi utiliser un discours bien rôdé sur les jeunes noirs qui se font tuer – et le narrateur de jeter un regard ironique sur la manière dont il prend la défense de ce « jeune », qui n’avait rien fait de bon dans sa vie, alors que le pasteur n’a pas pris la défense d’autres membres de la communauté victime de violences policières ou de violences conjugales. Le seul personnage véritablement sincère, le seul qui assurera au jeune homme un enterrement décent est le commerçant qui l’a tué, alors qu’il était en train de se faire cambrioler. Oui, James McBride lance un regard dépourvu d’angélisme sur sa communauté.

De même, « Monsieur P et le vent », la dernière nouvelle du recueil comporte cinq parties, et l’auteur nous en explique la genèse à la fin – et nous explique aussi pourquoi il n’a pas le temps de détailler chacune de ses sources d’inspiration. Il s’agit de la vie quotidienne, mais aussi la vie nocturne, secrète, des habitants malgré eux de ce zoo. Ne l’oublions pas, les lions, les singes et autres zèbres n’ont rien à y faire, quoi qu’en disent certains hommes politiques. Aussi, le dénouement, qui choquera certains, est pour moi le plus beau qui soit.

Je termine par la nouvelle qui ouvre ce recueil, « Un train nommé « Under Graham Railroad » et nous parle d’un train magnifique, un train offert à un enfant, Graham Lee, fils du général confédéré Robert E. Lee qui mourra avant d’avoir pu s’en servir, et depuis, ce train est devenu une légende pour les collectionneurs. Après la mort subite de Graham, peu après le départ à la guerre de son père, le train et une esclave ont disparu tous les deux. Le narrateur est justement un acheteur/négociateur, et, en trouvant ce train, il réalise le rêve de sa vie, et peut-être pas seulement le sien.

6 réflexions sur “Le Vent et le lion de James McBride

  1. Lire ta chronique m’a replongé dans ces nouvelles qui m’ont beaucoup touché. Il y a énormément de douceur dans ce livre. C’est un livre qui fait du bien dans le catalogue Gallmeister 😍

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