Archive | 20 mai 2020

Lune de Tasmanie de Tamara McKinley

Présentation de l’éditeur :

1905. À la mort de son mari, Christy décide, à bientôt 65 ans, de se rendre en pèlerinage sur l’île de Skye, en Écosse, terre rude où elle a passé les quinze premières années de sa vie. Avant que ses parents ne soient contraints à l’exil et s’installent en Tasmanie, au sud de l’Australie. Accompagnée de sa fille Anne et de sa petite-fille Kathryn, Christy embarque pour un long voyage vers le passé, où de douloureux souvenirs referont surface. Un retour aux sources qui bouleversera à jamais la vie des siens… Avec cette saga mettant en scène une femme courageuse, Tamara McKinley signe un roman dans la lignée de ses grands succès, sans doute l’un de ses plus personnels.

Merci aux éditions de l’Archipel et à Netgalley pour ce partenariat, obtenu pendant le confinement, et chrorniqué pour le jour de sa parution.

Mon avis :

C’est un livre que j’ai téléchargé au tout début du confinement, et que je n’aurai jamais eu l’idée de lire sans cela. Autant il m’est arrivé de lire des romances et de les apprécier, autant là, j’ai coincé, et eu beaucoup de mal à avancer. Pourquoi ?

Tout d’abord, je n’ai pas aimé la personnalité des héroïnes, Anne, en premier lieu. Elle est totalement insupportable, et on peut légitimement se demander comment quiconque, y compris sa mère, sa fille et son mari peut encore la supporter. Je ne suis même pas certaine qu’elle-même sache pourquoi elle est devenue ainsi. Ah, si : elle a surpris le fameux « secret » de sa mère, et elle ne parvient pas à lui pardonner. Je suggère fortement une thérapie familiale. Le voyage en Ecosse, d’ailleurs, en prend fortement le chemin, Anne comprenant enfin ce qu’a été la jeunesse de sa mère, nous révélant un pan de l’histoire de l’Ecosse particulièrement douloureux, et une vague de migration qui vers le Canada, qui vers l’Australie, une histoire particulièrement violente, d’autant plus que cette violence, exercée par les forts, par les autorités sur les faibles, les pauvres, ceux qui n’avaient ni les moyens, ni l’énergie de se défendre (se révolter était impossible) était autorisée, légitimée. Ce ne sont pas toujours des pages faciles à lire, et le contraste n’est pas si grand avec ce qui se passe au fin fond des mines australiennes, où la violence côtoie la fièvre de l’or – et ne parlons même pas de la justice expéditive.

J’en oublie presque Christy, l’héroïne, qui raconte à sa fille et à sa petite-fille ce qu’elle a vécue, revenant sur les lieux où elle a souffert, où les siens ont été blessés, ou sont morts. J’ai trouvé bizarre, pour ne pas dire convenu, qu’Anne ne découvre que certains événements de la vie de sa mère qu’à ce moment – tout comme le fort symbole contenu dans le châle de sa mère. De même, l’antagonisme entre sa fille et elle, les disputes redondantes provoquées par Anne gène à mes yeux la bonne progression du récit, tout comme les allusions à l’âge de Christy, qui nous est rappelé très souvent.

Pour moi, les personnages les plus intéressants ont été les hommes : Harold, le mari d’Anne, à la patience exemplaire, à la persévérance sans faille, Charles, ami fidèle jusqu’au bout, Grégor, qui se montre un guide tout au long du périple en Ecosse absolument inébranlable. A croire que les femmes ne sont capables que de débordements nerveux. J’ai aimé aussi que l’on suive deux actions, qui se déroulent simultanément, dans deux espaces différents. Je regrette la fadeur de Kathryn, la petit-fille dont j’attendais plus, souvent reléguée au fait d’être la témoin passive des disputes entre sa mère et sa grand-mère, ou d’être l’auditrice émue et attentive du récit de sa grand-mère. J’ai trouvé aussi que quelques péripéties étaient un peu convenues, retardant à mes yeux le bon déroulement de l’action (à nouveau, ai-je envie de dire). J’aurai aussi aimé que certains personnages prennent plus de place dans l’intrigue, que l’on voit un peu plus par leurs yeux. Bref, vous l’aurez compris, je n’ai pas été la lectrice la plus conquise par ce roman, qui part d’une île pour en retrouver une autre.

Bénis soient les enfants et les bêtes de Glendon Swarthout

édition Gallmeister – 176 pages.

Présentation de l’éditeur :

Ils sont six adolescents à s’être rencontrés dans ce camp de vacances en plein cœur de l’Arizona. Leurs riches parents ne savaient pas quoi faire d’eux cet été-là, et ils ont décidé d’endurcir leurs rejetons en les envoyant au grand air pour qu’ils deviennent de “vrais cow-boys”. Au sein du camp, ces enfants se sont trouvés, unis par le fait que personne ne voulait rien avoir à faire avec eux. Cette nuit-là, alors que tout le monde est endormi, ils ont une mission à accomplir, un acte de bravoure qui prouvera au monde entier qu’ils valent quelque chose. Et ils iront jusqu’au bout de leur projet, quel que soit le prix à payer.

Mon avis :

Que vous dire sur ce livre ? Sinon qu’il représente ce qui peut se faire de pire pour de jeunes américains issus de la classe aisée.
Oui, nous sommes en Arizona, et rien ne destinait ces six adolescents à se rencontrer. L’action du roman, au sens strict du terme, se déroule sur une journée entière mais le récit est construire de telle façon que nous découvrons, dans de courts retours en arrière, les deux mois passés dans le camp, les raisons pour lesquelles ses six jeunes se sont retrouvés dans ce camp, et les motivations qui ont entraîné la « mission » dont nous parle le quatrième de couverture. Je ne vous la dévoilerai pas : ce n’est pas qu’elle n’est pas intéressante, loin de là, c’est qu’elle dit tant de choses sur l’Amérique, sur son passé, et sur sa manière d’envisager son avenir qu’il vaut nettement mieux la découvrir en lisant le roman.
L’Arizona est un bel Etat – sauf quand on y est envoyé de force par des parents défaillants. Oui, c’est bien le lien qui unit ses six gamins : avoir des parents absolument pas à la hauteur, trop occupés par eux-mêmes et leurs névroses personnelles pour se pencher sur leurs enfants. Aussi, quand on leur suggère LA solution miracle, LE camp de vacances qui fera de leurs fils des hommes, des cow boys, des américains à cent pour cent, ils ne réfléchissent pas, ils foncent. Mettre des gamins en manque d’amour, de repère, d’écoute dans un camp où ils seront humiliés, où l’esprit de compétition est omniprésent, où on leur répète qu’il faut constamment se dépasser, gagner (et humilier les autres, bien sûr) pour être considérés peut faire du bien, où la carotte est maniée autant que le bâton n’est pas vraiment une solution.
Ces six gamins-là, fédérés par Cotton, vont se trouver, pourtant, et ne deviendront pas les versions améliorés d’eux-mêmes que le camp veut faire d’eux. Ils seront simplement des adolescents capables d’aller au bout des choses, d’atteindre un objectif qui n’était pas du tout ceux des organisateurs ou des prescripteurs. Le regard que porte Glendon Swarthout sur cette Amérique du paraître et du fric incapable de prendre soin de ses enfants est dur. Le roman a beau daté des années 70, en pleine guerre du Vietnam qui sert aussi, un peu, de toile de fond, cette guerre qui a fait entrer la violence quotidienne dans les maisons par le biais des postes radios et des télévisions, pourrait très bien se passer aujourd’hui, il ne faudrait pas changer grand chose.