Archive | 15 juin 2020

Amoros de Marc Gaudron

édition Kyklos – 340 pages

Quatrième de couverture :

Ils étaient arrivés sur la terrasse. À l’intérieur, les derniers clients du restaurant s’attardaient auprès du piano où l’un d’eux massacrait la Marche Turque. Antoine distinguait mal le visage de Kampaner, à la lueur de l’enseigne clignotante.
« Vous allez au devant d’un combat, cher Monsieur. Je vois distinctement une forme sinueuse qui tourne autour de vous et cherche à vous enserrer. Quoi que vous fassiez, vous n’y échapperez pas. Vous serez mis à l’épreuve. Mais vous recevrez de l’aide. Il ne s’agit pas seulement de vaincre, mais aussi de sauver…  »
« Sauver… Qui ? »
Kampaner eut un geste vague pour désigner l’infini du ciel et de l’océan, la façade de l’hôtel hachée d’éclairs verdâtres, le groupe qui s’agitait derrière la baie vitrée. Puis il s’inclina et tendit la main à Antoine.
« Je ne dînerai pas, ce soir. Bonne nuit, Monsieur.  »

Merci aux éditions Kyklos et au forum Partage-Lecture pour ce partenariat.

Mon avis :

Voici Antoine. Il est le héros de ce livre. Il est un héros un peu particulier : il vient de prendre sa retraite, et il a traversé sa vie sans faire de vagues. Il est divorcé, sans regret. Il n’est pas proche de son fils, et cela le laisse indifférent. Même son pot de départ le gène un peu aux entournures. Il est vrai que son métier, dans la finance, n’avait rien de palpitant, rien, du moins, qui donne matière à des aventures rocambolesques ou à des amitiés franches et profondes. N’allez pas croire cependant qu’Antoine est un personnage insensible, bien au contraire. Il est presque trop sensible, trop réceptif à ce que les autres ressentent, vivent, et si jusqu’à présent les seuls échanges un peu suivis qu’il avait (en dehors de son travail) avaient lieu avec Agnès, bibliothécaire de son état, les choses changent après son départ à la retraite, sous l’impulsion de Nicole, son ex-chef.

Le voici, lui et son cadeau de départ (un ciré !), en route pour la Bretagne. Non, il n’a pas tout laissé derrière lui, il a fait la première de ses rencontres qui va le plonger dans le grand bain. Parce qu’il n’avait pas tout vu autour de lui, parce qu’il ne peut pas rester indifférent. Discret, Antoine, peu bavard, Antoine, en manière ou presque de protection. Est-ce pour cela que tant de personnes vont s’ouvrir à lui, et lui de se demander pour quelles raisons il est le réceptacle de leur secret, de leur peine, de leur douleur avec laquelle il leur faut bien vivre ? Lui qui, à ses yeux, n’a jamais éprouvé de grandes souffrances, se voit ainsi confronter à eux, forcé de s’interroger, et de suivre un parcours spirituel et intellectuel qui n’était pas prévu. Il faut croire que ce morceau de Bretagne est un lieu où se sont réfugiés des personnes qui avaient besoin de panser leur plaie ou d’apaiser leurs douleurs. N’allez pas croire cependant que le récit soit un long fleuve tranquille : le lecteur ne sait jamais où il va être entraîné – pas plus qu’Antoine d’ailleurs, qui n’aurait jamais envisagé la direction que sa vie prendrait après sa retraite.

Servi par une langue douce et poétique, Amoros nous entraîne sur des chemins rarement empruntés. J’espère qu’un large public découvrira ce livre.