Archive | 6 septembre 2020

La grâce et les ténèbres d’Ann Scott

Présentation de l’éditeur :

Musicien, Chris vit la nuit dans un appartement trop grand et presque vide où il tente de composer son premier album.
Inspiré par l’engagement de sa mère, climatologue, et de ses soeurs, l’une photographe de guerre, l’autre grand reporter, il cherche aussi à donner un sens à sa vie. Jusqu’au jour où il découvre un groupe d’anonymes qui lutte contre la propagande jihadiste sur les réseaux sociaux. Fasciné par leur courage, Chris se lance dans cette cybersurveillance d’un genre particulier. Peu à peu, il voit son quotidien submergé par cette bataille qui l’éloigne de sa musique et de lui-même.
Mais comment arrêter sans se sentir lâche ? Et comment retrouver la grâce sans laisser gagner les ténèbres ?

Mon avis :

Je commence la rédaction de mon avis en prévenant qu’il ne plaira pas à tout le monde. Tant pis. Je n’écris pas sur mon blog pour plaire. J’ai reçu ce livre en partenariat, et je remercie les éditions Plon et Netgalley pour cela. Et j’aimerai dire « pour raisons personnelles, j’ai bloqué après le chapitre 18 ». Seule une demi-douzaine de personnes peuvent comprendre pourquoi, mais c’est ainsi : après le chapitre 18, la lecture est devenue douloureuse, très, et comme un avis est personnel (logique), j’ai le droit personnellement d’avoir du mal. Mais j’ai beaucoup de choses à dire, à transcrire, sur l’ensemble de l’oeuvre.

Elle fait partie de celles qui, je l’espère, seront liées à une époque, celle de la lutte contre la propagande jihadiste, celle de la lutte contre le terrorisme. Ce ne sont pas des agents secrets, ce ne sont pas des personnes qui vont sur le terrain, ce sont des personnes qui, comme moi, sont assises derrière leur ordinateur. Elles traquent, sur les réseaux dits « sociaux » et qui ne le sont plus depuis longtemps, ceux qui endoctrinent, ceux qui conseillent pour partir, ceux qui préparent. Leur angoisse ? Passer à côté d’une information essentielle, comme en 2016, ne pas être assez méfiant, ne pas « voir ». Chris se cherchait. Il est musicien. Sa famille toute entière est investie, « sur le terrain ». Sa mère est climatologue, et si elle  est très pointue sur le sujet, elle sait aussi, lors de l’écriture de son dernier ouvrage, se montrée accessible au plus grand nombre. Ses soeurs sont sur le terrain, l’une comme photographe, l’autre comme journaliste. Ce n’est sans doute pas un hasard si Chris a plongé dans ce monde de la cybersurveillance.

Son travail, ses notes, les informations qui lui ont été transmises, les informations qui lui ont été données, tout cela fait de ce livre comme un document sur notre époque, sur la facilité avec laquelle on peut tenter d’endoctriner, on peut aussi tenter de monter, voire monter tout simplement, des attentats. Les objectifs changent au cours du récit, les moyens demeurent. Le travail d’investigation menée par l’autrice a été mené avec rigueur – et moi, de me demander quand ceux qui effectuent cette traque trouvent le temps de vivre, simplement. Chris est le personnage principal, cependant Colette, sa mère, Cass et Claire sont toutes aussi importantes. J’ai aimé que soit montré ce qu’était véritablement le travail de journaliste, celui de photographe. Informer, réellement, non chercher à vendre plus en en jouant sur l’émotion et le sensationnel.