L’année du gel d’Agathe Portail

édition Calmann-Lévy – 416 pages

Présentation de l’éditeur :

Été 2017. Après un épisode de gel qui a dévasté ses vignes, Bernard Mazet se range à l’idée de sa femme d’ouvrir des chambres d’hôtes pour sauver la propriété familiale de Haut Méac. Le château affiche complet avec la venue d’un groupe de trentenaires pour une semaine. La fantasque Olivia, Vincent, le célibataire volage, Clara, si discrète, et leurs deux couples d’amis semblent heureux de se retrouver. Mais dans la chaleur écrasante, les esprits s’échauffent et les drames personnels refont surface.
À l’aube du quatrième jour, un cadavre est découvert dans la chambre froide du château. Le major Dambérailh, chef de la brigade locale, est chargé de l’affaire. Tandis que les conflits d’intérêt émergent au sein de son équipe, sa tante Daphné, vieille fille loufoque, s’invite dans l’enquête. Il faudra exhumer bien des secrets honteux ou douloureux pour que la lumière se fasse.

Mon avis :

Qu’allaient-ils faire dans ce vignoble ? Je n’ai rien contre les vignes, je n’ai rien contre les réunions annuelles entre amis, je me demande simplement pourquoi ce groupe de trentenaires qui ne semblent pas avoir tant de points communs que cela, si ce n’est d’avoir fait partie de la même promotion d’étudiants part ensemble en vacances depuis des années. Ils ont choisi une chambre d’hôtes dans un vignoble, et rien ne semble aller très bien entre eux – individuellement ou collectivement. Ah si : Pierre et Juliette forment un couple uni et aimant. On ne peut en dire autant de Léonie et Corentin, qui pourtant attendent un enfant. Pour compléter cette galerie de portraits de trentenaires, nous avons la discrète et insignifiante Clara, Olivia, qui s’est penchée vers la méditation, et détachée des contingences terrestres (pour combien de temps, je vous le demande un peu), Vincent, prototype parfait de l’adulescent. Plus loin, loge Elise, chez Daphné Dambérailh, tante du chef de la brigade locale. Elle semble vraiment en train de se reconstruire peu à peu, comme si ses os avaient été brisées un à un par la brutalité du monde du travail. Elle m’a touchée, elle que je n’ai pas suspectée un seul instant, tant elle met toute son énergie à vivre, simplement, et à surmonter ce qu’elle a vécu, et qu’elle a raconté sans fard.

Alors, qui a donc tué, dans cette propriété familiale reconvertie partiellement en chambres d’hôtes, histoire de sauver les meubles et tout ce qui peut l’être, qui ? Et qui a été tué aussi – nous le découvrirons de manière décalée, ayant eu le temps de faire connaissance avec chacun des protagonistes, avec leurs secrets, avouables, ou pas. Avec des secrets aussi dont on se demande pourquoi ils ont jugé utiles de les cacher. Il y a une marge entre ne pas aimer aborder certains sujets – la vocation du fils du major – et les dissimuler à ses intimes, ou à ceux qui se croient tels.

Ils sont un peu arrivés comme des chiens dans un jeu de quilles, ces charmants citadins qui ont fait leurs études non loin de là. Ils méconnaissent totalement le monde de la vigne, ou presque totalement. Ce n’est pas le cas du major, qui sait trop ce que signifie une année de gel – et ses conséquences – après une année de grêle, et une autre année sans récolte. Comment faire survivre une propriété dans ce cas ? Tout sauf facile, tout sauf possible. Et si un autre drame se jouait, sous nos yeux, avec une Alexane Mazet totalement à l’ouest, et un mari qui veut à tout prix la préserver.

L’année du gel est autant un roman policier qu’un roman de société, entre modernité et tradition, volonté de conserver le patrimoine et nécessité d’être compétitif. Il est possible de tout simplement, aussi, trouver sa voie hors des sentiers battus, d’avoir le courage d’être soi. Ils ne sont pas si nombreux que cela à le faire, ou à l’avoir fait mais, dans le cas de Daphné ou du fils de Géraud Dambérailh (comme par hasard, des membres d’une même famille), sans ostentation, sans chercher à convertir les autres, encore moins à les faire souffrir. Rare dans ce petit monde où règnent l’égoïsme et le profit personnel. A méditer.

 

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