Archive | 3 avril 2020

Survivre de Vincent Hauuy

Présentation de l’éditeur :

2035. La Terre est en sursis : les catastrophes climatiques se multiplient, les sociétés sont en ébullition et les réserves d’eau potable se raréfient. Le survivalisme prend de l’ampleur. Survivre devient à la fois un défi et une obsession. C’est aussi le thème et le nom du grand jeu télévisé que lance le milliardaire Alejandro Perez, magnat des intelligences artificielles.

Dans l’énorme complexe construit ad hoc dans l’Idaho, le lancement de Survivre s’annonce spectaculaire. Mais lorsqu’un agent de la DGSE infiltré dans l’organisation de Perez disparaît, son frère, l’ex-journaliste Florian Starck, se décide à intégrer l’émission.

Livre que je n’aurai pas lu sans le confinement.
Merci à Netgalley et aux éditions Hugo Thriller pour ce partenariat.

Mon avis :

Cela pourrait presque être demain, d’ailleurs c’est demain que l’action se passe : qu’est-ce que quinze ans au regard de l’humanité ? Voici quinze ans, nous nous disions que la canicule avait eu lieu deux ans plus tôt. Nous ne pensions pas être confinés quinze ans plus tard – et l’auteur n’aurait sans doute pas pensé que son livre sortirait dans une telle claustration.
Nous suivons Florian Starck, ou plutôt, nous découvrons le monde tel qu’il est en 2035 avec Florian. Il a été un journaliste particulièrement brillant. Il dénonçait, déjà, les risques que courait la Terre, il parcourait le monde pour le faire. Le drame est survenu : sa femme et sa fille sont mortes au cours de la première grande catastrophe naturelle de ce siècle. Il y en aurait d’autres après. Depuis leurs morts, Florian accomplit ce qui étaient leurs rêves : vivre de manière autonome, seul. Non loin, une communauté s’est installée. Alors non, ce n’est pas idyllique : les réfugiés climatiques sont nombreux, dérangent (comme les réfugiés actuels me direz-vous), les violences sont le quotidien, les tempêtes et autres tornades sont extrêmement fréquentes. Et c’est au milieu d’une situation tout sauf réjouissante – les pillards pillent et saccagent, quand ils ne tuent pas ceux qui leur résistent ou, plus simplement, tuent pour faire un exemple – que Florian est sollicité par sa soeur Claire : leur frère Pierrick, plus sauvage encore que Florian, a disparu. Aussi, Florian se doit d’accepter le poste de coach dans une émission de télé-réalité nommée tout simplement Survivre, et entraîner une candidate, Zoé, dont il ne comprend pas trop la présence dans ce type d’émission : elle ne correspond pas aux critères que l’on est habitué à avoir.
Nous sommes en terrain connu, puisque les gentils téléspectateurs actuels se délectent de ce type d’émission, tout en sachant fort bien que les non moins gentils participants ne risquent pas grand chose – avec tout le staff technique qui les entoure. On ne laissera pas mourir un candidat, qu’on se le dise ! Là, les enjeux sont moins limpides, surtout que c’est un magnat des intelligences artificielles qui est au commande. Que cache donc réellement ce programme ? Et qu’est devenu le frère de Florian ? Pierrick est un agent de la DGSE infiltré, homosexuel et fiancé à un autre journaliste – son homosexualité ne semble poser de problèmes à personne. Tout au long de ce récit, il sera caractérisé de manière indirecte, voire même en creux, parce que jusqu’à la fin, on aura des doutes sur ses véritables motivations, sur son caractère. D’ailleurs, on ne saura la finalité de ce qui était en jeu qu’à la fin – et ce n’est foncièrement pas optimiste. Peut-on l’être quand on voit que personne ne se bouge ? Qu’il est trop tard ou presque ?
On ne croise pas vraiment des personnes qui distillent l’espoir, plutôt des personnes qui vivent de leur mieux dans cette situation, sans excès de confort – comme cette charmante famille que Florian croisera dans l’Idaho, prenant bien soin de leur chien robot. Il en est d’autres qui ne sont pas prêts du tout à renoncer à leur relatif confort – tant qu’ils n’y sont pas forcés, pourquoi le feraient-ils ? Fermer les yeux, s’accommoder, y compris quand les conflits éclatent continuellement, de groupe en groupe ou de pays à pays, que l’on s’adapte – tant que l’on a, finalement, un certain confort.
L’adaptation, jusqu’à quand ? Difficile à dire. Certains ont déjà la réponse dans cette intrigue, et la gardent pour eux. Je le ferai aussi, bien entendu. L’épilogue laisse quelques questions ouvertes, à nous d’imaginer peut-être la suite.
Je ne pouvais terminer cet avis sans parler de Sandra, la fille défunte de Florian. Plus que son oncle, plus que d’autres personnages, elle est véritablement vivante, puisqu’elle parle avec son père, le conseillant, l’avertissant. Chaque lecteur est libre d’interprêter cette voix comme il l’entend, conscience de Florian, reflet de ses peurs, de ses remords, ou véritable intervention apportant une touche fantastique au récit. Je n’ai pas réussi à parler d’elle à travers ma critique, peut-être parce qu’elle est le personnage le plus prenant de ce récit.