Archive | 23 juillet 2020

La cave aux poupées de Magali Collet

édition Taurnada – 224 pages

Présentation de l’éditeur :

Manon n’est pas une fille comme les autres, ça, elle le sait depuis son plus jeune âge.
En effet, une fille normale ne passe pas ses journées à regarder la vraie vie à la télé.
Une fille normale ne compte pas les jours qui la séparent de la prochaine raclée monumentale…
Mais, par-dessus tout, une fille normale n’aide pas son père à garder une adolescente prisonnière dans la cave de la maison.

Préambule :

Tout d’abord, je tiens à remercier Joël, des éditions Taurnada pour ce partenariat, et aussi à présenter mes excuses pour le retard. En effet, j’ai reçu ce livre juste avant le confinement et… comment dire ? Il fut tout sauf facile à lire, encore moins à chroniquer.

Mon avis :

Manon. Est la narratrice de ce roman. Manon. En fait, nous n’apprendrons son prénom que tardivement, parce que personne ne se donne la peine de l’appeler par son prénom. Manon vit seule avec son père, qu’elle nomme « Le Père ». Elle n’a pas de contact avec le monde extérieur, sauf si l’on prend comme un contact le soir, quand son père rentre de son travail. Elle regarde la télévision, c’est un « contact », si l’on veut. Ses journées ? Tenir la maison. Se remettre de la dernière raclée affligée par son père. Prendre soin de la fille qui est retenue prisonnière dans la cave, avant que celle-ci ne rejoigne celle qui l’a précédée – sous le tilleul.
Ce n’est pas le style qui rend le livre difficile à lire, non, le livre est très bien écrit, nous sommes vraiment avec la jeune fille, avec son Père, aussi, qui n’a de Père que ce titre que lui donne Manon. Je ne veux même pas écrire qu’elle est sa fille, non, elle est sa victime, presque comme les autres. Ce qui le rend difficile à lire est véritablement les faits qui nous sont racontés, tant j’ai eu l’impression de me retrouver enfermée avec Manon, avec la prisonnière aussi : un huis-clos, littéralement. Elle n’a jamais rien connu d’autres que cette existence, à la fois bourreau et victime. Il est impossible de ne pas ressentir de la compassion pour elle, elle qui est, finalement, sa première victime.
Pas de pathos, pas de fioriture dans le style ou dans la narration. Pas de complaisance non plus ou de voyeurisme: le récit n’est pas plaisant, il n’y a pas d’admiration ou d’excuses, à aucun moment pour le tortionnaire – oui, je renonce à dire « le Père ».
Ce récit m’a amené aussi à m’interroger, aussi : comment une telle vie est-elle possible ? Comment se fait-il que rien n’ait transparu ? Bien sûr que je me doute que c’est possible mais cela n’empêche que ce récit est effrayant et effroyable.
Je terminerai ma chronique en disant : gardons les yeux ouverts, ne détournons pas le regard. Plus facile à écrire qu’à mettre en oeuvre.