Archive | 31 décembre 2019

Refuge de Terry Tempest Williams

Présentation de l’éditeur :

Utah, printemps 1983. La montée des eaux du Grand Lac Salé atteint des niveaux records et les inondations menacent le Refuge des oiseaux migrateurs. Hérons, chouettes et aigrettes neigeuses, dont l’étude rythme l’existence de Terry Tempest Williams, en sont les premières victimes. Alors qu’elle est confrontée au déclin de ces espèces, Terry apprend que sa mère est atteinte d’un cancer, comme huit membres de sa famille avant elle – conséquence probable des essais nucléaires menés dans le Nevada au cours des années 1950. Bouleversée par la douleur de celle qu’elle accompagne dans la maladie, Terry se plonge dans une enquête sur les effets dévastateurs des retombées radioactives.

Mon avis :

Quand un individu a un cancer, toute sa famille l’a avec lui. (p. 238).

Cette phrase, par sa justesse, par le fait qu’elle dit si bien ce que nous sommes en train de vivre dans ma famille, je voulais qu’elle ouvre ce billet.

Cette oeuvre a été écrite en 1991, et traduite en français seulement vingt ans plus tard – de cela,  nous pouvons remercier les éditions Gallmeister, qui trouvent vraiment des oeuvres d’une rare beauté.

Terry, l’autrice, est aussi la narratrice de ce livre. Chaque chapitre porte le nom d’un de ses oiseaux qu’elle observe, dont la vie est menacée par la montée des eaux du Grand Lac Salé mais aussi par l’indifférence des hommes. Il faut pourtant trouver une solution à cette montée des eaux : les industries perdent de l’argent – oui, les hommes ne sont pas indifférents pour tout.

Ce n’est pas un livre facile à vivre, parce qu’il fait voir ce que c’est, au jour le jour, que l’accompagnement d’une personne qui souffre d’un cancer, d’une personne qui a en plus décidé de lâcher prise, de profiter de chaque jour, et qui sait que la mort est au bout du chemin. A la fin du livre, dans le texte écrit dix ans après sa parution, Terry Tempest Williams montre bien l’évolution de la manière dont la maladie est prise en charge : ne plus avoir « honte » de cette maladie, pouvoir en parler, échanger, est important (si les personnes en font le choix, bien sûr).

S’il faut qualifier la manière dont la mère de Terry est accompagnée par son médecin, je dirai que les mots « avec humanité » – le médecin respecte ses choix, y compris celui de ne pas mourir à l’hôpital. Il est des moments très durs à lire, il faut cependant se dire que chacune des réactions est profondément humaine, oui, je redis le mot, et qu’il est possible à chacun de flancher, de ne pas réagir comme on s’y attendait, et aussi de dire « oui, je n’aurai pas dû, j’ai fait une erreur ».

Bien sûr, il est des maladresses aussi, et Mimi, la grand-mère de Terry, n’hésite pas à corriger le médecin qui minimise (pour la rassurer ?) l’intervention qu’elle s’apprête à subir. Nous sommes au plus près de la vie et de la mort dans ce livre, et l’autrice nous livre les faits tels qu’ils sont, sans les embellir, sans sombrer dans le pathos, sans jamais faire croire que c’est facile – surtout pas facile à accepter.

Et il y a les oiseaux, qui l’aident à tenir, qu’elle observe, qu’elle cherche, qu’elle retrouve parfois, dans cette nature, dans ce refuge qu’elle connaît. Il est question de religions, aussi, la religion mormone. Jamais il n’est question de prosélytisme, mais du soutien qui leur fut apporté, moralement, physiquement.

Alors… si vous aimez le nature writing, ou si vous avez envie de découvrir ce genre, Refuge est véritablement à découvrir.