Archive | 12 janvier 2020

Préférer l’hiver d’Aurélie Jeannin

Présentation de l’éditeur :

À distance du monde, une fille et sa mère, recluses dans une cabane en forêt, tentent de se relever des drames qui les ont frappées. Aux yeux de ceux qui peuplent la ville voisine, elles sont les perdues du coin. Pourtant, ces deux silencieuses se tiennent debout, explorent leur douleur et luttent, au cœur d’une Nature à la fois nourricière et cruelle et d’un hiver qui est bien plus qu’une saison : un écrin rugueux où vivre reste, au mépris du superflu, la seule chose qui compte.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Harper Collins et Netgalley pour ce partenariat. Maintenant, les choses difficiles commencent : je n’ai pas apprécié ce livre. Je le dis d’entrée de jeu. Reste à savoir pourquoi, et là, c’est assez simple.

Dans ce livre, nous sommes dans la contemplation, et non dans l’action. Préférer l’hiver, oui, mais la fille (qui est aussi la narratrice) et la mère vivent non seulement dans la saison hivernale mais aussi dans un hiver affectif depuis la mort de leur fils, de leur petit-fils. Elles vivent littéralement leur deuil. Elles en ont la possibilité. Et c’est là que je deviens très froide, très indifférente envers ses femmes qui ont le luxe de pouvoir se retirer du monde, de vivre dans une cabane en forêt, avec des provisions. Certes, la vie est difficile, la narratrice se demande si elles auront assez à manger, s’il leur reste suffisamment d’essence pour aller en ville, où elles sont les « recluses » du coin mais je connais peu de personnes qui peuvent se permettre, en dépit de leur immense douleur, de vivre ainsi. Elles ne peuvent pas, pour des raisons matérielles, professionnelles, familiales.

Puis, j’ai trouvé ce livre terriblement impersonnel, les personnages principaux sont uniquement définis par leurs liens familiaux, peut-être pour montrer le côté universel de cette histoire, ou pour accentuer la froideur de la situation vécue par les personnages. Certes, elles sont seules, mais elles ont aussi été abandonnées par les pères respectifs de leurs enfants – autre manière de vivre leur deuil.

Pas de dialogue, ce qui ne veut pas dire que les deux femmes ne communiquent pas. J’ai parfois eu l’impression qu’elles ne quitteraient jamais l’hiver, que ce n’était pas le printemps qui les attendaient au bout de la route, mais leur mort. Il faut dire que la violence est présence, bien qu’elles soient retirée du monde, violence qui a ôté la vie du frère de la narratrice, violence qui la fera se faire agresser (et survivre), violence des voisins qui veulent à tout prix qu’elles se débarrassent du héron et du ragondin qui visitent leur étang.

Alors oui, l’attention est portée à chaque chose, les phrases sont belles, poétiques, et pourtant, nulle émotion pour moi. C’est ainsi.