Archive | 13 janvier 2020

Canyons de Samuel Western

Présentation de l’éditeur :

Idaho, 1970. Ward, sa petite amie Gwen, et Eric, le frère jumeau de cette dernière, partent chasser sous un ciel d’azur. La vie semble sourire à ces trois jeunes gens insouciants à peine sortis de l’adolescence. Mais par un coup cruel du destin Ward tue accidentellement Gwen et anéantit ainsi à tout jamais leur avenir. Vingt-cinq ans plus tard, Ward, abîmé par l’alcool et hanté par le passé, recroise la route d’Eric. Sa rage intérieure a consumé son talent de musicien et fait le vide autour de lui. Le moment est désormais venu pour chacun d’affronter ses démons, et Ward invite Eric à une partie de chasse dans son ranch au pied des Bighorn Mountains. Les deux hommes se préparent alors à une nouvelle expédition : Ward espère y trouver sa rédemption, Eric sa vengeance.

Mon avis :

Les accidents de chasse sont fréquents, très fréquents, trop fréquents – en France. Aux Etats-Unis, aussi. Alors que Ward était parti chasser avec sa petite amie et le frère jumeau de celle-ci, ils ont fait quelques belles prises. Puis, il a bien fallu rentrer – en oubliant que l’un des fusils était encore chargé (accident fréquent aussi à l’armée). Le coup part, tiré par Ward, et tue Gwen instantanément.
Vingt-cinq ans passent. Même s’il a percé dans la musique, Eric a fini par sombrer. Dire qu’il ne s’est jamais remis de la mort de sa soeur est une évidence. Il fait tout pour tomber encore plus bas qu’il ne l’est déjà. Son job actuel ? Rafistoler les enregistrements de musiciens tout sauf bons. Pourtant, il se rend à une réunion d’anciens étudiants, et là, il tombe sur Ward, qui ne va pas tellement mieux que lui mais qui est marié, a trois enfants. Il l’invite à un concert – oui, Eric fait aussi des tournées, enfin, quand il peut – et la femme de Ward a une idée dont je vous laisse juge : inviter Eric à la chasse aux cerfs. Naïveté ? Inconscience ? Les deux sans doute, tant la chasse faisait partie de la vie quotidienne en Idaho, tant elle fait aussi partie de la vie quotidienne dans le Wyoming.
Vengeance ? Oui, sans aucun doute. Ce n’est pas qu’Eric n’a attendu que cela – ce serait vraiment facile de parler ainsi. Eric n’a jamais pu pardonner. Ward n’a jamais pu se pardonner. J’ai parfois l’impression qu’il est plus question de religion que de justice. La femme de Ward, mère de ses trois enfants (j’ai failli écrire « quatre », tant il me semble qu’elle souhaite avoir un autre enfant) y est pour beaucoup. Elle fait partie de ses personnages que j’ai très souvent croisé dans la littérature américaine : elle a une fois inébranlable. Elle appartient à une de ses nombreuses églises, comme il en existe tant aux Etats-Unis, et si elle s’est écartée de sa famille, elle souhaite élever ses trois fils avec les mêmes règles qu’elle a reçues, et qui lui ont permis de devenir la femme qu’elle est. J’hésite à la qualifier de profondément naïve, ou étonnamment confiante en la nature humaine – surtout qu’il ne doit pas être facile, tous les jours, de vivre à côté de Ward, toujours sur le fil de la dépression, toujours prompt à ne pas donner de seconde chance. Cependant, je me dis que certains développements sont parfois trop beaux pour être vrais – parfois seulement, comme si vingt-cinq ans plus tard, Ward et Eric terminaient autrement la partie de chasse.
Ce n’est pas tant que j’ai une impression mitigée sur ce livre que je m’interroge sur la construction du récit (mon côté professeur de français), sur le fait que certains personnages soient restés dans l’ombre (les parents de Ward, les parents d’Eric, même si les deux protagonistes trouvent des ressemblances entre leur mère respective). Le dénouement se veut apaisé…. comme s’il était le seul possible, comme si une vie « normale » n’avait pas véritablement sa place, comme si chacun avait compris ce que l’autre voulait faire. Déçue ? Ce n’est pas vraiment cela, plutôt le fait que je n’ai pas vraiment été surprise à la lecture de ce livre.Revenir en haut