Archive | 17 juin 2020

Toffee et moi de Sarah Crossan

Présentation de l’éditeur :

Allison s’est enfuie de chez elle. Elle n’a nulle part où aller. Un peu par hasard, elle trouve refuge chez Marla, une femme qui pense la reconnaître et qui pourtant l’appelle « Toffee » . Allison cherche à oublier, Marla veut se souvenir. Alors, le temps de trouver un nouveau toit, de guérir de ses blessures, la jeune femme accepte d’être Toffee. Et en dépit du mensonge, une amitié tendre et fragile naît entre les deux femmes.
Peu à peu, la chaleur d’un foyer, d’une famille choisie, renaît.

Merci à Netgalley et aux éditions Rageot pour leur confiance.

Mon avis :

Lire ce roman, c’est tout d’abord retrouver la prose troublante de Sarah Crossan – prose, poème, la frontière est mince pour qualifier cette oeuvre. La délicatesse de l’écriture ne peut pas faire oublier la dureté des sujets abordés. Toffee et moi est un roman féminin, et nous suivons Allison, dans sa fuite pour survivre. Elle cherche, d’abord, sa belle-mère qui elle aussi a fui. Ce qui m’a questionnée est surtout comment Kelly-Ann a pu tenir aussi longtemps – pour Allison ? Mais Kelly-Ann n’est pas là, plus là, Allison doit donc se débrouiller – survivre, à nouveau.

Elle rencontre Marla, Marla qui vit quasiment seule, entre aide-ménagère qui vient mais ne comble pas la solitude, et fils qui passe, parfois. Marla perd la tête, comme on dit familièrement, Marla souffre de démence sénile, comme on dit techniquement. Marla oublie, et pourtant, Marla se souvient, parfois, elle se souvient de Mary, sa fille, elle se souvient de Toffee, et pourtant, Marla n’a pas vu, n’a pas échangé avec Toffee depuis longtemps. Mais pour elle, aujourd’hui, Toffee est là, et Allison accepte d’être Toffee – contre un toit, un peu de chaleur, un peu d’amitié aussi.

Le récit se passe au bord de la mer, un lieu dont on ne peut s’échapper, parce que l’on est au bout de tout, mais un lieu aussi, dont on part traditionnellement – par la mer.

Même si le récit est servi par une très belle écriture, il devient très dur à lire au fur et à mesure que nous découvrons l’ampleur du calvaire d’Allison, le cheminement aussi qu’elle a suivi pour comprendre qu’elle n’était pas responsable de ce qu’elle subissait. Les mécanismes mis en oeuvre par le parent-bourreau pour culpabiliser l’enfant, ainsi que les mécanismes que met au point l’enfant pour le protéger vis à vis de l’extérieur sont très bien montrés, par petites touches. Oui, les services sociaux peuvent passer à côté, les pires violences ne sont pas toujours visibles, et quand elles le sont, les enfants peuvent être suffisamment grands pour savoir comment les dissimuler.

L’espoir est-il au bout du chemin ? Peut-être. La volonté de s’en sortir pleinement, oui, de dire enfin. Pas toujours facile.