Archive | 29 juillet 2020

Police de Jo Nesbo

édition Folio – 671 pages

Présentation de l’éditeur :

Quand un policier d’Oslo est assassiné à la date anniversaire et sur les lieux d’un crime non élucidé, cela n’est certainement pas un hasard. Et lorsque deux autres policiers qui ont participé à des enquêtes infructueuses sont tués à leur tour, c’est une évidence : un meurtrier brutal aux méthodes bestiales rôde dans les rues de la capitale norvégienne.
La police ne dispose d’aucun indice et, pire encore, elle déplore l’absence de son meilleur limier. Mais aujourd’hui, l’inspecteur Harry Hole n’est plus en mesure d’aider ni de protéger quiconque.
Pendant ce temps, à l’hôpital d’Oslo, un homme gravement blessé est dans le coma. Personne ne connaît son nom. Même les policiers chargés de le protéger n’ont pas le droit d’approcher le patient. S’il reprenait conscience, cet inconnu aurait pourtant bien des secrets à révéler…

Mon avis :

Lire les romans dans le désordre, c’est aussi intéressant et utile.

Harry ? Nous ne le retrouverons que tardivement. Non, il n’est pas blessé ou en disgrâce. Vu la manière dont ses anciens co-équipiers parlent de lui, on pourrait presque croire qu’il est mort. Mais non ! Il enseigne parce qu’il fut un excellent policier. Il affirme cependant qu’enquêter est derrière lui. Il ne faut jamais dire jamais.

Tout est dans le titre, ai-je envie de dire : la police enquête sur un tueur en série de policiers. Tous ont un point commun : ils ont enquêté sur des affaires sanglantes, atroces, non résolues, parfois à cause de négligence ou de parti-pris de la police, et ils ont été tués sur le lieu même de leur échec, de la même manière que les précédentes victimes. Si l’objectif du tueur est de mettre la police face à ses responsabilités, à créer des suspicions en ses rangs, c’est finalement assez réussi. Le lecteur découvre un envers du décor pas très reluisant, qui n’épargne personne, surtout pas l’actuel chef de la police, très occupé à masquer ses magouilles, à se servir des petits secrets qu’il a découvert, à mener de front ses affaires d’amour et d’amitié. Oui, ce sont avant tout des « affaires » plus que des « histoires » : les unes profitent aux autres.

Est-ce si facile de quitter la police ? Pas vraiment. Prenons Stale Aune qui se concentre désormais sur ses patients, pour faire plaisir à sa fille, à sa femme qui souhaite mener une vie de famille normale, avec un mari qui rentre à l’heure prévue et ne passe pas son temps à dresser le profil des tueurs auquel il a affaire. Stale n’aime pas cette vie, il est tellement concentré sur lui-même, sur ses contrariétés, sur les dissonances entre sa vie rêvée et sa vie réelle qu’il ne fait pas réellement attention au patient qui est en face de lui. Aune et Harry ont le même problème, la même addiction : les enquêtes tortueuses.

Il y aura, au cours de ce récit, des moments véritablement éprouvants, parce que cette vengeance est aveugle, sanglante, parce qu’elle nous parle aussi de personnes qui sont devenues des victimes et auraient voulu rester des êtres humains comme les autres. Ce récit nous parle aussi de compromissions, pour protéger les siens, de la panique qui peut naître parce que les policiers savent que le pire peut arriver, de harcèlement aussi, ainsi que d’homophobie. Oui, la police norvégienne, sous la plume de Jo Nesbo, est loin d’être irréprochable  Harry Hole ne fait pas exception. Faut-il vraiment s’en étonner ?