Archive | 26 avril 2020

Le maître de fengshui est à l’ouest de Nury Vittachi

édition Picquier -330 pages

Présentation de l’éditeur :

C F Wong, le maître de fengshui, déteste l’idée de se rendre en Occident. Cependant il est des offres qui ne se refusent pas, surtout quand elles sont aussi bien rémunérées. En effet, les Britanniques espèrent vendre le plus gros avion du monde aux Chinois et on a fait appel à lui pour s’assurer que le fengshui de l’appareil était bon. Bien mieux, la reine, lasse des infortunes que connaît la famille royale, s’inquiète du mauvais fengshui qui pourrait régner au palais de Buckingham. Evidemment, les choses ne se passent jamais comme prévu.

Mon avis :

Il a fallu que je lise ce roman en période de confinement pour découvrir les raisons de l’absence de papiers toilettes autre que ceux parfum brise marine dans les supermarchés. Tout est la faute du maître de fengshui ! Oui, tout : il est incapable d’obtenir le moindre travail de la part de sa secrétaire. En revanche, elle a acheté pas moins de cinq cents rouleaux de papier toilettes, cinq cents ! Du coup, le maître s’en sert pour s’asseoir dessus et méditer en douceur – et personne ne se dit que ces rouleaux pourraient manquer quelque part.

Cependant, on lui propose un contrat en or presque massif, et le maître ne peut résister. Oui, l’argent passe toujours avant tout le reste, surtout qu’il a malencontreusement une grosse dette à rembourser, en lien avec des surligneurs défectueux et c’est avec joie qu’il signe ce contrat, qui va le mettre en relation avec ni plus ni moins que la famille royale. Sa première mission est simple : s’assurer que le plus gros avion au monde est bien feng shui. Las ! Un homme est assassiné dans l’avion lui-même. Pire : le coupable est un ami de Joyce, un homme qui ne ferait pas de mal à une mouche (mais à un éleveur maltraitant ses bêtes, oui). Joyce a donc quelques soucis. Surtout, elle veut vraiment prouver l’innocence de Paul, qui est aux yeux de tous le seul et unique coupable possible. Pourquoi chercher quand tout semble tellement évident ? Puis, nous sommes en Chine, et même si des intérêts européens sont en jeux, les autorités chinoises n’ont pas vraiment envie d’explorer la notion de présomption d’innocence.

Joyce enquête donc – et Wong aussi, presque malgré lui, parce qu’il tient à son intérêt, parce que certains éléments ne sont pas feng shui du tout. La persévérance de Joyce est pour beaucoup dans la progression de l’enquête – cela, et le fait qu’elle soit considérée comme insignifiante par certaines personnes. Elle peut se comporter de manière très ordinaire, c’est évident, mais elle ne renonce pas, et garde ses convictions. Wong, lui, reste maître du feng shui, et s’il dit que cela ne va pas, c’est que cela ne va pas – la réalité dépassera toutes ses craintes.

Le maître du feng shui est à l’ouest est un roman qui nous parle de pouvoir, entre des activistes qui font ce qu’ils peuvent pour alerter contre les dangers du consumérisme et des industriels qui peuvent dépenser des millions en campagne de publicité pour montrer à quel point consommer (et polluer) c’est bien. C’est aussi un livre rempli d’humour et d’absurdité, notamment avec le personnage de Wong, qui ne maîtrise pas totalement la langue anglaise, encore moins la hiérarchie aristocratique de la famille royale anglaise. pourquoi Lady Diana est présentée comme une roturière dans tout le roman alors que les origines aristocratiques de sa famille remonte au XVe siècle – Il y a d’ailleurs la volonté de prendre des distances avec la réalité, notamment en créant une soeur cadette, Marjorie, à la reine ou en présentant Lady Diana comme une roturière alors que les origines aristocratiques de sa famille remonte au XVe siècle – volonté de faire un peu plus rêver la midinette qu’est Joyce ?

Avec ce livre, j’aurai lu l’intégralité des aventures du maître. Comme souvent, j’ai préféré les recueils avec des récits courts, qui se prêtent mieux à ses excentricités.