La Colombienne de Wojciech Chmielarz

édition Agullo – 416 pages

Présentation de l’éditeur :

La Colombie, plein été. Un groupe de Polonais choisis pour tourner une publicité Coca-Cola passe les vacances de sa vie dans un hôtel de luxe au bord de l’océan. Tous frais payés. Mais bientôt, le séjour vire au cauchemar : la pub est annulée, et la facture est salée… Pour rembourser leur dette et récupérer leur passeport, les touristes insouciants se voient proposer par les Colombiens une offre difficile à refuser. Et le paradis se transforme en enfer. Tout le monde ne reviendra pas de ce voyage…
Varsovie, un samedi à l’aube. Le corps d’un homme d’affaires est retrouvé pendu au pont de Gdansk – le ventre déchiré, les mains attachées derrière le dos et une cacahuète à la main. L’inspecteur Mortka, de retour à Varsovie après ses quelques mois de purgatoire, est chargé de l’enquête. Rapidement, le Kub flaire une sale histoire de blanchiment d’argent qui le mènera sur la piste de réseaux internationaux dont les tentacules s’immiscent jusqu’au cœur de la vie financière polonaise.

Mon avis :

J’ai failli commencer mon billet en disant « je suis chez moi dans ce polar ». Les noms me sont familiers, d’une certaine façon. Le héros s’appelle Jakub (comme mon grand-La Colombienne de Wojciech Chmielarère, même orthographe, francisé ensuite par l’état civil français, du moins, je pense que cela s’est passé ainsi), il est question d’un bâtiment nommé Majewska (nom aussi commun que Martin pour un français), les personnages s’appellent par leur diminutif, non  par leur prénom. J’ai même croisée une Katarzyna – et un plus classique Andrejz. Puis, je me suis dis que ce début était faussé. Je ne suis pas polonaise, je ne le serai jamais, et je ne dois pas oublier que, si quitter la Pologne ne fut pas un choix pour mon grand-père, ne pas y retourner, dans ce pays qui n’avait pas su le (les ? j’inclus ma grand-mère) protéger était un choix. Je suis bien « chez moi » dans ce polar, parce que c’est un excellent polar, tout simplement.

Le Kub, qui a encore le bras gauche dans le plâtre, souvenir de sa précédente enquête, cache un secret très personnel, et il rumine. Il a beau être revenu de son exil, il pense au fameux test qu’il doit passer, le plus discrètement possible, et envisage toutes les conséquences de ses résultats – les traitements, et la mise au placard. Séparés de sa femme, il a trouvé un dérivatif : un forum pour divorcés, non pour retrouver l’âme soeur, mais pour discuter avec d’autres hommes dans son cas. Sa tranquillité n’est que de courte durée – n’était-il pas en congé maladie ? Un meurtre spectaculaire a lieu, et il est prié d’être bon pour le service immédiatement. Ce meurtre nous montre en plus tout le bien qu’une certaine frange de la population polonaise pense des gays. La police est loin d’être épargnée – pourquoi le serait-elle, dans un pays où l’on trouve des « zones sans LGBT ? ». La nouvelle adjointe de Mortka, Anna Suchocka surnommée La Sèche est considérée comme « gouine ». L’est-elle ? Elle est surtout une femme qui a dû s’imposer dans un monde d’homme, survivre dans un monde misogyne. Elle doit aussi, en gravissant les échelons, apprendre son métier, prendre de plus en plus de responsabilité. Le Kub n’est pas toujours tendre avec elle, il aurait préféré garder Kochan comme adjoint. Las ! Celui-ci veut gravir les échelons. Le Kub fait donc sans lui, à qui il pouvait confier sa vie les yeux fermés.

L’enquête n’avançait guère, et un autre meurtre est commis, de manière tout aussi spectaculaire, suivi d’un troisième, extrêmement cruel. De quoi mettre sur les dents les enquêteurs, qui ne savent plus comment avancer – puisqu’ils n’ont pas de pistes. Ce n’est pas faute de chercher – dans le passé, dans le présent, particulièrement bouillonnant, comme souvent dans les pays qui découvrent les joies du capitalisme. Ah ! La création d’entreprise, l’achat d’action, le développement de nouveaux produits, que de bonheur !

Et que de vide aussi. La vie sentimentale de nombreux personnages est tristement vide, du prestigieux associé à la professeure d’une école privée. Les mariages ? Ils se finissent, même dans la très catholique Pologne, très souvent par un divorce, et c’est l’épouse, curieusement, qui tire son épingle du jeu. Ce n’est pas Mortka qui dira le contraire, cependant il assume parfaitement, pour le bien-être de ses fils. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Et Mortka de débusquer une seconde enquête criminelle. Oui « débusquer », parce qu’elle était là, sous le nez d’un autre enquêteur. Pour qu’il la voit, il aurait fallu qu’il écoute, qu’il cherche, et tant pis pour la paperasse, tant pis pour les statistique. Jusqu’à quand faut-il se battre pour que justice soit rendue ?

Un roman passionnant, de bout en bout, que je suis presque au regret d’avoir terminé. Heureusement, le tome 4, traduit lui aussi par Erik Veaux, vient de paraître.

 

 

 

6 réflexions sur “La Colombienne de Wojciech Chmielarz

  1. Pingback: Mois du polar 2020 | deslivresetsharon

  2. Pingback: Challenge Voisins Voisines 2020 – Billet récapitulatif – A propos de livres…

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