Archive | 23 septembre 2020

Apeirogon de Colum McCann

éditions Belfond – 512 pages

Présentation de l’éditeur :

Apeirogon
Une figure géométrique au nombre infini de côtés.

En son cœur, deux pères.
Un palestinien, un israélien, tous deux victimes du conflit, qui tentent de survivre après la mort de leurs filles. Abir Aramin, 1997-2007. Smadar Elhanan, 1983-1997. Il y a le choc, le chagrin, les souvenirs, le deuil. Et puis l’envie de sauver des vies. Ensemble, ils créent l’association « Combattants for Peace » et parcourent le globe en racontant leur histoire pour susciter le dialogue.

Merci à Netgalley et aux éditions Belfond pour ce partenariat.

Mon avis :

Je pourrai commencer simplement en disant que ce ne fut pas une lecture facile. Il faudrait alors définir ce qu’est une lecture facile, par opposition à celle-ci, fragmentaire, haché, tantôt composée d’amples pages, à d’autres de simples phrases voire de photos.
De même, ce serait trop simple de dire que ce livre est l’histoire de deux pères qui ont perdu leur fille, l’une, tuée à dix ans d’une balle perdue, l’autre, à treize ans lors d’un attentat terroriste. Ils parlent, ils transmettent, pour que la mémoire de leurs filles perdure, pour que d’autres familles n’aient pas à subir ce qu’ils subissent – oui, j’utilise le présent, parce que la douleur est là, constamment, parce que les souvenirs sont toujours présents, en dépit du temps qui passe.
Tous deux font partie d’une association, « Combattants for Peace », dont tous les membres ont perdu un être cher. Leur but ? Créer, maintenir le dialogue. Oui, ce n’est pas facile.
Cette oeuvre protéiforme nous emmène en Israël, en Cisjordanie, mais aussi au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. Il nous montre la vie quotidienne dans l’insécurité quotidienne, les check-points, qui semblent, du point de vue européens, totalement ahurissants, les humiliations ordinaires, banalisées, les questionnements aussi – le plus jeune fils de Rami Aramin se demande s’il servira ou non dans l’armée israélienne, s’il arrêtera la voiture de Bassam Elhanan, qui est un ami, et lui fera subir les mêmes fouilles, les mêmes humiliations qu’à tous les autres se présentant au check-point. La vie quotidienne comme une aberration. La guerre aussi, vue de très près, et non racontée comme dans un reportage télévisée, les blessés que l’on tente de soigner, les morts que l’on ramasse, les descriptions cliniques de ce qui restent des corps après un attentat, des dégâts provoqués par une balle dans le crâne d’une gamine de dix ans. Tenir, coûte que coûte.
Le passé, aussi. Les sept années de prison de Bassam, activiste. Les guerres auxquelles participa le grand-père d’Abir. La difficile paix – parce que je ne veux pas dire « impossible », ce serait aller contre la voie que suivent Rami et Bassam.
Et pour ne pas oublier, aussi, qu’Abir et Smadar avaient des rêves, des projets, qu’elles étaient simplement une enfant, une adolescente comme tant d’autres – et comme tant d’autres, la guerre, la haine ont arrêté le cours de leur vie.