Le village perdu de Camilla Sten

Présentation de l’éditeur :

Alice Lindstedt veut savoir ce qu’il s’est passé en 1959 à Silvertjärn, petite cité minière reculée de la Suède. Comment tous ses habitants ont-ils disparu ne laissant derrière eux qu’un corps ligoté à un pieu et un nourrisson ? Sa grand-mère lui a laissé des indices, une piste, elle avait quitté le village avant le drame. Décidant d’enquêter sur cet étrange évènement, et grâce à une campagne de financement participatif, Alice monte une équipe afin de réaliser une série documentaire sur ces mystérieuses disparitions. Accompagnée de Tone, elle aussi liée à la tragédie de Silvertjärn, Emmy, Max et Robert, ils iront explorer les bâtiments décrépis à la rencontre des spectres de la ville fantôme. Leurs recherches les mèneront sur la piste du pasteur du temple au passé énigmatique. Mais à l’abri des ruines de
Silvertjärn, des ombres se profilent et des voix résonnent. Le village perdu semble animé de sombres intentions.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier Be polar et les éditions Seuil pour ce partenariat.
Je découvre Camilla Sten, autrice et fille de Viveca Sten. Je découvre, et je m’étonne d’avoir ressenti si peu d’émotions, au regard de la richesse des thématiques évoqués. Pourquoi ?
Ce roman se déroule sur deux époques, de nos jours, et en 1959, les deux périodes sont clairement délimités, présent pour l’une, passé pour l’autre. Un dénominateur commun : le lieu, ce village de Silvertjärn, dont tous les habitants, sauf deux, ont été portés disparus. Ma première interrogation est, tout de même, pour quelles raisons une enquête poussée n’a pas été menée, tant il paraît étonnant que tous les habitants aient disparu ainsi ? Certes, depuis Indridason, le lecteur amateur de polars nordiques sait que des personnes peuvent disparaître, que leur corps peut ne jamais être retrouvé. Pour quelques personnes, pas pour un village entier.
Enfin, si, il restait le corps de Gitta, assassinée, et une seule survivante, un bébé laissée seule dans une école. Le lecteur saura ce qu’est devenue cette enfant, il saura également que sa descendante fait partie des personnes venues tournées ce documentaire qui doit faire la lumière sur ce qui s’est déroulé dans le village. Non, il ne s’agit pas d’Alice, cependant, elle aussi est liée à son village : sa grand-mère y a vécu, elle vivait avec mari et enfant à Stockholm quand le drame est arrivé, ses parents et sa soeur font partie des disparus.
Et si le drame de Silverjärn avait eu lieu bien avant ? Nous avons tendance à penser que les difficultés économiques sont uniquement contemporaines, alors que le premier drame de ce village fut la fermeture de la mine, et avec elle le chômage, la dépression, l’alcoolisme, des êtres humains déjà transformés en fantôme. Elsa, l’arrière-grand-mère d’Alice, assiste impuissante à la lente dégradation morale, physique de son mari. Elle assiste aussi à l’éloignement de sa fille cadette Aina, fortement influencée par le tout nouveau pasteur, venu en soutien de leur propre pasteur, aussi alcoolisé que ses paroissiens. Elsa est pourtant extrêmement combattive, elle qui s’occupe, seule ou presque, de Gitta, jeune femme qui serait (du moins je l’espère) sans doute prise en charge de nos jours, soignées comme il se doit : sans le dévouement et le courage d’Elsa, Gitta serait morte depuis longtemps. Et la lecture devient douloureuse, à la limite du supportable, quand Elsa en est presque à se battre seule contre toute. Son adversaire ? le fanatisme religieux, sectaire, hier comme aujourd’hui. Hier comme aujourd’hui, il embrigade ceux qui ne savent plus à quoi se raccrocher, cherchent une voie pour s’en sortir, sans se rendre compte qu’il est facile, très facile, beaucoup trop facile de chercher un bouc émissaire.
Si j’ai aimé le personnage d’Elsa, force est de constater que son arrière-petite-fille n’a pas été crée avec autant de force. Pourtant, son personnage était lui-même fort riche : la dépression est rarement abordée dans un roman, ses conséquences sur l’entourage de la personne dépressive encore moins. Mais…. longtemps flottera un doute sur la nature des relations qui unissent Alice à Emmy, à Tone. Ni elles, ni les personnages masculins ne sont suffisamment caractérisés pour m’emporter comme s’ils étaient déjà eux-mêmes des fantômes avant même d’arriver à Silvertjärn. C’est un regret, pour moi, de ne pas m’être attachée à eux, alors que le roman était bien construit et que son intrigue nous mène jusqu’au point de non-retour.

6 réflexions sur “Le village perdu de Camilla Sten

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