Archive | 26 juin 2020

La daronne d’Hannelore Cayre

éditions Points – 177 pages.

Présentation de l’éditeur :

« On était donc fin juillet, le soleil incendiait le ciel ; les Parisiens migraient vers les plages, et alors que j’entamais ma nouvelle carrière, Philippe, mon fiancé flic, prenait son poste comme commandant aux stups de la 2e dpj. – Comme ça on se verra plus souvent, m’a-t-il dit, réjoui, en m’annonçant la nouvelle deux mois auparavant, le jour de sa nomination. J’étais vraiment contente pour lui, mais à cette époque je n’étais qu’une simple traductrice-interprète judiciaire et je n’avais pas encore une tonne deux de shit dans ma cave. » Comment, lorsqu’on est une femme seule, travailleuse avec une vision morale de l’existence… qu’on a trimé toute sa vie pour garder la tête hors de l’eau tout en élevant ses enfants… qu’on a servi la justice sans faillir, traduisant des milliers d’heures d’écoutes téléphoniques avec un statut de travailleur au noir… on en arrive à franchir la ligne jaune ? Rien de plus simple, on détourne une montagne de cannabis d’un Go Fast et on le fait l’âme légère, en ne ressentant ni culpabilité ni effroi, mais plutôt… disons… un détachement joyeux. Et on devient la Daronne.

Mon avis :

Complètement dingue, complètement fou, et avec certaines vérités qui font mal.
Alors oui, ce roman fut un énorme succès, avec le personnage de Patience, traductrice « au noir » pour la justice – pas de sécu, pas de retraite, mais que fait la police qui profite pourtant de ses services ? Patience a grandi dans un milieu familial assez particulier – pas très très loin du banditisme, on dira. Veuve jeune, elle a élevé ses filles de son mieux, et songe toujours à leur avenir et aux siens. Pourquoi ne pas profiter elle aussi de l’économie parallèle ?
Oui, le récit est mené tambour battant, le lecteur n’a pas le temps de s’ennuyer, pas le temps non plus de contempler le portrait de notre beau pays de France, et la manière dont certains luttent contre le trafic de drogue. Je ne parle même pas du soin, ou plutôt de l’abandon dans lequel se trouvent nos aînés. Ce n’est pas que le mieux est l’ennemi du bien, c’est que ce qui peut être pratique pour les enfants ne l’est pas nécessairement pour les parents qui ne sont plus vraiment considérés comme tels, mais plutôt comme des objets encombrants, et qui coûtent cher en permanence. Le cynisme de certains personnages fini par me gagner…
Il est peut-être des personnes qui discuteront de la moralité du personnage de Patience Portefeux. La littérature n’a pas à être morale, et, tel une Figaro des temps modernes, Patience déploie une énergie énorme pour parvenir à maintenir à flot son commerce, entre deux bandes rivales et quelques policiers. Mention spéciale aussi pour sa voisine chinoise, qui elle aussi doit se maintenir à flots, tout en sachant très bien que les agressions contre la communauté chinoise n’intéresse pas grand monde.
La daronne – un roman qui nous questionne sur notre société.