Archive | 7 juillet 2020

Les tribulations d’Esther Parmentier de Maëlle Desard

Présentation de l’éditeur :

Esther Parmentier, 19 ans, sorcière non répertoriée, est embauchée pour un premier stage dans une agence très spéciale… Délires assurés !
Esther Parmentier a quitté sa Bretagne natale pour un stage à Strasbourg dans une société informatique quand elle est repérée par l’Agence de Contrôle et de Détection des Créatures Surnaturelles. Car Esther est une sorcière. À peine remise de cette découverte, et des tests visant à déterminer ses capacités, Esther apprend qu’elle n’a pas plus de pouvoirs qu’une allumette mouillée. Sa note sur l’échelle des pouvoirs est historiquement basse : 2 sur 82. Mais Esther est dotée d’un caractère de cochon, de solides capacités de déduction et est capable de résister aux pouvoirs de séduction des Créatures. Malgré son faible score, l’Agence décide donc de l’embaucher comme stagiaire.

Préambule :

Les règles que je respecte quand j’écris un avis :
– dire toujours ce que je pense ;
– ne pas chercher à modifier un livre : il est à prendre tel que l’auteur ou l’autrice l’a voulu.

Merci aux éditions Rageot et à Netgalley pour leur confiance.

Mon avis :

« C’est l’histoire d’une sorcière, d’une banshee, d’un djinn et d’une goule qui partent en Bretagne dans une voiture pétaradante pilotée par un fantôme. » chapitre 35.
Je trouve que cette phrase donne le ton, et résume assez bien l’histoire qui nous est racontée, histoire que j’aurai aimé lire quand j’étais ado. Ce n’est pas grave, j’ai aimé la lire, adulte, et il est probable que, comme Alana et l’enfant vampire de Cordélia ou Wicca – Le manoir des Sorcelage par Marie Alhinho c’est un livre que je relirai avec plaisir. Je ne vais pas me lancer dans une étude comparative entre ces trois oeuvres récentes, je vais me replonger tout de suite dans les tribulations d’Esther Parmentier.

Esther n’est pas parfaite, loin de là : elle a un poids indéterminé, un goût vestimentaire inclassable, et une chevelure indomptable. Elle effectue un stage de comptabilité qui la motive autant qu’il m’aurait motivée (c’est à dire, pas du tout). Seulement, comme pour beaucoup d’héroïnes, son destin change : par le biais d’un incident magique et d’une rencontre qui ne l’est pas moins, elle découvre ses pouvoirs de sorcière, ou, pour mieux dire, elle découvre qu’elle en a vraiment très peu. Qu’à cela ne tienne : elle a décroché un record historique, et surtout, elle est capable de résister aux pouvoirs de séduction des Créatures. J’ai presque envie de dire « les pauvres, ils n’ont pas l’habitude ».

Voici donc Esther, personnage principal et narratrice, qui découvre un univers très différent de ce qu’elle connaissait. Oui, les créatures surnaturelles sont parmi nous et si, comme tout le monde ai-je envie de dire, Esther sait distinguer un vampire d’un loup-garou, si elle apprécie très rapidement Mozzie, le fantôme qui fait partie de leur équipe et regrette que Marine, leur banshee, ne reçoive pas davantage de considération, elle approfondit ses connaissances sur leur manière de vivre, de s’intégrer à la société, et aussi de perpétuer leurs espèces : on ne devient pas un vampire comme cela. J’ai aimé justement, la présence de toutes ses créatures surnaturelles, sans qu’elles aient été hiérarchisées. Ah, bien sûr, elles ne s’entendent pas vraiment entre elles, pour cause de conflits conséquents survenus dans le passé. Non, Esther ne fera pas de gaffes, son tuteur s’en charge pour elle. Esther porte un regard assez étonnant sur lui (Loan pour les intimes et pour les autres aussi). Oui, elle a flashé sur lui, parce qu’il est l’archétype du vampire beau et ténébreux. Par contre, elle est assez circonspecte sur sa manière de se vêtir, tel un Neo qui aurait oublié que le temps avait passé. Oui, le roman est bourré de références qui m’ont fait sourire, autant que la capacité de Loan à…. composer des plans foireux ? Oui. Si Esther est une sorcière de niveau 2 sur 82, Loan ne doit pas être loin de ce score en tant que tuteur.

J’ai vraiment pris plaisir à lire les aventures d’Esther, à suivre cette intrigue au rythme soutenu, j’ai aimé aussi m’attacher à certains personnages comme Mozzie. J’ai aimé l’auto-dérision dont Esther est capable : « J’avais déjà été moche dans ma vie – mais à ce niveau ? Non. De l’art mes amis. Du GRAND art« . Il n’est pas question, comme il peut l’être dans des romans (jeunesse, fantasy, ou pas) de la relooker, de lui faire suivre un régime. Par contre, la pratique intensive du sport, elle n’y coupera pas – mais ce n’est pas du tout dans le but de changer de silhouette !

C’est à regret que j’ai terminé les aventures d’Esther, sorcière stagiaire. J’aimerai bien la retrouver pour de nouvelles aventures.

Au lac des bois de Tim O’Brien

édition Gallmeister – 310 pages

Présentation de l’éditeur :

Après son échec cuisant lors d’une primaire à une élection sénatoriale, John Wade part en vacances dans le nord sauvage du Minnesota avec sa femme Kathy, où il compte panser ses blessures. Au début de leur séjour, Kathy disparaît sans laisser de trace ni explications. Petit à petit, on apprend que la défaite électorale de John est due aux révélations faites dans la presse sur sa conduite au Viêt-nam. La disparition de Kate a-t-elle un rapport avec ses faits ? Tom O’Brien a voulu exorciser sa mémoire et raconter, par le biais de la fiction, une expérience terrible et unique, avec un remarquable mélange de pudeur, de respect et d’horreur.Mon avis :

Il s’agit, à première vue, d’une histoire simple : John voit sa carrière politique brisée, définitivement. Lui et sa femme, qui lui a tout sacrifié, ont eu besoin de se mettre au vert, au fin fond de l’état dont il voulait être le sénateur. Ils sont tous les deux dans un endroit isolé, près d’un lac : de nombreux locataires sont venus se reposer en ces lieux. Mais, un matin, un après-midi, au beau milieu de la nuit, on ne sait pas au juste tant John a mis du temps à s’apercevoir que Kathy n’était pas simplement partie en promenade, Kathy disparaît. Un bateau a disparu avec elle. L’a-t-elle pris ? Si oui, où peut-elle être ?
Le récit est rétrospectif, et c’est un narrateur anonyme, à la première personne, qui semble enquêter quelques temps après. Il recueille les confidences de la famille, des proches, des témoins aussi. L’un des enquêteurs a une certitude, se fiant à son intuition, ses impressions. Les autres aussi ont leur idée sur la question, qu’ils s’appuient sur les circonstances de la disparition de Kathy, sur ce qui s’est passé après, ou sur leur connaissance du passé de John.
Le sujet principal de ce livre, outre la soif de se réaliser à travers la politique, est la guerre du Vietnam, cette guerre dont on a besoin de parler, qu’il ne faut pas oublier. Déjà, à l’époque, les Etats-Unis se voulaient les sauveurs du monde et envoyaient au Vietnam des jeunes gens qui en sont revenus irrémédiablement changés – quand ils en sont revenus. Pas de romantisme, pas de sensationnalisme non plus : le récit est au plus près des faits, comme un reportage journalistique. C’est d’ailleurs ce que semble être le narrateur, qui est passé par les mêmes lieux que John, un an après les faits. Les faits ? Le massacre de deux cents à cinq cents civils à My Lay, par la compagnie Charlie, compagnie à laquelle appartenait John.
John, depuis sa jeunesse, se tient sur un fil ténu. Il a fait avec, avec un père alcoolique, déprimé, qui passait le plus clair de son temps à le rabaisser. Il a fait avec une femme qu’il aimait – Kathy – dont il n’a jamais respecté les désirs. Il a fait avec ce qui s’est passé au Vietnam, qu’il a fait disparaître de son esprit, comme si, tant que l’on n’en parlait pas, cela n’avait jamais existé. Il a passé tant de temps à concilier sa réalité avec la réalité qu’il ne sait même plus lui-même ce qui s’est passé au lac des bois, pas plus que le lecteur ne saura réellement ce qui s’est passé. A lui, parmi toutes les versions qui sont proposées, toutes les pistes qui ont été suivis, de choisir celle qui lui convient le mieux, entre noirceur et espoir mince.