Archive | 7 janvier 2020

Sème la mort de Laurent Malot

Présentation de l’éditeur (extrait) :

Un quadruple meurtre secoue alors la ville. Arrêté avec un couteau à la main et du sang sur ses vêtements, un ado de 14 ans se mure dans le silence avant d’être interné en hôpital psychiatrique. Gange, aux affaires courantes, reste en retrait. En arrêtant un jeune qui sème le trouble dans les rues, il croise la route de sa mère, femme de pouvoir séduisante, prête à tout pour protéger son fils. Une femme d’influence que personne, à Etampes, n’ose vraiment contredire…

Préambule (vous n’êtes pas gâté, encore une chronique longue) :

Voici quelques jours, j’ai écouté sur Inter une chronique sur les influenceurs. Je n’en suis pas une, je suis blogueuse, ce n’est pas la même chose.

Mon avis :

J’ai lu, avant de rédiger mon avis, tout ce que j’ai pu lire sur Babelio. Alors, je ne serai pas brève (bis), je tenterai simplement de suivre un grand principe : ne pas prendre un livre tel qu’on aurait aimé qu’il soit, mais tel qu’il est. Il est tout de même rarissime (sinon, j’attends des témoignages) d’apprendre qu’un éditeur ait forcé un auteur à modifier radicalement une intrigue. Alors commençons.

Sème la mort, c’est d’abord l’histoire d’un lieutenant, Gange, qui se remet à peine d’une affaire douloureusement complexe, et surtout, de la séparation d’avec sa femme. Parce qu’il ne comprend pas, non, pourquoi elle l’a planté là, avec sa fille, pourquoi elle est revenue pour divorcer et tout faire – du moins, c’est mon sentiment – pour l’écarter de la vie de sa fille. Alors il a demandé sa mutation, pour ne pas être éloigné de sa fille. Il s’accroche, pour être présent chaque fois que celle qui est quasiment son ex-femme lui en laisse l’occasion. Sa mutation n’a pas fait que des heureux, bien au contraire. Il se retrouve même plutôt dans un placard, parce qu’il a un chef qui fait régner son ordre, et sa discipline. Tant pis si les enquêtes en pâtissent, je ne suis même pas sûre qu’il s’en rende compte puisque personne n’ose se dresser devant lui.

Sauf Gange. Non, il ne joue pas les cow boys, il veut simplement, à un moment de l’enquête, pouvoir faire son travail, faire passer la recherche et l’arrestation du suspect avant les querelles d’égo – ce que d’autres comprennent très bien. Il fallait simplement un policier déclencheur, si j’ose dire. Un policier qui a une toute jeune co-équipière, devenue policier parce qu’elle a regardé beaucoup de séries télévisées policières. Note : vous connaissez beaucoup de séries télévisées qui ne sont pas des séries policières, mis à part les sketchs humoristiques diffusés sur M6 ? Comment s’étonner alors que des vocations soient nées, tout comme l’Instit avait été créé pour donner envie de s’inscrire à feu l’IUFM ? Sam ne déchante pas parce qu’elle découvre la réalité du terrain, elle déchante parce qu’avec un chef comme le sien, une jeune femme a très peu de chance de se faire sa place, encore moins d’avoir une place digne de ce nom. Mais Sam est vraiment faite pour ce métier, pas du genre à se décourager, comme nous le montre nous le dénouement.

L’intrigue, c’est tout de même une famille entière qui a été assassinée, et un suspect idéal : il est jeune, il était sur les lieux du crime, il était différent parce que surdoué. Ne cherchez plus, c’est le coupable idéal, que ce soit pour le commissaire, ou mieux, les journaux, qui tiennent un sujet en or quasiment massif. Je ne saurai mieux dire que l’auteur :

Depuis le meurtre de la rue des Barricades, seul Ethan intéressait les médias. Sa personnalité avait été disséquée sur toutes les chaînes et dans tous les journaux. C’était la même chose avec les attentats ; tout le monde connaissait le nom et le visage des terroristes ; les victimes, elles, étaient laissées au bon souvenir de leurs familles.

Il est question de terrorisme, aussi. Depuis 2015, nous vivons avec, et si nous n’y pensons pas tous les jours, les menaces, les suspicions existent. Le fait qu’on puisse y faire allusion, même pour écarter cette piste, nous le rappelle.

Et un cinquième meurtre survient, et peine à réorienter l’enquête. Par commodité. Si l’on n’a pas de preuves de la culpabilité du jeune garçon, on n’a pas de preuves suffisantes de son innocence non plus. Vous avez dit absurde ? Un peu. N’oublions pas que nous sommes en province, cette province que les médias ignorent sauf en cas de crimes, cette province qui est regardée avec dédain de la capitale. Cette province dans laquelle les agriculteurs vivent comme ils peuvent, meurent aussi, à cause des engrais qu’ils ont dû répandre pour obtenir de meilleurs rendements, engrais fabriqués dans des usines qui font vivre l’économie locale : le cercle vicieux est bouclé.

Il est question aussi des enfants différents. Pas seulement Ethan, mais aussi Rémy. Comment prendre soin de ses enfants ? Comment les protéger aussi d’eux-mêmes ? Comment les aider à grandir harmonieusement ? Certains y arrivent, avec beaucoup de soins, dans tous les sens du terme. D’autres noms, parce qu’il est plus facile de fermer les yeux.

Sème la mort est un roman policier qui nous tend un miroir vers notre société. Un miroir pas forcément agréable, mais juste.