Le carnet volé d’Alice Quinn

Présentation de l’éditeur :

Incendie, suicide, chute mortelle : en quelques jours, les morts accidentelles au sein de la bourgeoisie cannoise se succèdent et perturbent l’ordre de la Cité des Princes.Du côté de la villa Les Pavots, l’ambiance est plus que morose depuis que le jeune Basile Mouron, qui vient souvent rendre visite à Miss Fletcher et ses amis, a été accusé d’attentat terroriste par le brigadier Rodot. Peu après, Basile meurt assassiné dans les bras de Lola, à qui il a remis un mystérieux carnet et fait promettre de retrouver sa sœur disparue.Lola, Miss Fletcher et Maupassant se lancent à corps perdu dans l’enquête. Rapidement, ils découvrent que les accidents ressemblent plutôt à des meurtres déguisés. Mais quel est le rapport avec les enfants Mouron ? Entre une Lola bientôt mariée, une Miss Fletcher amoureuse et un Maupassant qui sombre dans la folie, les chemins des trois héros se séparent inexorablement. Parviendront-ils à percer le secret du carnet volé ?

Mon avis :

C’est à nouveau un au revoir puisque nous voici déjà au troisième tome de cette trilogie. Je dis « à nouveau » puisque l’on disait déjà au revoir à Rosie Maldonne, l’autre héroïne d’Alice Quinn – et de me demander quel prochain personnage créera cette auteur.
L’on sait, déjà, que ce n’est pas très bon pour Maupassant que cette année-là. Déjà, il a dû faire interner son frère, et ses parents ne lui sont d’aucun secours, trop âgé, trop souffrant. La dépression, et pire encore, est là pour lui, et rien ne semble pouvoir l’en extraire. Lola, pourtant, sa grande amie, et surtout François, son valet, font tout ce qui est en leur pouvoir, peine perdue. Même une nouvelle enquête, des enjeux importants ne parviennent pas à le sortir de sa torpeur.

Et pourtant, l’enjeu est de taille : Thérésine Mouron, la soeur de Basile, qui l’a pratiquement élevé, a disparu, et, pour un garçon et une fille issue d’un milieu populaire, il est impossible de demander de l’aide à la police. D’ailleurs, quand il se décide à le faire, les pires catastrophes se produisent : Basile est ni plus ni moins accusé d’attentat, le brigadier Rodot est à sa recherche, ce même brigadier qui ne porte ni Lola, ni miss Fletcher dans son cœur – ni aucune femme, soyons précise à ce sujet. Il faut donc agir sans, presque contre la police, qui se devra pourtant d’enquêter : Lola retrouve Basile mourant, c’est un choc pour elle, pour nous devrai-je dire puisque nous avons vu littéralement grandir ce personnage pendant les huit années qu’a duré cette trilogie. Quant à sa soeur, c’est elle qui avait été Anna, quatre ans plus tôt. Que lui est-il donc arrivé ?

Nous sommes au XIXe siècle finissant, et quand j’écris ces lignes, le XXI siècle a presque vingt ans, ce qui ne sera pas le plus bel âge de sa vie (du moins, je l’espère), pourtant nous pouvons nous reconnaître dans ces jeunes femmes qui veulent s’affranchir des carcans imposés physiquement, moralement, légalement par la société. Lola ne veut pas se marier, parce qu’elle est parvenue à une indépendance financière qu’elle ne doit qu’à elle-même, et pas seulement à ses charmes. Elle sait qu’en se mariant, elle perdra tout, peu importe les promesses de son mari. La société est d’ailleurs ainsi faite que le père de Paul peut se permettre d’avoir écrit un testament qui déshérite son fils, sauf s’il se marie et a un héritier (voir une nouvelle de Guy de Maupassant sur le sujet). Gabriella Fletcher, aristocrate déchu, ne doit son indépendance qu’à son travail chez Lola, qui reste pour son milieu avec lequel elle a dû couper les ponts un signe de déchéance, et qu’à son travail d’écriture. Elle n’est pas la plus à plaindre, d’autres aristocrates déchues ne doivent leur vie (leur survie ?) qu’à la générosité de leurs semblables, ce qui n’est pratique qu’un temps, pour ne pas dire pas pratique du tout.

Et les hommes, me direz-vous ? Écris ainsi, on pourrait presque croire qu’ils vivent dans un monde à part, et c’est le cas. Si j’excepte Paul Isnard, le grand ami, après Maupassant, de Lola, ils sont tous très affairés, en permanence, occupés à tirer le plus de bénéfice possible, le plus de pouvoir possible de leur situation. Désespérant ? Pour eux, non, pour ceux qui les entourent et à qui ils nuisent, par action ou par inaction, oui.

Une trilogie à découvrir.

Une réflexion sur “Le carnet volé d’Alice Quinn

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