Indomptable de Vladimir Hernandez

éditions Asphalte – 246 pages

Présentation de l’éditeur :

La Havane, de nos jours. Un jeune ingénieur en électronique, Mario Durán, se retrouve en prison après avoir trafiqué des accès Internet avec son meilleur ami et complice de toujours, Rubén. À leur grande surprise, il est libéré prématurément, à condition de prêter main forte au vol d’un coffre-fort, pour lequel ses compétences techniques et celles de Rubén sont indispensables. Un boulot apparemment facile… ce qui éveille la méfiance de Durán.
À raison. Quelques heures après le casse, il se retrouve enterré vivant dans un parc de La Havane, le cadavre de Rubén à ses côtés. Il n’aura dès lors plus qu’une seule idée : se venger de « l’Homme Invisible », leur commanditaire… Encore faut-il savoir de qui il s’agit réellement.

Préambule :

Je fais une cure de littérature cubaine… Ou presque. Après un début du mois espagnol et sud-américain compliqué, j’ai tenté de lire plus pour chroniquer plus.

Mon avis :

Je crois que ce livre sera ma meilleure lecture cubaine du mois (à l’heure où j’écris ces lignes, il me reste deux livres cubains dans ma PAL). Pourtant, ce n’est pas le meilleur livre que j’ai lu, j’ai vu des défauts : les qualités que j’ai trouvées à ce livre l’ont cependant largement emportées.

Le roman est construit avec des retours en arrière, qui se repèrent très facilement. Ils concernent la jeunesse de Durán, ou ce qui l’a conduit en prison – un malheureux concours de circonstances.

En revanche, ce n’est pas un concours de circonstances qui le fait sortir de prison, mais son ami et alter ego Ruben. Après dix-huit mois de taules, dix-huit mois qui se sont passés plus ou moins douloureusement – là encore, il peut remercier Ruben, qui lui a fait parvenir des cigarettes devenues monnaie d’échanges pour se procurer des éléments indispensables pour vivre – il sort en conditionnel, parce que ses talents sont nécessaires pour un coup facile.

Quand le lecteur arrive à ce moment du retour en arrière, il sait déjà comment s’est terminé ce « coup facile » – trop facile aux yeux de Durán qui en a trop vu en prison pour ne pas avoir développé une certaine méfiance, lui qui a passé dix-huit mois à se méfier de tous, à faire attention à tout. La scène d’ouverture du roman est une scène choc, et le lecteur se doute bien que le récit n’ira pas en s’affadissant – Durán ne pratique pas le pardon, n’envisage pas non plus de se mettre au vert, ou de disparaître. Non, il veut savoir qui a ordonné ce qui s’est passé. Se venger et venger Ruben sont des évidences pour lui.

Alors qu’il met tout en oeuvre pour parvenir à ses fins, nous découvrons son passé, et avec lui, la vie à Cuba – la vie de son père aussi, ancien soldat brillant à qui il ne faut surtout pas chercher des noises, père qui a appris à son fils à bien tirer – une compétence toujours utile. Sa mère ? Elle entre dans l’histoire cubaine, faisant partie de ces centaines de cubains qui prirent la mer pour quitter le pays. Son fils ? Un regret éternel de l’avoir mis au monde. Son père a donc fait sans elle – ni l’un ni l’autre n’avait le choix. Durán fit de brillantes études – qui ne lui permirent pas, non plus qu’à Ruben de bien gagner sa vie. L’autre exemple de l’immense déficience du système cubain est la situation de son ami chirurgien, un des meilleurs du pays d’après Durán – et quand bien même il serait juste « moyen », il serait tout de même chirurgien – qui ne gagne pas suffisamment pour changer la batterie de sa voiture. Il aidera Durán de son mieux, sincèrement, contre de l’argent certes, mais sans chercher à le trahir, ni à profiter de lui.

Le retour dans le passé c’est aussi retrouver son père, découvrir dans quel état il est, et qui s’occupe de lui : avec Dunia, c’est une autre facette de Cuba que l’on découvre – tout le monde n’a pas le droit d’habiter La Havane, et les bidonvilles sont une réalité. Rien ni personne ne semble pouvoir arrêter Durán et sa vengeance – il faut dire que ceux à qui il a à faire ne font pas grand cas de la vie humaine, et n’ont aucune difficulté à continuer leur vie. Durán non plus, en justicier solitaire qui n’est pas sans me rappeler le héros de Santa Muerte de Gabino Iglesias, si ce n’est qu’il est encore plus seul, si c’est possible : tous les deux cherchaient surtout à bien vivre, à mieux vivre, dans des pays qui ne le permettent pas vraiment.

Indomptable – un roman plus facile à lire que je ne l’aurai cru, sans doute à cause de la construction soignée du roman et de son style, qui raconte en douceur une histoire cruelle.

4 réflexions sur “Indomptable de Vladimir Hernandez

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