Archive | 17 octobre 2020

Les lumières de l’aube de Jax Miller

Présentation de l’éditeur :

30 décembre 1999, Welsh, Oklahoma. Lauria Bible et sa meilleure amie Ashley Freeman, 16 ans, passent la soirée ensemble chez les Freeman. Le lendemain matin, le mobil home familial est en feu et les deux jeunes filles ont disparu. Les corps des parents d’Ashley, sont découverts dans les décombres, deux balles dans la tête.

L’affaire est restée non résolue et les jeunes filles n’ont jamais été retrouvées.
Que s’est-il réellement passé cette nuit-là ? Entre règlement de compte sur fond de trafic de drogue, vengeance, corruption et négligence policière, Jax Miller nous plonge dans les villes oubliées de l’Amérique profonde, loin des lois, là où les plus sombres secrets peuvent s’épanouir.

Merci aux éditions Plon et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Dur.
Rude.
Et insupportable.
parce que ce n’est pas un roman, c’est une histoire vraie sur laquelle Jax Miller a enquêté, une histoire qu’elle n’a pas résolue, qu’elle n’a pas eu la prétention de résoudre non plus. Non : elle a ajouté sa pierre à l’édifice, au milieu de ses personnes qui, depuis vingt ans, aimeraient connaître la vérité. S’il est une personne dont il faut absolument parler en premier, c’est Lorène Bible. Elle est la mère de Lauria, une des deux disparues. Elle n’a pas d’espoir, elle n’en a jamais eu, et c’est ce qui la fait tenir : ne pas espérer, car l’espoir est dévastateur. Depuis vingt ans, elle ne veut qu’une chose : ramener sa fille et Ashley à la maison. Ou, si vous voulez que je sois plus claire, elle veut pouvoir donner une sépulture à sa fille, à Ashley, elle sait très bien que les deux jeunes filles ne sont pas vivantes. Quant à savoir ce qui s’est véritablement déroulé, c’est une autre histoire.
L’histoire a commencé à l’aube, en 1999. Elle a plutôt commencé un an plus tôt quand Shane, le fils de la famille, a été abattu par un policier. Kathy, et surtout Danny, ses parents, veulent savoir dans quelles circonstances leur fils est mort – et il en sera question dans ce livre fort et tortueux. Ce matin-là, c’est leur mobil-home qui brûle. Tout, déjà, prend du temps. L’arrivée des enquêteurs, de bureaux différents, prend du temps. Le relevé des indices, si tant est qu’il est vraiment été fait correctement, prend du temps. Le corps de Kathy est tout d’abord trouvé, Danny est recherché, et c’est là que la toute première négligence apparaît, puisque Danny était déjà mort, lui aussi. Ce ne sont que les premières erreurs.
Dans cette ville perdue, abandonnée de l’Oklahoma, la drogue et la violence sont omniprésentes. La corruption policière aussi. Il ne reste quasiment rien des investigations qui auraient dû être menées – et si je dis « auraient dû », c’est parce que je ne suis même pas certaine qu’elles aient vraiment eu lieu. Jax Miller part à la recherche des témoins de l’époque, témoins qui se sont signalés, qui ont donné des pistes, et qui pourtant n’ont pas été réellement interrogés. Certains ne voudront pas être cités – par peur, par crainte de la vengeance, dans cette communauté où le nom de certains hommes fait encore peur, où il a fallu des années pour que certains osent parler. Alors oui, on peut se dire parfois que le rythme est lent, que l’on tourne en rond – mais parce que l’enquête tourne aussi en rond, parce que des pistes ont été ouvertes, puis ont été refermées parce qu’elles ne menaient à rien.
Alors oui, c’est encore possible de nos jours, que la somme des négligences, des corruptions, des peurs aussi empêche de savoir ce que deux jeunes filles sont devenues, empêchent de savoir pourquoi les parents de l’une ont été assassinées, que rien ne coule de source, que la plupart des témoins ont été fracassés par la vie, par l’abus de drogue, que d’autres crimes ont été commis, à cause de la drogue, à cause de dettes, à cause de guerre de terrotoire.
Ce n’est pas l’apaisement que nous avons là, quand nous refermons le livre, c’est un mince espoir que la jeune génération d’enquêteurs, qui ne veut pas incriminer ses aînés, fera enfin progresser les choses.

Le village perdu de Camilla Sten

Présentation de l’éditeur :

Alice Lindstedt veut savoir ce qu’il s’est passé en 1959 à Silvertjärn, petite cité minière reculée de la Suède. Comment tous ses habitants ont-ils disparu ne laissant derrière eux qu’un corps ligoté à un pieu et un nourrisson ? Sa grand-mère lui a laissé des indices, une piste, elle avait quitté le village avant le drame. Décidant d’enquêter sur cet étrange évènement, et grâce à une campagne de financement participatif, Alice monte une équipe afin de réaliser une série documentaire sur ces mystérieuses disparitions. Accompagnée de Tone, elle aussi liée à la tragédie de Silvertjärn, Emmy, Max et Robert, ils iront explorer les bâtiments décrépis à la rencontre des spectres de la ville fantôme. Leurs recherches les mèneront sur la piste du pasteur du temple au passé énigmatique. Mais à l’abri des ruines de
Silvertjärn, des ombres se profilent et des voix résonnent. Le village perdu semble animé de sombres intentions.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier Be polar et les éditions Seuil pour ce partenariat.
Je découvre Camilla Sten, autrice et fille de Viveca Sten. Je découvre, et je m’étonne d’avoir ressenti si peu d’émotions, au regard de la richesse des thématiques évoqués. Pourquoi ?
Ce roman se déroule sur deux époques, de nos jours, et en 1959, les deux périodes sont clairement délimités, présent pour l’une, passé pour l’autre. Un dénominateur commun : le lieu, ce village de Silvertjärn, dont tous les habitants, sauf deux, ont été portés disparus. Ma première interrogation est, tout de même, pour quelles raisons une enquête poussée n’a pas été menée, tant il paraît étonnant que tous les habitants aient disparu ainsi ? Certes, depuis Indridason, le lecteur amateur de polars nordiques sait que des personnes peuvent disparaître, que leur corps peut ne jamais être retrouvé. Pour quelques personnes, pas pour un village entier.
Enfin, si, il restait le corps de Gitta, assassinée, et une seule survivante, un bébé laissée seule dans une école. Le lecteur saura ce qu’est devenue cette enfant, il saura également que sa descendante fait partie des personnes venues tournées ce documentaire qui doit faire la lumière sur ce qui s’est déroulé dans le village. Non, il ne s’agit pas d’Alice, cependant, elle aussi est liée à son village : sa grand-mère y a vécu, elle vivait avec mari et enfant à Stockholm quand le drame est arrivé, ses parents et sa soeur font partie des disparus.
Et si le drame de Silverjärn avait eu lieu bien avant ? Nous avons tendance à penser que les difficultés économiques sont uniquement contemporaines, alors que le premier drame de ce village fut la fermeture de la mine, et avec elle le chômage, la dépression, l’alcoolisme, des êtres humains déjà transformés en fantôme. Elsa, l’arrière-grand-mère d’Alice, assiste impuissante à la lente dégradation morale, physique de son mari. Elle assiste aussi à l’éloignement de sa fille cadette Aina, fortement influencée par le tout nouveau pasteur, venu en soutien de leur propre pasteur, aussi alcoolisé que ses paroissiens. Elsa est pourtant extrêmement combattive, elle qui s’occupe, seule ou presque, de Gitta, jeune femme qui serait (du moins je l’espère) sans doute prise en charge de nos jours, soignées comme il se doit : sans le dévouement et le courage d’Elsa, Gitta serait morte depuis longtemps. Et la lecture devient douloureuse, à la limite du supportable, quand Elsa en est presque à se battre seule contre toute. Son adversaire ? le fanatisme religieux, sectaire, hier comme aujourd’hui. Hier comme aujourd’hui, il embrigade ceux qui ne savent plus à quoi se raccrocher, cherchent une voie pour s’en sortir, sans se rendre compte qu’il est facile, très facile, beaucoup trop facile de chercher un bouc émissaire.
Si j’ai aimé le personnage d’Elsa, force est de constater que son arrière-petite-fille n’a pas été crée avec autant de force. Pourtant, son personnage était lui-même fort riche : la dépression est rarement abordée dans un roman, ses conséquences sur l’entourage de la personne dépressive encore moins. Mais…. longtemps flottera un doute sur la nature des relations qui unissent Alice à Emmy, à Tone. Ni elles, ni les personnages masculins ne sont suffisamment caractérisés pour m’emporter comme s’ils étaient déjà eux-mêmes des fantômes avant même d’arriver à Silvertjärn. C’est un regret, pour moi, de ne pas m’être attachée à eux, alors que le roman était bien construit et que son intrigue nous mène jusqu’au point de non-retour.