Archive | 19 septembre 2020

Les disparus de la lagune de Donna Leon

Présentation de l’éditeur :
Le commissaire Brunetti, surmené par des dossiers compliqués, s’offre une retraite solitaire dans une superbe villa de l’île de Sant’Erasmo, loin de sa femme Paola et de son patron. Il a bien l’intention d’y passer ses journées à ramer sur la lagune vénitienne et à déguster des plats locaux. Mais soudain, le paradis vire au cauchemar quand le gardien de la villa, Davide Casati, disparaît lors d’un violent orage.
Mon avis :
Un roman pour les fidèles du commissaire, qui suivent son parcours pas forcément depuis le début, mais au moins depuis quelques enquêtes. En effet, Brunetti est à bout, c’est l’affaire de trop, pour lui, pour l’un de ses hommes, alors pour l’empêcher de faire une bêtise, il simule un malaise et se retrouve illico à l’hôpital. Hypertendu, il se voit prescrire par la doctoresse, pas dupe (les électrocardiogrammes mentent rarement) deux à trois semaines de repos, loin de tout et surtout de la police.
Grâce à sa femme, il emménage dans une villa qui appartient à un membre de sa famille. Là, il retrouve Casati, le gardien de la villa qui a bien connu son père. Là, il peut profiter du calme, ramer avec le vieil homme presque toute la journée, parler le dialecte vénitien. Les journées s’écoulent, calmes, paisibles, et Guido peut faire le point sur ce qu’il veut faire, vraiment.
Seulement, la lagune ne peut empêcher les tragédies de survenir : Davide Casati est porté disparu au cours d’une tempête. Parce que c’est son devoir, Guido participe aux recherches, il en prend presque la tête, et, après la macabre découverte du cadavre de Davide, endosse à nouveau son uniforme de commissaire.
Faire toute la lumière sur ce qui s’est passé, et en même temps renouer les fils de sa vie, voici la tâche de Brunetti, qui s’interroge sur les recherches de Davide, sa préoccupation principale étant la disparition des abeilles, et le deuil de sa femme.
Enquête apaisante ? Non, pas vraiment. Désespérante serait plus juste à sa conclusion. Plus qu’à une enquête policière, l’on peut penser plutôt à une fable, dans le sens de La Fontaine, dans laquelle des personnes finissent par payer, et plus cher que prévu, leur inconséquence.

Les disparues de la lande de Charlotte Link

éditions Presse de la cité – 464 pages

Présentation de l’éditeur :

Plusieurs adolescentes disparues, un cadavre découvert sur la lande et pas l’ombre d’une piste… Trois ans après le meurtre de son père, le sergent-détective de Scotland Yard Kate Linville, de retour dans le nord de l’Angleterre pour vendre la maison de ses défunts parents, se trouve impliquée malgré elle dans une affaire qui secoue la petite ville côtière de Scarborough : le corps sans vie de Saskia Morris, 14 ans, disparue depuis un an, vient d’être découvert sur la lande. Elle semble être morte de faim. Peu après, une autre jeune fille, Amelie Goldsby, manque elle aussi à l’appel, puis réapparaît quelques jours plus tard en affirmant avoir été enlevée. Traumatisée, elle est cependant incapable de donner les détails nécessaires à l’identification

Mon avis : 

Il peut s’en passer des choses, dans les petites villes anglaises bien tranquilles, les charmantes stations balnéaires totalement désertées. D’ailleurs, que se passe-t-il donc quand ce n’est pas la saison des vacances ? Deborah, qui tient des chambres d’hôtes, peut vous le dire : c’est très calme. Cela lui laisse donc le temps pour les conflits avec sa fille Amélie, qu’elle ne comprend plus, qu’elle ne reconnait plus. Cela a beau s’appeler la crise d’adolescence, les proportions prises par la mésentente entre la mère et la fille sont énormes. Jason, le père, est presque extérieur à la situation, lui qui se débat avec les énormes dettes du couple. Puis, un jour, alors qu’Amélie attendait sa mère dans la voiture sur le parking du supermarché, elle disparaît. Que s’est-il passé ? Une fugue ? Au même moment, le cadavre de Saskia, adolescente disparue depuis un an, est retrouvé : elle est morte de faim. Angoissant ? Oui.

Ce qui est angoissant aussi, sans que autant d’intérêt lui soit porté, c’est qu’une autre adolescente, Mandy, n’est pas rentrée chez elle, n’est pas allée au lycée. La différence ? Mandy a grandi dans une famille dysfonctionnelle, entre père soumis et mère volcanique, famille suivie par les services sociaux – ce sont d’ailleurs eux qui, prévenus par le lycée, se lancent à la recherche de la jeune fille, sans trop recevoir au début l’aide de la police. Mandy est forcément une fugueuse. Elle va forcément revenir, elle est forcément hébergée par une amie. Forcément. Les clichés ont la vie dure quand il s’agit de jeunes filles que l’on ne voit pas – soit parce qu’elles sont trop discrètes, soit parce qu’elles appartiennent à un milieu défavorisé peu susceptible de retenir l’attention. Oui, ce n’est pas la disparition d’une de ses filles qui fera la une des journaux et sera susceptible d’émouvoir les foules.

S’il en est une qui est émue, pourtant, c’est Kate Linville. Elle vient de Scotland Yard, ce qui lui confère aux yeux de certains l’aura de la célèbre police londonienne. Elle n’est pas là pour enquêter, non, elle est là pour vider et vendre la maison de ses parents, saccagée par ses locataires. Elle ne veut se mêler de rien, simplement, elle ne peut s’empêcher d’être touchée, et de penser qu’il existe un lien avec la disparition d’une autre jeune fille, Hannah, quelques années plus tôt. Elle non plus n’a pas été retrouvée, mais pour son père, le coupable est tout désigné : Kevin, le jeune homme qui l’a ramené jusqu’à la ville en voiture, son petit ami, un garçon peu fiable aux yeux de son père, un homme pour lequel pourtant Kate ne parvient pas à éprouver autant de compassion qu’elle le voudrait, lui qui a réussi à se mettre à dos même la meilleure amie de sa fille.

Est-ce parce que Kate est devenue extérieure à cette petite ville ? Elle jette un regard neuf sur ce qui l’entoure, même si elle ne peut, pas plus que les enquêteurs, imaginer l’ampleur de ce qu’elle va découvrir, se perdant dans les méandres des actes d’esprits tordus. Pas plus que Kate, je n’éprouve de la compassion pour ces personnes qui font souffrir les autres, je m’inquiète simplement des êtres fragiles qui n’ont pu être protégés. Et quand je vois le destin d’Amélie, j’espère qu’elle sera mieux prise en charges que d’autres l’ont été par le passé. Mais la plus attachante de toutes ces jeunes filles est pour moi Mandy, elle qui rue dans les brancards, se bat et se débat pour s’en sortir coûte que coûte.

Je n’ai presque pas parlé de l’enquêteur officiel, qui a pourtant fort à faire et doit faire face à des développements inattendus. Plus que son enquête, plus que les hommes et les femmes qui sont sous ses ordres et qu’il rudoie parfois, c’est sa lutte constante contre l’alcoolisme qui est mis en avant. Et pourtant, il reste un bon policier, tout comme Kate.