Archive | 8 janvier 2020

Au nom du bien de Jake Hinkson

 

édition Gallemeister – 307 pages

Présentation de l’éditeur :

Pasteur respecté d’une petite ville de l’Arkansas, Richard Weatherford n’en est pas moins simple mortel, avec ses secrets et ses faiblesses. Car Richard a fauté avec un jeune homme, Gary. Alors le coup de fil qu’il reçoit à cinq heures du matin ne présage rien de bon : le silence de Gary lui coûtera 30 000$, sinon Richard devra dire adieu à sa réputation et – surtout – à sa femme Penny et à leurs cinq enfants qui jamais ne supporteront un tel scandale. Prêt à tout pour empêcher son monde de s’effondrer, le pasteur n’a que quelques heures pour tisser une immense toile de mensonges où piéger son entourage. Mais c’est tout le charme des petites villes : même si leurs habitants prennent des directions différentes, leurs chemins finissent toujours par se croiser… inéluctablement.

Mon avis :

L’action se passe quasiment de nos jours, oui, quasiment, puisqu’elle se situe pendant le second mandat de Barack Obama. En le lisant, je suis stupéfiée par l’obscurantisme de certaines personnes, pour ne pas dire l’obscurantisme de tous les personnages – je ne voudrais pas non plus exagérer. Dans la petite ville de l’Arkansas où se situe l’action, règne la prohibition. Certes, il est des personnes qui voudraient que la vente d’alcool soit à nouveau autorisée, elles sont cependant minoritaires. Le pasteur, bien sûr, est contre cette vente : il est marié, il est père de cinq enfants aux prénoms très bibliques qui m’ont rappelé la série WASP Sept à la maison : Matthew, Mary, Mark, Johnny et Ruth (trois prénoms en commun si vous faites des recherches). Pour Johnny, je vous rassure : c’est le diminutif de Jonathan. Ils font la fierté de leur père, en dénonçant notamment ce que leur apprennent leurs enseignants de science, très éloignés des enseignements religieux. Là, j’ai envie de dire « ouf » pour ses enseignants, qui me semblent réellement effectuer leur mission. Par contre, l’annonce que la jeune génération ne suit pas leur chemin m’inquiète plutôt : le sens critique, ce sera pour un autre monde.

Richard Weatherford règne vraiment sur cette petite communauté – même s’il craint le jugement de certains membres de sa paroisse. Il reçoit ses paroissiens à toute heure du jour, de la nuit parfois, et les aide – même si les conséquences ne sont pas celles attendues. Pensons à Randy, qui a arrêté l’alcool il y a huit ans : ses deux fils ont pourtant mal tourné, en dépit du soin qu’il a pris d’eux – ou des exigences nouvelles qu’il leur a imposées, traduisez comme vous voulez. Richard a cependant un problème assez important : il a eu une relation tendre avec un jeune homme, qui a aujourd’hui décidé de le faire chanter. Il faut bien gagner sa vie. Il faut bien partir et refaire sa vie ailleurs. Oui, Richard Weatherford peut passer pour un hypocrite, mais Gary n’est pas un amoureux qui souffrirait d’être dans l’ombre, c’est un homme qui entend bien profiter de la situation  !

Il est ambivalent, Gary, lui et son amie (petite amie ?) Sarabeth. Gary a souffert de dépression, ce qui a mis fin à ses études, et il entend repartir du bon pied, loin de cette petite ville – avec Sarabeth, cinquième roue du carrosse familial, et de l’argent. Il a vu le profit qu’il pourrait tirer du pasteur, de l’attirance qu’il a bien vu que celui-ci ressentait pour lui. Chacun prisonnier de ses contraintes, de ses désirs, de l’image qu’il veut donner de lui, entraine une succession d’actions aux conséquences imprévisibles – ou comment ajouter un problème en croyant en résoudre un. Tout peut facilement devenir un problème dans cette petite ville puritaine.

Et tout problème peut entraîner une solution. Certains ne reculent devant rien, et pourront dire que ce n’est pas leur faute. Il faut de tout pour faire et défaire un monde.

Au nom du bien – mais qu’est-ce que le bien ?