L’empreinte d’Alexandria Marzano-Lesnevich

Présentation de l’éditeur :

Etudiante en droit à Harvard, Alexandria Marzano-Lesnevich est une farouche opposante à la peine de mort. Jusqu’au jour où son chemin croise celui d’un tueur emprisonné en Louisiane, Rick Langley, dont la confession l’épouvante et ébranle toutes ses convictions. Pour elle, cela ne fait aucun doute : cet homme doit être exécuté. Bouleversée par cette réaction viscérale, Alexandria ne va pas tarder à prendre conscience de son origine en découvrant un lien tout à fait inattendu entre son passé, un secret de famille et cette terrible affaire qui réveille en elle des sentiments enfouis. Elle n’aura alors cesse d’enquêter inlassablement sur les raisons profondes qui ont conduit Langley à commettre ce crime épouvantable.

Préambule (vous pouvez directement passer à la chronique si vous le désirez ) :

Après un mois de décembre mitigé, j’ai eu la chance de lire trois livres en avant-première excellents, dont les chroniques paraîtront le jour de leur sortie en librairie. De quoi me réconcilier avec la lecture de polar, et de vérifier cet adage : un très bon livre réhausse toujours la lecture d’un autre très bon livre.

Mon avis :

Autant vous le dire tout de suite, lire ce livre vous donne l’impression de vous prendre plusieurs baffes dans la tronche. C’est percutant, cela touche, cela fait mal aussi, et laisse des traces – j’ai presque envie de dire « forcément », vu les sujets qui sont traités.

D’un côté, nous avons le cas, j’ai presque envie de dire « clinique » d’une affaire judiciaire telle qu’on les montre aux étudiants en droit. Une affaire trop malheureusement banale : un homme a été condamné à mort pour avoir assassiné un jeune garçon de six ans. De l’autre, nous avons Alexandria, une des étudiantes en droit qui visionne la video de ce condamné à mort. Et là, elle qui est pourtant une farouche opposante à la peine de mort, viscéralement, depuis qu’elle est enfant, est pour le fait que cet homme soit exécuté. Pourquoi ? Bien sûr elle se pose la question, et de ce questionnement naîtra ce livre, à la fois quête d’elle-même, et recherche sur Rick Langley.

Je l’ai déjà dit, la lecture fait mal, parce que l’on peut se demander comment on en est arrivé à un tel gâchis, d’un côté comme de l’autre. Ce n’est pas que Rick a été abandonné, ce n’est pas que Rick est né sous une mauvaise étoile (il n’y avait en fait pas d’étoile du tout), c’est que rien ne semblait pouvoir lui venir en aide – y compris le psy qu’il a consulté étant enfant.

S’il est en effet un maître-mot, pour la famille de Rick comme pour celle d’Alexandria, c’est « silence ». Du passé, ne parlons pas, il est passé. Gardons les blessures pour nous. Faisons comme si l’on n’avait rien entendu, rien su. Alexandria a si bien intégré ce principe, qu’elle ne peut « parler » avec son propre frère, elle ne peut « dire », et même quand elle parle, elle ne se souvient pas forcément de ce qu’elle a dit. Et quand elle pose des questions, rares sont les réponses qui lui parviennent – réponse dont elle a intérêt à se souvenir, parce qu’un second récit est inenvisageable.

Le meurtre, le procès, les procès. Le fait qu’une punition est possible, que le crime est bien reconnu en temps que tel est important. C’est ce qu’ont les proches de Jeremy. Un procès, c’est ce que n’aura pas Alexandria, elle qui souffrira pendant des années à la suite des abus sexuelles qu’elle a subis, souffrances physiques puisqu’il était impossible de dire, de se construire, de construire sa vie enfin – elle qui prendra le chemin du droit, comme ses parents, avant d’en dévier pour enfin être ce qu’elle est – j’ai envie de dire « qui elle est ».

Sont entrelacés, liés, les deux enquêtes, avec un même dénominateur commun : la pédophilie. Dans l’enquête, l’autrice tient à montrer qu’il n’y a pas d’hérédité, de transmission : on ne devient pas pédophile parce qu’on a été abusé étant enfants. Elle montre, aussi, les réactions des juges, des avocats, des jurés, face à ce qui a été fait, face aussi à Rick qui tente d’expliquer ce qu’est la pédophilie, pour lui. L’autrice note aussi qu’en dépit de lois qui ont été votés, rien n’a véritablement progressé dans la lutte contre les violences faites aux enfants.

Au cours de cette minutieuse reconstruction, elle montre également ce qui n’a pas été approfondi au cours de l’enquête, les analyses qui n’ont pas été faites, le drame qui est survenu après ce meurtre, toutes les questions qui n’ont pas été posées. Elle cherche à comprendre sans jamais broder, expliquant d’ailleurs à la fin du livre sur quoi elle s’est appuyée, chapitre par chapitre.

Après un livre aussi fort, je me demande sur quel projet travaille l’autrice actuellement.

8 réflexions sur “L’empreinte d’Alexandria Marzano-Lesnevich

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