Archive | 3 mai 2020

Une soirée de toute cruauté de Karo Hämäläinen

Présentation de l’éditeur :

Trois portables sonnent dans le vide au coeur de Londres dans un appartement de luxe. Plus tôt en soirée, quatre amis finlandais se sont retrouvés pour dîner. Robert, l’hôte, est un banquier qui a empoché des millions par le biais de manipulations pas très éthiques de taux d’intérêt. Cela fait plus de dix ans qu’il n’a pas vu son meilleur ami, Mikko, un journaliste d’investigation qui a consacré sa vie à démasquer les politiciens et hommes d’affaires corrompus.
L’épouse de ce dernier, Veera — avec laquelle Robert a eu une brève liaison —, et Elise, la nouvelle femme « trophée » du banquier, font également partie de la mêlée. Mikko est arrivé à Londres muni de sombres desseins : il pense pouvoir commettre le meurtre parfait. Mais il est encore loin de se douter du menu des festivités. Un lourd secret pèse sur les convives, et leur réunion après toutes ces années est manifestement un jeu dangereux.

Mon avis :

La lecture de livres qui ne vous plaisent pas vraiment nuit à votre santé livresque – et ce n’est jamais le moment.

Ce roman est  huis clos, qui se déroule dans un appartement londonien : quatre personnages entrent pour un dîner (deux couples), trois n’en ressortiront pas vivantes, nous le savons dès les premières pages du roman. Les questions seront donc de savoir qui a été tué (les identités des victimes ne sont pas dévoilées, il faut quand même qu’il y ait un peu de suspens), qui a tué qui et comment les meurtres ont eu lieu. N’oublions pas les mobiles, cela peut toujours être utile à la construction romanesque. Mais (il y aura plusieurs mais) j’ai trouvé ce roman très verbeux, très ennuyeux, avec des personnages qui se veulent complexes et sont simplement imbus de leur personne : Robert et Mikko adorent s’écouter parler. Les deux amis ont en commun d’avoir une confiance en eux extrême, personne ne peut remettre en doute ce qu’ils disent, ce qu’ils pensent, et pour ce dîner de retrouvailles, les sujets de discussion sont avant tout philosophiques et politiques. Mikko a de plus à mes yeux un défaut rédhibitoire : il est extrêmement radin, passant un temps fou à tout comparer pour avoir la meilleure offre téléphonique, le trajet en bus le moins couteux. Il chicane pour un rien, récrimine contre son épouse Veera si elle a choisi d’acheter quelque chose dans une boutique alors qu’une autre propose le même produit pour moins cher. Veera l’aime comme il est – et ce n’est même pas touchant, elle l’a épousé parce qu’elle voulait un enfant, et parce qu’elle n’était plus avec Robert. Mikko est un enquêteur hors pair, qui se targue d’amener ses lecteurs à réfléchir, tout en, finalement, les roulant dans la farine. Aucun personnage ne m’est sympathique, leurs conjointes non plus, Elise, l’épouse de Robert, épouse trophée, petite chose qu’il faut sauver, femme-enfant au patrimoine génétique choisi, par son mari, pour avoir ainsi des enfants par-faits. Une gourde pleine de vide. Quant à Verra, l’épouse de Mikko, qui le trompe allégrement avec Robert, pendant que lui la trompe avec Elise, je ne vois pas trop ce qui peut être attachant chez elle. Ce ne sont même pas ces doubles tromperies qui me dérangent, c’est plutôt que ces deux couples d’adultes responsables ne parviennent pas à terminer leurs histoires de désamour autrement que dans le sang et le poison. Oui, comme ils pensent presque tous être remarquablement intelligents, certains d’entre eux pensent pouvoir commettre le crime parfait – avec le nombre d’armes du crime à disposition, quand ils n’ont pas pris soin de les amener eux-mêmes, le lecteur peut comprendre facilement que cela se terminera pas très proprement. Penser qu’une amélioration dans votre vie peut provenir d’un meurtre est tellement bête que je me demande comment des personnages aussi intelligents que ceux qui nous sont présentés n’y ont pas pensé eux-mêmes. Ils ont sans doute lu trop de romans policiers, dont ils ne se privent pas de critiquer les procédés d’écriture. Je pourrai vous dire simplement que lire des polars n’est pas la recette miracle pour commettre un crime parfait. La recette de celui-ci est en tout cas classique, avec le partage des points de vue, en indiquant en tête de chapitre dans la tête de qui nous nous trouverons, la longue amitié entre les protagonistes, le lourd secret issu du passé, les chapitres (courts) en italique pour être dans la tête du tueur. La quatrième de couverture promettait trop, les promesses n’ont pas été tenues.

Baby sitter, tome 1 d’Hari Tokeino

Présentation de l’éditeur :

Ryuichi et son petit frère Kotaro, qui est encore tout petit, ont perdu leurs parents dans un accident d’avion. Ils sont tous deux recueillis par la directrice de l’Académie Morinomiya, mais à une condition : que Ryuichi soit baby-sitter à la crèche de l’établissement ! Que va-t-il faire, confronté à de très énergiques bébés ?!

Mon avis :

Je poursuis les découvertes avec ce manga publié par les éditions Glénat et qui, si je ne me trompe pas, compte à ce jour sept tomes publiés en France. Ce manga est pour moi un mélange de douceurs et d’émotions. Ryuichi a des parents très bohèmes, ce qui fait que c’est plutôt lui qui élève son petit frère Kotaro que ses parents, souvent absents, jusqu’au jour où ses parents décèdent dans un accident d’avion. La directrice de l’Académie Morinomiya a perdu son fils et sa belle-fille dans le même accident : elle se propose de les accueillir, à condition que le jeune homme, qui a l’expérience des bébés avec son frère, devienne baby-sitter à la crèche de l’établissement.

Ryuichi se montre sans doute le plus investi des baby sitter, au point, le premier jour, de presque en oublier son petit frère, si discret, qui fait tout, finalement, pour ne pas gêner son grand frère. Certains le font par unique obligation, d’autres en profitent pour piquer un roupillon, un peu comme  M. Usaida. Ryuichi se retrouve aussi confronté à des parents particulièrement investis dans leur travail, au point que Kirin restera une semaine à la garderie sans voir sa mère, trop occupée par les répétitions de la pièce de théâtre du club, ou que les jumeaux Takuma et Kazuma voient plus souvent les films ou les publicités que fait leur père que leur père lui-même. Pour les petits, chaque jour est une aventure, et les promenades dans le parc, si le baby sitter manque de motivation, ressemble davantage à la sortie d’un troupeau de mouton. Non, je ne fais pas référence ici à la coiffure de la directrice.

Il est question aussi de deuil, de solitude, de la famille que l’on se crée, des amitiés que l’on parvient à nouer – ou pas, du travail scolaire que l’on fournit pour conserver son excellence, quitte à ne rien avoir à côté, comme Inomata. J’ajoute une mention spéciale pour le bonus final, en une adaptation très réussie du petit chaperon rouge, avec Kotaro en chaperon et madame la directrice en mère-grand qui pète le feu.