Archive | 3 février 2020

Là où chantent les écrevisse de Delia Owens

Merci aux éditions Seuil et à Babelio pour ce partenariat.

Présentation de l’éditeur :

Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur « la Fille des marais » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n’est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent.
A l’âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé qui lui apprend à lire et à écrire, lui fait découvrir la science et la poésie, transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l’abandonne à son tour. La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie. Lorsque l’irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même…

Mon avis :

Bienvenue en Caroline du Nord, un état américain qui n’a pas fini, par sa diversité, d’inspirer les auteurs. Ici, ce ne sont pas les montagnes que nous découvrons, comme dans Les dieux de Howl mountain de Taylor Brown, ce sont les marais et ses habitants. Parmi eux, Kya, ou plutôt Kya, bientôt seule. Kya est la dernière d’une famille de cinq enfants, elle vit dans les marais avec ses parents, un père revenu boiteux de la guerre, une mère qui n’en peut plus de cette violence. Un jour, la mère part – elle l’avait déjà fait – si ce n’est qu’elle n’est pas revenue. Puis, ce sont les trois aînés qui sont partis – pour quelle destination ? Eux non plus ne sont pas revenus, et d’eux, le lecteur, pas plus que Kya, n’aura de nouvelles. Il ne restera bientôt que Jodie, le frère cadet, plus âgé que Kya, avant que lui aussi ne parte à son tour, laissant Kya avec son père. Alors, oui, l’on peut comprendre ce besoin vital de partir, reste cependant l’amertume que j’ai ressentie, pour ne pas dire la colère, de voir que personne n’a eu le réflexe de partir avec sa petite soeur. Note : je connais quelqu’un qui l’a fait, et ne venez pas me dire « la loi, les services sociaux… » Oui, quelqu’un s’aventure bien dans les marais, à plusieurs reprises, pour tenter de scolariser Kya, mais qui s’est chargé de l’intégrer ? La promesse d’un bon repas, oui, cela peut faire venir un enfant habituée, malheureusement, à se débrouiller toute seule. Cela ne remplace pas la chaleur, la bienveillance, l’humanité. A la place, elle trouve les moqueries, les insultes, la volonté de la laisser « à part », puisque ceux qui viennent des marais sont responsables de tous les maux. Alors, il serait facile de balayer cela d’une main, de se dire que c’est aux Etats-Unis, c’était il y a longtemps… Il suffit d’ouvrir les yeux et de regarder autour de soi pour comprendre qu’il est aisé d’ostraciser une communauté et de la rendre responsable de tout ce qui ne va pas.

Kya va donc se construire seule – même son père s’en va. Elle expérimente jour après jour la solitude. Alors, certes, on pourrait dire qu’elle n’est pas seule, au milieu de ses marais qu’elle apprivoise, qu’elle apprend à connaître mieux que tout le monde, les plantes, les animaux, qui nous sont montrés dans des descriptions riches et précieuses. C’est de ces marais que viendra son indépendance. Donc, oui, elle est bien seule, et ne sait que trop bien ce que signifie le mot « solitude ». Certes, elle fera aussi de belles rencontres, comme Jumping et Mabel, qui ont compris sa solitude (c’est à dire qu’elle n’avait plus grand monde pour l’aider), contrairement à d’autres qui préféraient les questions inquisitrices auxquelles, de toute façon, elle n’aurait pu donner de réponses qui n’auraient entraîné son départ des marais. Il y aura aussi Tate, qui voyait d’abord en elle la petite soeur de son ami Jodie – deux enfants devant composer avec un père violent. Il est des rencontres moins bénéfiques, celle de Chase.

Chase. C’est presque une histoire parallèle qui s’ouvre avec lui, avec sa mort plutôt. Chase, fils unique, coqueluche locale, marié, coureur de jupons. Une enquête est menée, ce qui est plutôt logique – on ne laisse pas une mort impunie ! Pourtant, l’enquête m’a paru presque secondaire, face à la vie que mène Kya, à ce que l’enquête force les autres à voir, sur elle, sur eux. Quitte à ne pas se sentir très fier après.
Un livre fort et dense.