Archive | 30 avril 2020

Vie à vendre de Yukio Mishima

Présentation de l’éditeur :

«Je propose une vie à vendre. À utiliser à votre guise. Homme, 27 ans. Confidentialité garantie. Aucune complication à craindre.»

Lorsque Hanio Yamada rate son suicide, il décide de mettre sa vie en vente au plus offrant dans un journal local de Tôkyô. Le premier acheteur ne se fait pas attendre et entraîne ce héros involontaire dans une course folle au cœur d’un monde de gangsters sanguinaires, d’espions et de contre-espions, de potions hallucinatoires, de femme-vampire, de carottes empoisonnées, de junkie désespérée et d’explosif artisanal. Alors que les cadavres se multiplient autour de Hanio, celui-ci demeure miraculeusement vivant et se demande comment enrayer cette machine infernale. La vie aurait-elle finalement une valeur à ses yeux, et serait-il enfin prêt à en payer le prix ?

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Gallimard et le Hanbo(o)k Club pour ce partenariat (oui, je suis en retard, comme souvent).

C’est la toute première fois que je lis une oeuvre de Yukio Mishima – et pourtant, j’ai déjà longuement entendu parler de l’auteur, ou plutôt de sa vie. Vie à vendre, justement, est un roman inédit en France, publié au Japon en 1968. Que peut bien représenter le héros, Hanio Yamada ? Il est en décalage dans cette société japonaise : à 27 ans, il n’est pas marié, pas même fiancé, donc il n’a pas encore d’enfants, ni une quelconque responsabilité. Il ne travaille plus, par choix personnel, il n’en a pas vraiment besoin financièrement pour l’instant. Puis, il ne fait pas grand cas de sa vie, à laquelle il n’accorde pas vraiment de valeurs. S’il veut mettre fin à ses jours, ce n’est en aucun cas comme un samouraï des temps jadis, ni comme un kamikaze de la seconde guerre mondiale, c’est comme un homme qui est las de tout, et qui a même la paresse de commettre une seconde tentative de suicide (je précise que le terme « paresse » est de moi, et non pas noté tel que dans le roman) : disons plutôt qu’il a même perdu le goût du suicide. Par conséquence, il va vendre sa vie – à celui qui voudra bien en disposer et trouver ainsi un moyen de le faire mourir.

Nous entrons alors dans ce qui est presque une parodie, ou du moins un jeu sur les codes littéraires de plusieurs romans : le roman d’amour vaudevillesque, lors de sa rencontre avec son premier client, le roman policier, le roman d’espionnage, le roman gothique… Nous croisons aussi plusieurs personnages féminins solidement campés, qui jouent avec les clichés tout en s’en jouant, de la femme adultère à la vieille fille amoureuse, en passant par la femme, vampirisant la force vitale des hommes tout en restant presque sympathique (sinon, les vampires n’auraient pas de victimes) et la jeune fille névrosée, qui pense porter en elle les germes de la folie et le poids du passé. La guerre n’est pas si loin que cela, et au moment où le roman est publié, le traité de coopération mutuelle entre le Japon et les Etats-Unis est en pleine renégociation. Au milieu de ses femmes, Hanio  se laisse parfois un peu dépasser par ce qu’il vit, et par cette mort qui ne veut pas de lui. Ah si, pardon, elle commencera à s’intéresser à lui quand il reprendra un peu goût à la vie. Tant de désinvolture se devait d’avoir une fin. Ou pas. Comment (re)trouver sa place dans cette société japonaise si cloisonnée ? Oui, j’ai eu l’impression parfois de ne pas connaître suffisamment les codes de la société japonaise pour comprendre pleinement les tenants et les aboutissants de ce roman. Ma seule référence, pour cette époque, est 1969 de Ryû Murakami, roman qui raconte la révolte qui souffle sur la jeunesse japonaise. Autant dire que j’étais très loin de Mishima.