Archive | 16 octobre 2020

Les dynamiteurs de Benjamin Whitmer

Présentation de l’éditeur :

1895. Le vice règne en maître à Denver, minée par la pauvreté et la violence. Sam et Cora, deux jeunes orphelins, s’occupent d’une bande d’enfants abandonnés et défendent farouchement leur “foyer” – une usine désaffectée – face aux clochards des alentours. Lors d’une de leurs attaques, un colosse défiguré apporte une aide inespérée aux enfants, au prix de graves blessures que Cora soigne de son mieux. Muet, l’homme-monstre ne communique que par des mots griffonnés sur un carnet. Sam, le seul qui sache lire, se rapproche de lui et se trouve ainsi embarqué dans le monde licencieux des bas-fonds. Expéditions punitives, lynchages et explosions précipitent l’adolescent dans l’univers honni des adultes, qui le fascine et le repousse à la fois. Au point de modifier sa nature profonde, et de l’éloigner insidieusement de Cora.

Merci au picabo river book club et aux éditions Gallmeister pour ce partenariat.

Mon avis :

Rude.
Mais beau.
La beauté de la noirceur et de la désespérance.
Nous sommes à Denver, nous sommes en 1895. Sam et Cora sont orphelins. Ce pourrait être le début d’un joli conte. Non. Ils veillent tous les deux sur d’autres orphelins, plus jeunes, qu’il est nécessaire de protéger contre les adultes – les clochards, les paumés, ceux qui eux non plus n’ont pas de toit sur la tête, n’ont pas de quoi se nourrir, n’ont pas de travail. « Protéger », ce n’est pas seulement donner un toit et de la nourriture (un peu), c’est surtout protéger contre toute la violence de cette ville, de ceux qui veulent prendre leur place – parce que l’usine désaffectée offre au moins un toit sur la tête. Tous les coups sont permis, et ce n’est pas une formule vide de sens. Au cours d’une de ses attaques, un homme mystérieux, défiguré, prend leur défense et récolte de nombreuses blessures. Cora le soigne, elle et Sam espèrent avoir trouvé un nouveau protecteur – oui, le pasteur les aide, parfois, notamment si l’un des orphelins est malade, il les aide mais il aimerait aussi les remettre dans le giron de la société, ces enfants qui sont déjà presque complètement perdus. Et si c’était plutôt le contraire, si l’arrivée de cet homme, dont ils apprendront petit à petit le passé, les entraînait vers des lieux plus sombres encore que ceux qu’ils ont visité ?

Oui, il ne faut pas chercher l’espoir, jamais, dans ce livre, et les commentaires du narrateur sont là pour nous avertir qu’une situation pire encore est toujours possible. A Denver, il ne s’agit pas, pour la police, de protéger et servir, il s’agit de faire le ménage pour que la ville soit montrable. Oui, les pauvres, les sans domicile, les laissez-pour-compte dérangent ceux qui ont envie d’une ville propre et de beaucoup de profits.

Si l’espoir s’enfuit au fil des pages, à la manière d’un vagabond du rail, l’amour est pourtant là, sincère, mais lui non plus ne change rien, ou presque rien à la noirceur de ce roman.