Archive | 12 mai 2020

Les corps se vendent la nuit de Barry Eisler

Présentation de l’éditeur :

L’inspectrice Livia Lone, spécialiste des crimes sexuels, est de retour à un poste au sein d’une unité d’élite gouvernementale luttant contre les trafics d’êtres humains. C’est l’occasion rêvée de se rendre en Thaïlande pour liquider Rithisak Sorm, la tête pensante de la machination dont elle a été victime dans son enfance. Mais après le fiasco d’une première tentative, Livia découvre qu’un ancien sniper de la marine, Dox, veut lui aussi régler le compte de Sorm.
Ils comprennent vite que, malgré leurs différences, une collaboration sera nécessaire s’ils veulent atteindre leur objectif et rendre justice. Mais, ils ignorent qu’en menaçant Sorm, ils mettent aussi en danger un trafic de grande envergure incriminant les plus hautes sphères des services du renseignement américain.
Éliminer Sorm s’avérera finalement l’objectif le plus simple de la mission… Le véritable défi sera de déjouer les plans de vengeance de ses protecteurs.

Mon avis :

Le pire de ce roman ? La fin. Non, je ne vous la dévoilerai pas, je vous parlerai simplement des notes, chapitre par chapitre, qui expliquent que oui, certaines technologies existent bien, qu’elles sont même exploitées quasiment sans soucis, que les trafics dénoncés dans le livre rapportent énormément, et qu’une « théorie du complot » n’en est pas une (avec preuves à l’appui). Ces notes sont plus dures à encaisser, finalement, que l’intrigue elle-même.

Et pourtant, l’intrigue est rude. C’est un tome 2, et je me dis que j’aurai dû lire le 1 avant pour mieux comprendre ce qu’avait traversé Livia Lone, l’enquêtrice. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement entre son nom et le fait de « vivre seule » (live alone, approximativement). Livia est seule, oui, elle agit seule, monte ses opérations quasiment seule, parce qu’elle sait bien que les moyens légaux ne sont pas vraiment adaptés à ce qu’elle souhaite faire. Pourtant, elle est approchée par un homme, B.D. Little, membre d’une unité gouvernementale luttant contre les trafics d’êtres humains (ceux qui pensent qu’ils se sont arrêtés avec la fin de l’esclavage se trompent lourdement, ou sont très naïfs, au choix). Elle est assez méfiante envers lui, ce qui est logique compte tenu de ce qu’elle a vécu et de ce qu’elle voit dans son travail. Néanmoins, elle va saisir l’occasion – d’achever ce qu’elle a commencé, en Thaïlande.

Un chapitre sur deux lui est consacré. L’autre partie est dédiée à Dox, un personnage en lien avec des organisations gouvernementales tout ce qu’il y a de plus légales. Il m’a paru immédiatement sympathique, ce Dox, parce qu’il n’hésite pas à aller contre sa mission initiale – il préfère protéger plutôt que servir. Il est toujours aux aguets, ce qui lui permet de garder la vie sauve. Il a aussi des talents certains de comédiens, qu’il utilise à bon escient. Oui, j’ai préféré les chapitres avec Dox, parce que ceux avec Livia sont sanglants, violents et, même si ce qui lui est arrivé, à elle et à sa sœur, est affreux, j’ai beaucoup de mal avec ces scènes. Peu importe que les « victimes » aient commis des atrocités dans leur vie, et soient toujours prêtes à en commettre : j’ai la faiblesse de préférer toujours la justice à la vengeance – l’un des personnages n’attendait d’ailleurs que cela, de recevoir une mort rapide. Rien n’est d’ailleurs réellement résolu, et tant qu’il y aura des personnes prêtes à s’enrichir, et d’autres prêtes à satisfaire tous leurs désirs, rien ne sera réellement fini.

 

 

Jeu de massacre de James Patterson et Howard Roughan

Présentation de l’éditeur :

Impair, pair… et tue !Le Dr Dylan Reinhart s’est rendu célèbre par son livre décryptant les comportements criminels. Lorsqu’un exemplaire de ce best-seller est retrouvé sur une scène de meurtre accompagné d’un simple mot, force est de constater qu’un tueur en connaît tous les chapitres.Elizabeth Needham, inspectrice au NYPD en charge du dossier, recrute Dylan pour l’aider à comprendre le sens d’un autre indice laissé sur la scène de crime : une carte à jouer.Et quand une nouvelle carte est retrouvée sur un autre cadavre, il semble évident pour le criminologue qu’elles ne sont pas qu’une signature… mais bien un indice permettant de conduire à une prochaine victime.Tandis que tout New York cède à la panique, Dylan Reinhart est le seul à pouvoir s’immiscer dans l’esprit torturé de ce serial-killer…

Préambule : c’était ou écrire un journal « déconfinement, jour 1 » ou rédiger l’avis sur le livre que j’ai lu quasiment d’une traite ce soir. Le choix fut vie fait.

Mon avis :

J’avais aimé ma série, et quand j’ai retrouvé ce livre au fin fond de ma PAL (je savais bien que je l’avais !), j’ai commencé à le lire, et je l’ai terminé très vite.
Il faut dire qu’en dépit du sujet – la traque d’un tueur en séries, un classique américain – le livre est très drôle, grâce à la personnalité de Dylan Reinhart, professeur de criminologie de son état, marié à Tracy, un homme charmant. Il est bourré d’humour, et s’il est parfaitement compétent dans son domaine, cela ne fait que rendre son regard plus acéré face à ce qu’il découvre. Le problème qui se pose à la belle ville de New York n’est pas tant la présence d’un serial killer qui joue avec les nerfs des enquêteurs, connaissant parfaitement les codes du genre, et ce que l’on attend de lui, mais le fait que l’on est en pleine période électorale, et que le maire joue sa réélection avec ce criminelle. Nous découvrons au passage qu’une campagne électorale ressemble à s’y méprendre à une campagne militaire, remplie de stratégie en tout genre, d’offensive, de propagande, d’espionnage aussi – ou comment tenter de trouver les petits secrets du Dr Reinhart. Non, pas le fait qu’il est gay, ce n’est un secret pour personne. Non, le secret qui fait qu’il ne vaut mieux pas le sous-estimer, même sans arme, même à un contre deux, le secret qui fait qu’un hacker, qui correspond en tout point au portrait du hacker, est toujours prêt à l’aider. Sans doute aussi parce que Reinhart ne lui pose jamais de questions sur la manière dont il s’y prend, puisqu’il le comprend parfaitement.
Les meurtres. Sanglants. Justifiables aux yeux du meurtrier, qui mettra bien involontairement Dylan sur sa piste. Enfin, involontairement… le dealer, puisque c’est ainsi qu’il est surnommé, est pourtant la première voix que l’on entend dans ce roman. Il savait parfaitement où il allait. Oui, nous sommes à nouveau face à un serial killer intelligent, ou plutôt un serial killer qui connait bien les failles du système et celles de la justice. La justice américaine n’est pas la justice française (ce que de brillants scénaristes, tel un cliché, nous rappellent à longueur de séries télévisées) et certains savent parfaitement utiliser ses failles afin de faire libérer le prévenu. Les « failles » sont nombreuses, qu’elles soient juridiques (bien connaître la loi, c’est important) ou qu’elles reposent sur un minuscule point de procédure qui n’a pas été respecté à la lettre. Ne parlons pas non plus des témoignages « de complaisance » – démontrer la fausseté d’un alibi demande du temps et de l’énergie, que n’ont pas forcément un procureur, un juge, un avocat. Et s’il est des innocents qui croupissent en prison parce que leur avocat n’a pas été assez performant, il en est des coupables qui vivent en toute liberté, parce que leur avocat (souvent très cher payé) a épluché soigneusement chaque pièce du dossier.
Le roman est construit contre une course contre la montre quasiment perdu d’avance – quasiment. Du coup, les pages se tournent quasiment toutes seules, pour savoir comment un point final sera enfin mis à cette succession de meurtres. Et ce n’est pas vraiment de la manière dont on aurait pu le penser.
Un livre aussi agréable à lire que la série l’a été à regarder.