Archive | 13 décembre 2019

Gardiens des Cités perdues, tome 1 de Shannon Messenger

Edition Lumen – 510 pages

Présentation de l’éditeur :

Depuis des années, Sophie sait qu’elle n’est pas comme tout le monde. Elle se sent à part à l’école, où elle n’a pas besoin d’écouter les cours pour comprendre. La raison ? Elle est dotée d’une mémoire photographique… Mais ce n’est pas tout : ce qu’elle n’a jamais révélé à personne, c’est qu’elle entend penser les autres comme s’ils lui parlaient à haute voix. Un casque vissé sur la tête pour empêcher ce bruit de fond permanent de la rendre folle, elle se promène un matin avec sa classe au musée d’histoire naturelle quand un étrange garçon l’aborde. Dès cet instant, la vie qu’elle connaissait est terminée : elle n’est pas humaine et doit abandonner son existence entière pour rejoindre un autre univers, qu’elle a quitté douze ans plus tôt. L’y attendent une pléiade de nouveaux condisciples, amis et ennemis, et une question obsédante : qui est-elle ? Pourquoi l’a-t-on cachée dans le monde des humains ? Pourquoi n’a-t-elle que des souvenirs partiels de son passé ?

Merci aux éditions Lumen et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Je découvre cette série très en retard : ce n’est pas faute de l’avoir croisée de nombreuses fois, c’est simplement que je lis beaucoup, et qu’il faut parfois un coup de pouce (un partenariat avec Netgalley) pour sauter le pas. C’est chose faite. La seule chose qui me gène, est qu’il reste sept tomes après celui-ci – vu la taille de ma PAL, je ne suis pas prête de les lire.

Sophie est différente des autres enfants. Elle est surdouée, se sent à part, d’autant plus que, depuis l’âge de cinq ans, elle entend les pensées des autres. Agréable ? Non, pas vraiment, surtout quand on entend toutes les pensées de toutes les personnes qui vous entourent, et que vous n’avez aucun moyen de les faire taire. Je n’oublie pas que vous n’avez aucun moyen, non plus, d’en parler à vos parents ou à vos proches : il n’existe pas vraiment de remèdes. Heureusement (ou malheureusement, comme vous voudrez), la vie de Sophie change radicalement quand elle est abordée par un inconnu qui lui révèle qu’elle n’est pas humaine, et lui fait retrouver son véritable univers. Cela fait beaucoup pour Sophie, qui doit abandonner ce (et ceux) qu’elle a toujours connu, et s’adapter à un univers totalement différent du sien. J’ai vraiment trouvé intéressant que le lecteur se retrouve exactement dans la même position que Sophie, qui peine elle aussi à retrouver ses repaires. Nous sommes dans un univers magique, mais il n’est pas de formules contre le mal du pays – contre le fait, aussi, de se sentir différente, même au milieu de ceux qui sont sensés être les siens.

Sophie et nous ne savons pas tout. Nous devons faire avec ce que les autres veulent bien nous dire, avec ce qu’ils jugent utiles de cacher, pour protéger Sophie. Avec ceux avec qui elle vit, qui ont eu l’immense douleur de perdre leur fille, et qui doivent vivre sans leur fille, mais avec Sophie.

Alors oui, c’est un roman qui pose les bases d’un univers mais sans jamais rester statique – Sophie doit s’acclimater, à ce nouveau monde, mais aussi, déjà, affronter ses adversaires tout en découvrant sa véritable nature, que personne ne connaît véritablement. Il est des personnes qui n’ont pas envie qu’elle soit là, il en est d’autres qui sont toutes prêtes à la récupérer. Pour en faire quoi ? Oui, Sophie se retrouve à peine considérée comme un être vivant, plutôt comme une arme en puissance.

Sophie aura-t-elle au moins des moments d’apaisement ? Pas vraiment. Elle fait en tout cas preuve d’une grande maturité, d’un grand sens de la réflexion, que bien des adultes n’ont pas encore – et j’aime assez que l’auteur ait construit un personnage aussi riche.

Bref, un premier tome très agréable à lire, que je recommande à tous les amateurs de fantasy.

 

La variée était en noir de Jean Failler

Présentation de l’éditeur :

Voici Mary Lester plongée dans le monde étrange des marais de Brière dans le cadre – voulu par un ministre – d’une coopération avec la gendarmerie. Les gendarmes l’acceptent volontiers à condition qu’elle ne fasse pas de vagues et surtout, qu’elle ne se mêle pas d’enquêter sur les incendies qui ravagent des maisons de  » hors venus  » au marais. Évidemment, il suffit d’interdire quelque chose à Mary pour qu’elle ait envie de le faire. Elle ne tarde pas à découvrir que ce qui se passe sur l’Ile aux Vierges est bien plus grave que les incendies, et à s’intéresser à un personnage louche et à sa compagne. Des gens qui ont le bras long, au point de pouvoir empêcher Mary de mener son enquête à bien ? Ils auraient tort de le croire…

Mon avis : 

C’est un livre inquiétant. Si, si, je vous le dis. Il est inquiétant à plus d’un titre. Certes, il faut le replacer dans son époque, celle où le premier ministre d’alors voulait prouver la bonne collaboration entre la gendarmerie et la police : Mary Lester est donc envoyée dans les Marais de Brière pour être la caution politique de cette belle entente. Si vous avez déjà lu une enquête de Mary Lester, vous devez savoir qu’elle n’a vraiment rien qu’une « caution », et tout d’une enquêtrice qui veut mener à bien ses enquêtes. Pas si simple puisqu’un charmant personnage sévit, effraie quasiment tout le monde, au point que personne n’ose porter plainte, et que la gendarmerie laisse faire – surtout ne pas faire de vague !
Ce qui est inquiétant aussi, si vous lisez la couverture, est que le roman est signé « Mary Lester », et non « Jean Failler ». Pourquoi ? L’auteur a été condamné en diffamation pour un de ses précédents romans, parce qu’une personne s’est reconnue dans l’ouvrage – plusieurs mêmes, si j’en crois l’article que j’ai lu à ce sujet. Quid de la liberté de l’écrivain ? Pas gagné, si j’ose dire.
Cette vingt-cinquième enquête nous emmène dans les marais de la Brière où des incendies ont lieu, de manière inexpliquée – enfin, pas pour tout le monde. On sait, on n’a pas de preuve, et en France, on ne peut pas condamner sans preuves. Heureusement, me direz-vous. Je suis bien d’accord. Je dis simplement que pour pouvoir faire cesser ces exactions, il faut aussi se donner les moyens d’enquêter, faire cesser la peur, oser aussi se poser les bonnes questions. Tant que les victimes n’oseront pas porter plainte, tant qu’elles seront terrorisées par leur bourreau, tant que les violences conjugales seront traitées comme de simples disputes causées par la jalousie. Je parlai d’actualité plus haut : force est de constater que les choses n’ont guère changé depuis la publication de ce roman en 2004.
Pas une enquête facile pour Mary Lester, non seulement parce qu’elle est un peu seule contre tous, mais aussi parce qu’un homme ne peut bénéficier d’une telle immunité sans être protégé. Qu’est-ce qui peut bien se passer dans ses marais pour qu’on lui laisse faire sa loi ?
Ce que découvre Mary Lester est tout sauf reluisant. Il est de bonnes personnes. Il en est d’autres qui savent tirer le meilleur, pour eux, de la misère humaine.Cela se passe près de chez nous, il faut simplement ne pas fermer les yeux.