Archive | 15 février 2020

Théo, super-héros de la nature (T.1) S.O.S. Insectes par Anne-Marie Desplat-Duc

Présentation de l’éditeur :

Depuis que sa maîtresse lui a appris à planter des légumes, Théo, 10 ans, adore jardiner.
Un jour, alors qu’il vient de sauver deux bébés limaces cachées dans une salade, il va lui arriver quelque chose d’incroyable ! Une coccinelle se pose sur sa joue et… Le voilà transformé en lilliputien !
Les animaux de son jardin lui annoncent alors qu’il a été choisi pour être le porte-parole de leur cause contre le tout-puissant géant Tosanmo. C’est décidé, Théo accepte cette formidable mission !
Mais comment s’y prendre ? Avec l’aide de Maëlle et de ses amis, le voilà embarqué dans une drôle d’aventure !

Mon avis :

J’ai pris plaisir à lire ce roman en avant-première, parce qu’il est rempli d’optimiste, en dépit de situations décrites plutôt désespérées. Théo, le héros de ce livre, est un jeune garçon, pas encore un ado, ce qui prouve qu’il n’y a pas d’âge pour vouloir changer les choses. Certes, ses parents aussi ont voulu changer de vie : ils sont partis vivre à la campagne, mais sa mère continue toujours à nourrir sa famille avec des plats tout préparés. Cuisiner, ce n’est pourtant pas si compliqué !

Oeuvre positive, vous disai-je, elle montre que, si nous nous y mettons tous, si chacun d’entre nous fait des efforts, nous pouvons améliorer nos conditions de vie. J’ai presque l’impression d’être sentencieuse en écrivant cela, qui est tout le contraire du ton employé par l’autrice. En nous faisant nous intéresser à l’infiniment petit, tous ces insectes que nous ne voyons pas, elle nous rappelle à quel point ils sont importants pour l’équilibre de la nature et à quel point leur disparition peut causer un déséquilibre. J’ai l’impression que, de nos jours, plus personne ne l’enseigne aux enfants, plus personne ne transmet ce soin, cette attention à l’infiniment petit. Je le disais, il n’y a pas d’âge pour changer les choses, se questionner : le roman nous montre des personnes âgées qui ont déjà franchi le pas et savent prendre soin de leur jardin sans pesticides. Il est faux aussi de croire qu’il est trop tard pour changer l’agriculture. Le roman ne prétend pas que c’est facile, il dit qu’il faut prendre conscience des inconvénients et chercher des solutions.

Un roman sympathique, argumenté, pour les enfants, les parents, et les grands-parents aussi.

 

Sans raison de Mehdy Brunet

Présentation de l’éditeur :

Je suis dans cette chapelle, avec ma femme et mes deux enfants, je regarde le prêtre faire son sermon, mais aucun son ne me parvient.
Je m’appelle Josey Kowalsky et en me regardant observer les cercueils de ma femme et de ma fille, mon père comprend.
Il comprend que là, au milieu de cette chapelle, son fils est mort. Il vient d’assister, impuissant, à la naissance d’un prédateur.

Mon avis :

Dès les premières pages, nous savons que l’espoir n’est pas là. Dès les premières pages, nous savons que Christine et Katie Kowalsky sont mortes. Il nous reste à savoir cependant beaucoup de choses : comment sont-elles mortes, pourquoi ont-elles été tuées (il faudrait que le lecteur soit naïf, en lisant ces premières pages, pour penser à des morts naturelles), et de quelle manière le ou les coupables seront appréhendés. Vaste programme.

S’il est une notion qui m’a interpellée dans ce roman, c’est celle de justice. Josey ne croit plus à la justice. Si, il pense que les policiers finiront par trouver et arrêter les coupables. Il pense même qu’ils seront condamnés. Il pense aussi qu’ils n’effectueront pas leur peine en entier, sortiront au bout de quelques années – et recommenceront. Oui, il ne croit pas à la réinsertion dans la société de ces personnes. Et nous, quand nous lisons ce récit, pouvons-nous vraiment y croire ? Alors oui, je divulgue un peu de l’intrigue : Christine et Katie ont été enlevées, violentées, torturées, et sont mortes en tentant d’échapper à leur calvaire. Les responsables ont filmé leur forfait et ont envoyé la vidéo à Josey Kowalsky. Josey, précisons-le, est un homme ordinaire, aimant femme et enfants (et parents également) : absent quand Christine et Kathie ont été enlevées, il assistait à un match de football avec son fils. Un homme comme les autres, dont la vie banale, disons-le, est brusquement détruite.

Justice, donc, parce que les kidnappeurs-tortionnaires n’ont aucune notion de ce que cela signifie, aucun sens du bien et du mal. Ce qui les qualifie ? L’appât du gain, la jouissance facile non pas des plaisirs pas toujours licites, mais celle d’assurer son pouvoir sur l’autre, celle de faire mal, et de jouir encore plus d’être vu en train de faire souffrir. Le remords ? Non, seulement la crainte de se faire prendre, de ne pas avoir été assez prudent, de risquer une peine de prison supplémentaire. Non, pour avoir des remords, il faut avoir la conscience d’avoir commis des actes immondes. Je n’ai relevé dans le texte aucun indice laissant entendre que c’était le cas pour eux, cela ne semble plutôt qu’une étape dans leur carrière.

Ce qui me frappe aussi est leur absence d’attachement. La solitude est une chose, elle peut être choisie. Le fait de ne tenir à personne, de n’être retenu par personne en est une autre. Josey Kowalsky lui, pense à celles qui ne sont plus, mais aussi à ceux qui restent : son fils William, ses parents, son grand-père, ses beaux-parents. Beaucoup de personnes avec lesquelles les liens sont très fort, suffisamment pour qu’il se demande ce qu’ils penseraient de ce qu’il fait, comment ils parviendront à vivre après tout cela.

Parce que l’après, on en parle très peu, finalement, dans les romans. Les proches des victimes sont très souvent évacués au profit des enquêteurs. Ce n’est pas le cas ici, et même si le récit qui s’ensuit est celui d’une vengeance implacable, ce sont les pas de Josey que nous suivons. Le rythme de l’intrigue va véritablement crescendo, et il est très difficile de lâcher le roman avant de connaître le dénouement – et l’épilogue, qui nous entraîne vers le second volume mettant en scène Josey Kowalsky, Le fruit de ma colère.