Les feuilles mortes de Thomas H Cook

Présentation de l’éditeur :

Eric Moore a toutes les raisons apparentes d’être heureux : propriétaire prospère d’un magasin de photos et d’une jolie maison dans une petite ville sans problème de la côte Est, il mène une vie de famille épanouie auprès de sa femme Meredith et de son fils Keith, un adolescent de quinze ans. Cet équilibre parfait va pourtant voler en éclats à jamais… Un soir comme les autres, ses voisins demandent à Keith de garder Amy, leur fille de huit ans. Au petit matin, Amy est introuvable. Très vite, l’attention de la police se porte sur Keith et ce dernier, pataud et mal dans sa peau, se défend maladroitement. Du jour au lendemain, Eric devient l’un de ces parents qu’il a vus, à la télévision, proclamer leur foi dans l’innocence de leur enfant. Alors que l’enquête de la police se recentre autour de Keith, Eric doit lui trouver un avocat et le protéger contre les soupçons croissants de la communauté. Mais est-il tout à fait sûr de l’innocence de son fils ? Si Keith était coupable, et s’il était prêt à répéter son geste… Quelle devrait être alors la responsabilité d’un père?

Préambule ( comme hier, vous pouvez passer directement à la chronique si vous le souhaiter) :

Ce livre est l’une des raisons pour laquelle je ne me réinscrirai pas dans le grand réseau de bibliothèque dans lequel je suis inscrite depuis des années. En effet, j’étais en train de le lire – après tout, lire dans une bibliothèque n’est pas choquant – quand j’ai été dérangée par un usager qui m’a dit en substance qu’il pouvait me déranger, puisque je ne lisais qu’un roman policier. Ce n’était pas très grave. » Depuis le temps que c’est arrivé, j’ai eu le temps de faire le récapitulatif du nombre de fois où un usager m’a interrompue (voire pire) au cours d’une lecture. Il est des interruptions sympathiques, et celles-ci ne me gênent nullement. Il en est d’autres qui sont au mieux méprisantes, au pire très agressives. Par contre, en dix ans de fréquentation de la petite bibliothèque voisine, je peux faire un compte rapide du nombre de fois où je fus dérangée/critiquée/vilipendée : jamais. Mes choix de bibliothéque pour l’année 2020 sont donc vite faits.

Mon avis :

Noir, sombre, désespéré, désespérant, profond, nous poussant à nous interroger, à repenser à la confiance en soi, en les autres, à ce que l’on veut dans la vie.
Notes brèves sur un roman intense.
L’écriture est rétrospective, et c’est le point de vue d’Eric que nous suivons. Il a tout pour être heureux, jusqu’à l’enlèvement de sa petite voisine qui l’amène à reconsidérer le monde dans lequel il vit, à regarder d’un autre oeil son entourage.
Mais le regarde-t-il vraiment d’un autre oeil ? N’a-t-il pas toujours regardé différemment son fils unique, qui n’est pas vraiment celui qu’il désirait, qu’il n’est pas du tout celui qu’il voulait, loin de l’image de ce fils idéal qu’il garde en tête – un fils qui serait le double de lui-même, non un fils qui aurait son identité à part entière.
Même raisonnement pour son frère : le connaît-il vraiment ? Et l’important, est-ce vraiment qui est son frère, ou plutôt ce qu’il est prêt à croire pour son frère ? C’est un peu comme si l’esprit d’Eric était une construction non de tout ce qu’il avait observé par lui-même mais de tout ce qu’il avait appris, de tout ce qui est admis dans la société. Ce n’est pas tant qu’il se voile la face, c’est qu’il voit tout à travers des clichés dont il ne se rend même pas compte que ce sont des clichés. Le plus tenace ne serait-il pas jusqu’où un père peut aller par amour pour son enfant ? Il nous pousse ainsi, nous lecteur, à nous interroger sur ce que nous, nous serions prêt à admettre pour l’amour d’un enfant, tant finalement les personnages suivent la voie d’un seul et unique raisonnement, sans être capable de se questionner, de changer de voie, ou de revenir en arrière, et se disant que la seule chose à faire, c’est celle qu’ils ont faites.
Les feuilles mortes n’est pas un policier hors du temps, cependant, dans une société où tout le monde nous dit ou presque qu’il est nécessaire d’aller vite, où tout le monde va trop vite, il nous rappelle qu’il est nécessaire de s’arrêter, de se poser, de réfléchir, même s’il y a urgence. Surtout s’il y a urgence.

12 réflexions sur “Les feuilles mortes de Thomas H Cook

  1. Encore un enculé qui ne sait pas ce que contient la littérature policière, c’est un mécréant qui ne sait pas… Qui ne veut pas savoir, et un mal élevé, je ne dérange jamais une personne qui lit.

    PS : rajoute un « e » dans le titre, tu as noté « les feuilles morts » et faudra les ramasser à la pelle ♫

    PS 2 : pas encore eu le temps de le lire… shame on me.

  2. Ah, comme j’ai aimé ce roman ! Ce roman (édité par la Série Noire, n’en déplaise aux cons ignares) est un grand moment de littérature, prenant et intelligent. C’est mon roman préféré de Thomas H.Cook, même si je lui ai décerné 3 ou 4 coups de cœur depuis. Quand j’ai rencontré l’auteur à Lyon, que je lui ai dit que Les feuilles mortes était mon roman préféré, il a été très étonné. Je lui ai dit que pour moi, c’était son roman le plus subtil, que les messages n’étaient pas triviaux, qu’il fallait faire un travail sur soi, sur nos réactions pour mesurer la grandeur de ce roman. Il a conclu (en Anglais) : vous les français, vous n’êtes pas comme les autres ! Bonne année au passage ! BIZ

    • Je te comprends ! (les cons ignares, malheureusement, j’en ai beaucoup trop croisés !) Oui, c’est un livre véritablement intelligent, et c’est véritablement l’intérêt de ce roman noir – de n’êre pas ce que l’on attend d’un « roman policer aseptisé prêt à consommer.
      Merci pour ce partage : et c’est bien que nous ne soyons pas comme les autres.
      Merci ! Bonne année à toi aussi.

    • Ce n’est pas mon premier livre lu de cet auteur, ce ne sera pas mon dernier non plus – et heureusement.
      Oui, il est bon, il ose nous interroger sur nos « réflexes », ce que nous sommes prêts à admettre.
      Pour la suite… vaste programme !

  3. Pingback: Challenge Petit Bac 2020 : Première grille! – Enna lit, Enna Vit!

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