Archive | 29 décembre 2019

Journal d’un louveteau garou – le bal 2

Cher journal
Écrire pendant le bal, je pensais que ce serait difficile. Pas du tout ! il faut dire que l’on s’ennuie copieusement. (Oui, je ne vais pas censurer mon propre journal, n’est-ce pas ? ).
Nous entrâmes à huit heures, heure officiel du début du bal. J’avais déjà vu plein de téléfilm américains, des séries aussi, dans lesquels le bal se déroule dans un gymnase somptueusement décoré. Là aussi, cela se passe dans le gymnase. Pour la décoration, je la qualifierai de totalement absente. Raison de sécurité et de budget. Surtout de sécurité.
– Apparemment, me souffla Paul, un louveteau serait monté au sommet du sapin au beau milieu du bal il y a six ans, provoquant ainsi son effondrement. C’est ma sœur qui me l’a dit.
Comme si les propos des grandes soeurs étaient à prendre au sens propre !
Notre professeur vampire DJ était bien là, avec ce que j’identifiai comme un piano à queue et un micro. Flûte alors ! Le principal adjoint avait quant à lui une pile de partition à la main. Cela ne me disait rien qui vaille.
– Chers louveteaux (et un larsen, un), chères louvetelles, enfin, vous qui allez vous embêter toute la soirée ici, je peux vous dire que vous n’êtes pas les seuls. J’ai eu cette année un aperçu de ce que c’était, la musique lupine, et en deux cents ans, je n’avais rien entendu de pire. Je vais donc jouer au piano (il donna une grande claque sur l’instrument qui ne s’écroula pas) les plus beaux morceaux de ma jeunesse, sans oublier des classiques que vous ne connaissez sans doute pas, enfin, surtout pas ceux qui font semblant d’écouter mes cours et dorment les yeux grands ouverts. Monsieur le principal, à vous ! »
Notre principal a tout simplement déclaré le bal ouvert. Le pauvre ! Quoique… Il n’aime peut-être pas danser.
La première heure, il ne se passa pas grand chose. Il faut dire que notre professeur vampire enchaînait valse sur polka, mazurka sur valse. De temps en temps, il émettait quelques grognements, qui ramenaient illico le principal à ses côtés. Je suis presque sûr l’avoir entendu murmurer « non mais vous inquiétez pas, je ne vais pas dézinguer un louveteau. Par contre, il est probable que je me barre avant la fin du bal s’ils continuent à être aussi mous ! C’est quoi cette génération ? J’ai connu des vampires en hibernation plus vivaces !  »
Deuxième heure, enfin un peu d’animation. Il faut dire que nous n’avions plus droit à des classiques, mais à des oeuvres plus remuantes.
– Et ils appellent ça danser ! Si quelqu’un filme, il aura l’impression que c’est au ralenti ! J’ai connu des thés dansants plus mouvementés.
Pourtant, j’avais l’impression que nous nous démenions pas mal. Le thème du bal avait aussi été respecté – beaucoup de vert, beaucoup trop de vert.
Bien sûr, aucune fille ne portait des chaussures à talon – des louves en escarpins, vous rêver ! Puis, comme me souffle Sarah « ce n’est pas pratique pour danser ».
Survint alors un grand « boum ». C’était notre professeur qui avait violemment rabattu le couvercle du piano.
– C’est catastrophique. J’en vois même deux qui se sont endormis. Alors, je m’accorde une pause bien méritée et pendant ce temps je vous suggère de continuer à vaquer à vos occupations, c’est à dire faire du surplace.
Nous trouvâmes que c’était très exagéré. Néanmoins, comme nous nous ennuyions ferme, nous décidâmes Mathieu et moi de rentrer à l’internat et de nous coucher.
– C’était très bof, dit Matthieu.
Je partageais son avis, et je le partage avec toi. Nous ne sommes pas les seuls à avoir quitté le bal, cependant, je demanderai demain aux vaillants louveteaux qui sont restés comment cela s’est terminé.
Anatole Sganou, 4e Bleu.