Archive | 16 juillet 2020

1,2, 3 nous irons au bois de Philip Le Roy

Merci aux éditions Rageot et à Netgalley pour leur confiance.
Mon avis :
Quand j’ai lu les premières pages du roman, j’ai vu, en Fanny l’exemple même de ce que peut être une adolescente (ou une toute jeune adulte) de nos jours : quelqu’un de totalement accro aux réseaux sociaux. Certes, il n’y a pas d’âge pour poster des photos de soi à longueur de journée, pour prendre « la » bonne photo, celle qui vous mettra en valeur – et vérifier après le nombre de like obtenus. Elle est aussi une jeune fille de la génération « télé-réalité », et tourner dans un jeu, pour espérer empocher une forte somme d’argent ne lui pose pas vraiment de soucis. Elle sait comment passer un casting, comme valoriser non pas tant ce qu’elle est que ce que peuvent chercher les recruteurs. Oui, de nos jours, la naïveté n’est plus de mise – si tant est qu’elle existait lors des premières saisons des émissions qui perdurent encore de nos jours.
Fanny a tout de même une certaine culture, et elle rencontrera un candidat qui en a aussi – si, cela existe, il faut simplement qu’ils soient volontaires pour participer à ce genre d’expérience. Parce que oui, ce qui est raconté est assez angoissant ( à lire après avoir regardé le Projet Blair witch, film découvert grâce à mes élèves voici plus de quinze ans) malgré le contexte. Ces jeunes candidats maîtrisent le système de la réalité, et savent très bien qu’en toute logique, la production ne prendra pas de risque. Un candidat ne peut pas mourir pendant le tournage d’une émission. Note : il peut, par contre, parfaitement mourir après – rare, mais possible, le suicide peut toucher n’importe qui.
Dans cette forêt où tous les coups seront permis ou presque, les jeunes seront amenés à s’unir – et Axel, ce candidat dissonant, à analyser les effets que le groupe peut avoir sur le comportement de ses membres. Pessimiste ? Oui, et beaucoup plus que les jeunes de son âge, voire que les adultes tout courts. Le roman nous amène à nous interroger jusqu’où l’on est capable d’aller quand on est à plusieurs, quand on est capable de se laisser entraîner, quand la culpabilité se dilue parce que l’on est plusieurs à la porter, au point, finalement, de ne plus rien porter du tout.
J’en ai déjà beaucoup dit sur ce livre qui nous immerge de manière très crédible dans le monde de l’adolescence, rempli de référence à leur culture (parce que oui, c’est aussi de la culture même si ce n’est pas la nôtre), et nous parle aussi de tout ce qui leur a permis de devenir ce qu’ils sont.