Archive | 6 mai 2020

La femme révélée de Gaëlle Nohant

édition Grasset – 384 pages

Présentation de l’éditeur :

Paris, 1950. Eliza Donneley se cache sous un nom d’emprunt dans un hôtel miteux. Elle a abandonné brusquement une vie dorée à Chicago, un mari fortuné et un enfant chéri, emportant quelques affaires, son Rolleiflex et la photo de son petit garçon. Pourquoi la jeune femme s’est-elle enfuie au risque de tout perdre ?
Vite dépouillée de toutes ressources, désorientée, seule dans une ville inconnue, Eliza devenue Violet doit se réinventer. Au fil des rencontres, elle trouve un job de garde d’enfants et part à la découverte d’un Paris où la grisaille de l’après-guerre s’éclaire d’un désir de vie retrouvé, au son des clubs de jazz de Saint-Germain-des-Prés. A travers l’objectif de son appareil photo, Violet apprivoise la ville, saisit l’humanité des humbles et des invisibles.
Dans cette vie précaire et encombrée de secrets, elle se découvre des forces et une liberté nouvelle, tisse des amitiés profondes et se laisse traverser par le souffle d’une passion amoureuse.
Mais comment vivre traquée, déchirée par le manque de son fils et la douleur de l’exil ? Comment apaiser les terreurs qui l’ont poussée à fuir son pays et les siens ? Et comment, surtout, se pardonner d’être partie ?

Merci aux éditions Grasset et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Il est plus difficile pour moi de rédiger un avis en ce moment qu’en temps « ordinaire » – et j’espère que ce que nous vivons actuellement ne deviendra pas notre ordinaire dans les années à venir.

Et pourtant… La femme révélée est un portrait passionnant, un portrait de femmes, mais aussi un portrait passionnant de la France et de l’Amérique. Portrait de femme, d’abord, parce que j’ai senti, véritablement, Violet vivante sous la plume de Gaëlle Nohant, être humain de chair et de sang, et non être de papier. Violet est vivante, et Eliza ne l’était plus. Au fur et à mesure de son parcours parisien, nous voyons Violet s’affirmer – en tant que femme, en tant que photographe – et nous découvrons le passé d’Eliza. L’enfant, la jeune fille qui admire son père et ses combats, l’adolescente orpheline, dont la mère ne pense qu’au mariage – parce que c’est le sort de quasiment toutes les jeunes filles de la bonne société, trouver un mari riche, bien placé dans la société, et surtout, surtout, ne rien voir, ne rien savoir de cette société.

Pourtant, la société américaine entre violemment dans la vie d’Eliza, et elle commence à ouvrir les yeux. Elle ne cessera désormais plus de regarder, de vouloir dénoncer aussi, par les images. Ce n’est pas sans danger. Tout au long du roman, de l’Amérique à la France, nous découvrons la face cachée de l’Amérique, la face ignorée, et son racisme parfaitement assumé, même dans ces grandes villes du Nord qui se targuent d’être plus tolérantes. J’ai pensé à l’oeuvre de James Baldwin en lisant certaines pages, et j’ai aimé qu’il soit fait allusion à cet auteur si inspirant.

Le livre nous mène d’une guerre à l’autre, la Seconde guerre mondiale, qui a vu le mari d’Eliza changer, la guerre du Vietnam, qui ré-unira Violet et son fils. Les violences sont partout, dirigées contre les plus faibles, ceux qui n’ont pas de voix pour se faire entendre. Angoissant ? Oui, un peu, sachant que certaines situations semblent traverser le temps.

Une lecture que je n’aurai pas pensé apprécier, à cause du postulat de départ – et pourtant, si.