Archive | 27 juin 2020

Les croassements de la nuit de Preston & Child

édition J’ai lu – 602 pages

Présentation de l’éditeur :

Medicine Creek, un coin paisible du Kansas.
Aussi, quand le shérif Hazen découvre le cadavre dépecé d’une inconnue au milieu d’un champ de maïs, il se demande s’il ne rêve pas : le corps est entouré de flèches indiennes y sur lesquelles ont été empalés des corbeaux. Œuvre d’un fou ? Rituel satanique ? Il faut le flair de Pendergast, l’agent du FBI, pour comprendre que cette sinistre mise en scène annonce une suite. Qui sème parmi les habitants une épouvante d’autant plus vive qu’il ne fait pas l’ombre d’un doute, pour Pendergast, que le tueur est l’un d’eux…

Mon avis :

Bienvenue à Medicine Creek ou , pour mieux dire, trou perdu dans le Kansas.

C’est la que Pendergast a décidé de passer ses vacances. Il faut dire qu’un tueur sévit dans la région et que, pour connaître aussi bien le lieu, il est forcément du coin. Observation qui, on s’en doute, ne plaira pas à tout le monde, et surtout pas au shérif, qui aimerait bien que ce Pendergast au prénom imprononçable aille enquêter ailleurs, ou profite réellement de ses vacances.

Il faut avoir l’estomac bien accroché pour lire ce livre, et le récit de ce que le tueur fait subir à ses victimes. Il y a pire encore : le récit de ce que les « braves » du lieu ont fait subir, un siècle et demi plus tôt, aux Cheyennes, qui vinrent se venger. La légende locale est ainsi crée, et comme toutes les légendes, elle mérite qu’on s’attarde sur elle, révélatrice qu’elle est de ce que les humains sont capables de faire de pire, ou de meilleur. Et, au cours de cette quête effrénée pour mettre hors d’état de nuire le tueur, certains seront amenés à se dépasser, et à revoir, après, le cours qu’ils ont donné à leur vie, ou à revoir des jugements qu’ils avaient donné de manière conformiste.

Medicine Creek est un lieu que tous ou presque rêvent de quitter. Certains furent obligés d’y rester, et ne tentèrent rien pour partir, même quand la situation était, du moins à mes yeux de lectrice, intenables. Corrie Swanson, elle, jeune fille qui tranche avec la population locale par son look et sa détermination, compte les jours qui la séparent de son départ (plus qu’un an) et comprend presque son père qui l’a laissée aux mains de sa mère, alcoolique notoire. Presque, je dis bien. Cette enquête la propulse au rang d’assistante de Pendergast, dans ce village  où tout le monde connaît tout le monde, où les fiches détaillées, soigneusement tenues il faut bien le dire par l’administration, permettent de tout connaître sur chacun d’eux – pratique, mais long. Medicine Creek attend de revivre, et pour cela, le projet d’expérimentation sur du maïs transgénique arrive à point nommé. La petite ville est l’une des deux villes en lice pour le projet – et comme par hasard, les meurtres ont commencé trois jours avant la visite annoncée du professeur Chauncy, qui doit « trancher » en faveur de l’une ou l’autre des bourgades, future ville fantôme si quelque chose ne vient pas relancer l’économie locale et faire cesser l’exode rural. Peu importe les dangers que comporte cette culture. Personne, sauf Pendergast, ne semble s’en soucier, ou chercher à contredire le bon professeur Chauncy. Cela m’a d’ailleurs interpelé aussi :  le roman date de 2003, mais les études scientifiques montrant à quel point il est difficile voire impossible de circonscrire la diffusion hors du champ cultivé des OGM existaient déjà, précises, soigneuses, ce qui n’empêche pas certains de préférer le développement économique, le profit, au respect de la nature et de la santé. Et le fait que Chauncy et ses sponsors (le mot me semble adapté) aient choisi deux bleds loin de tout, dépourvus de toute installation un temps soit peu moderne ou touristique, n’est pas sans me rappeler les essais nucléaires faits au cours des années 50 dans le Nevada. Ce qui se passe dans le désert reste dans le désert – même si les moyens de communication et de diffusion ont largement évolué depuis, rien ne semble avoir réellement bougé à Medicine Creek.

Tout se sait, ou presque tout : ce que les habitants ont ignoré (pas délibérément, entendons-nous) a causé toute cette boucherie. Et si certains y voient un vaste sujet d’étude, d’autres ne peuvent que constater que l’être humain est avant tout un être social.