Archive | 19 juin 2020

Une confession de John Wainwright

Présentation de l’éditeur :

« Un roman inoubliable. » Georges Simenon
Le chef d’œuvre inconnu de l’auteur de Garde à vue.

À cinquante ans, John Duxbury est secrètement déçu par son existence. Son travail est devenu une routine, son mariage sombre dans la grisaille, il ne sait plus comment être heureux.
Bientôt, c’est un drame qui s’abat sur lui. Alors qu’il est en vacances avec sa femme, Maude, celle-ci fait une chute mortelle. Quelques temps plus tard, un homme se présente au commissariat. Il a été témoin des faits et prétend que c’est John qui a poussé sa femme dans le vide. L’inspecteur Harker, chargé de l’enquête, s’engage à corps perdu dans la recherche de la vérité, jusqu’à l’ultime face-à-face.

Pourquoi ce formidable roman publié en 1984, n’a-t-il jamais été traduit en français ? C’est incompréhensible. Ce qu’on comprend aisément, en revanche, c’est la raison pour laquelle il a émerveillé Simenon. On ne peut en effet s’empêcher à la lecture de penser aux grands chefs-d’œuvre du maître.

Mon avis :

C’est sur les conseils de Bernard, membre des forums Partage-Lecture, Au fil des lignes et Babelio que j’ai lu ce livre, après l’avoir réservé à la bibliothèque de Rouen : j’aime bien retracer mon parcours de lectrice. Il est un peu comme le parcours de traduction de ce livre, publié en 1984 et  traduit en français en mars 2019 par Laurence Romance. Je me rends compte que j’aime bien lire des polars qui ne sont pas dans l’immédiateté, c’est à dire des romans qui viennent de paraître et se veulent le reflet de notre société 2.0 – parce qu’il faut toujours avoir à l’esprit en lisant ce livre que nous sommes dans les années 80, avec des héros quadragénaires ou quinquagénaires, donc des personnes qui sont nées dans les années 30/40 et sont les témoins d’une société anglaise assez figée, où les classes sociales ont une grande importance.

Prenez John Duxbury, il est l’exemple même de l’homme qui s’est fait tout seul. Lui et sa femme ont cinquante ans et leur mariage est un désastre. L’action se situerait de nos jours, l’intrigue s’orienterait davantage vers un divorce – d’ailleurs, à un moment de l’intrigue, un des personnes se demande bien pourquoi il n’y a pas eu divorce. De même, je pense à la scène de l’esclandre dans un restaurant, causé par Maud Duxbury – quelle haute estime faut-il avoir de soi et de sa position sociale pour déclencher un scandale pour une tasse fêlée, et pour humilier ainsi la servante, certes un tantinet gaffeuse, mais surtout jeune, et certainement issue d’une classe moins favorisée ? Oui, il aurait été intéressant de lire la version de Maud, en plus de celle de John – Maud n’aurait sans doute pas tenu un journal : s’épancher, avouer l’échec d’un mariage, cela ne se faisait pas.

D’ailleurs, le sujet premier de ce livre, c’est la mort de Maud, accidentelle, pendant les uniques vacances que le couple s’était octroyé depuis longtemps. Fin du livre. Presque. Un témoin affirme que ce n’est pas un accident, mais un meurtre. Hélas pour la machine judiciaire, ce témoin est quasiment un extraterrestre. Il est contre le nucléaire, il est végétarien. Professeur, il est en pleine dépression, à cause de son métier et d’autres événements. Sa femme, qui a l’air totalement insignifiante, le porte à bout de bras, elle a entièrement confiance en lui – même son chef d’établissement en convient, il est incapable de mentir. Alors que faire ?

C’est là qu’entre en scène l’inspecteur Harker. J’ai failli dire « l’inspecteur Harry », tant ce policier, essentiellement policier, peut faire froid dans le dos. Non, il n’usera pas de violence physique, pas du tout. Par contre, il fera tout ce qu’il est psychologiquement possible de faire pour obtenir les informations qu’il désire. Je pense que les personnes qu’il interroge – j’ai failli dire « ses victimes » – ont dû avoir l’impression d’être coincé dans les mâchoires d’un bouledogue avant d’être recraché, puis passé au rouleau compresseur. Joli image me direz-vous – attendez de voir l’état de ce qu’Harker a pris dans ses griffes. Il est tenace, il est obstiné, il veut la vérité et la justice. Un enquêteur comme certains n’aiment vraiment pas en rencontrer.

Un livre que j’aurai bien vu adapté au cinéma.