Archive | 21 juin 2020

Les Santons de granit rose de Françoise Le Mer

édition du Palémon – 304 pages

Présentation de l’éditeur :

Appelée par son notaire, Marie Demelle, jeune femme divorcée et mère de deux enfants, va tomber des nues. En effet, cette romancière berrichonne se voit couchée sur le testament d’un illustre confrère qu’elle n’a pourtant entraperçu qu’une fois dans sa vie… Ravie à l’idée d’hériter d’une villa à Perros-Guirec, Marie Demelle ne se préoccupe pas pour l’heure des raisons pour lesquelles le ciel semble lui offrir un cadeau aussi somptueux… Néanmoins, Maurice Malloc’h, le roi du polar, à émis une réserve testamentaire dans un codicille un peu particulier. Marie sera la nouvelle propriétaire de sa maison à la condition qu’elle termine la rédaction d’un manuscrit qu’il n’a pas eu le temps de boucler. L’étrangeté de cette clause n’émousse pas l’enthousiasme de la jeune femme. Combien de morts faudra-t-il pour qu’elle découvre enfin la vérité ? Le commissaire Quentin Le Gwen et son lieutenant Michel Le Fur l’aideront dans cette quête.

Mon avis :

Il est des auteurs qui ont vraiment de drôles d’idées. Léguer leur maison à une consoeur, en laissant largement de quoi vivre à leur fils, soit : cela ne fait de mal à personne. Demander en échange à l’autrice de terminer un de ses romans en cours, alors que l’un et l’autre ont des univers totalement différents, c’est une toute autre affaire. De plus, il apparaît très vite à Marie Demelle, divorcée, deux enfants, que le manuscrit a des points communs avec un fait dives récent. Mais est-ce une simple source d’inspiration pour l’auteur, ou bien était-il très proche de ce meurtre ? Marie décide alors de se confier à un ancien équipier, le commissaire Quentin Le Gwen, bon enquêteur et aussi expert en maltraitance d’adjoint – qui donne, il est vrai, très souvent le bâton pour se faire battre.

Perros-Guirec est pourtant très calme, si l’on excepte un adolescent un peu (beaucoup) voyeur, une patronne de bar qui n’aimait pas les femmes et donnait toujours raison aux hommes, avant de trouver la mort au détour d’un chemin, un couple qui se chamaille jusqu’à la déchirure, un autre qui a fort à faire avec un ado en pleine crise, sans oublier quelques rivalités par-ci, par-là. Bref, Perros-Guirec n’est pas calme du tout !

Le roman est plaisant à lire et, comme souvent, il faut se plonger dans les méandres du passé pour trouver les solutions du présent. Je reste toujours persuadée que parler, partager, dire véritablement ce que l’on pense, ce que l’on ressent peut faire avancer les choses bien plus facilement qu’on le pense, plutôt que de rester à mariner avec ce que l’on croit, de devoir faire semblant, voire de faire des circonvolutions assez complexes pour continuer à mener la vie que l’on entend. Simon, que Marie supporte peu, est une des rares personnes à dire et à faire exactement ce qu’il pense, quitte à ce que cela ne fasse pas plaisir. Marie lui ressemble plus qu’elle ne pense.

Une enquête bien menée, un duo d’enquêteurs atypique – Les Santons de granit rose me donne envie de découvrir d’autres de leurs enquêtes.

Urbex Sed Lex de Christian Guillerme

Présentation de l’éditeur :

Contre une belle somme d’argent, quatre jeunes passionnés d’urbex sont mis au défi de passer une nuit dans un sanatorium désaffecté.
Ils vont relever le challenge, mais, une fois sur place, ils vont se rendre compte qu’ils ne sont pas seuls dans cet immense endroit abandonné…
Et très vite comprendre qu’ils n’auraient jamais dû accepter cette proposition.
JAMAIS

Merci aux éditions Taurnada pour leur confiance.

Mon avis :

L’oeuvre commence par un prologue, qui m’a questionnée, pour son lien avec la suite de l’intrigue. Le lien se fera – un peu plus tard, mais il sera bien là.
Le roman met en scène quatre jeunes adultes bien dans leur peau, deux couples qui s’entendent bien, qui ne sont ni dans la rivalité, ni dans la jalousie. Quatre adultes, deux couples, Fabrice et Carine d’un côté, Théo et Chloé de l’autre, qui se sont connus et formés autour d’une passion : l’urbex. Je ne connaissais pas cette activité avant de découvrir ce livre, par contre, j’avais déjà entendu parler de la toitophilie (voici presque dix ans). Si je devais définir l’urbex (le mot vient de l’anglais urban exploration), ce serait l’exploration non de la nature, mais de ce que l’homme a crée, puis abandonné – sans trop savoir quoi en faire. Réhabiliter ? Détruire ? fermer les yeux sur tous ceux qui se lancent des défis et explorent ses lieux? Vaste questionnement auquel il faudra bien répondre sérieusement un jour. Là, un défi leur a été lancé, un défi contre une forte somme d’argent, qui leur permettrait, non pas de changer totalement de vie, mais d’y apporter des améliorations. Oui, l’argent a compté dans leur décision, mais aussi le fait d’explorer un lieu vaste et angoissant (à mes yeux) : un sanatorium désaffecté près de Dreux. Oui, il a existé, et existe encore, et oui, des personnes se rendent bien sur les lieux. Troisième oui : un gardien veille bien sur les lieux. Le lieu, devrai-je dire, qui suscite peur et souvenirs.
Ces quatre jeunes gens d’aujourd’hui se retrouvent plongés dans le passé, dans une géographie médicale qui nous montre la vie au temps où le BCG n’existait pas, au temps où la tuberculose était une maladie dont on guérissait peu, où les traitements (le pneumothorax) étaient extrêmement douloureux. La maladie frappait à tout âge de la vie – les enfants aussi avaient leur « place » dans ce sanatorium.
Mais les quatre jeunes gens n’ont guère le temps de s’interroger sur le passé : un événement se produit et change tout. Peut-on leur reprocher, comme ils se le reprocheront, d’avoir été naïfs ? Ils sont plutôt animés par leur passion.
Avec eux, face à eux devrais-je dire, des personnes qui nous font explorer l’inhumanité de certains êtres en France, et aussi sur d’autres continents. Ils n’auront d’ailleurs pas de noms, pas vraiment, puisqu’ils ont renoncé à ce qui les rendait humains. S’en rendent-ils compte ? Pas vraiment.
Alors, en dépit de tout ce qui nous est conté, en dépit de passages sombres, violents, désespérants, j’ai envie de terminer ma chronique en vous disant qu’il faut toujours tabler sur ce que l’homme a de meilleur, sur ce qui peut l’amener à se dépasser pour les autres. L’union de personnes solidaires est une force.