Archive | 26 novembre 2019

Benzos de Noël Boudou

Présentation de l’éditeur :

Vous est-il déjà arrivé de vous réveiller avec cette sensation de déjà-vu ?
Sauriez-vous faire la différence entre le vrai et le faux ?
Avez-vous une confiance absolue en vos proches ?
Nick semble mener une vie tranquille, entouré de sa femme et de ses voisins. Pourtant, le jour où des amis de longue date arrivent, son existence tout entière va basculer dans l’étrange et l’impensable.
Réalité ? Psychose ? Quelle preuve avez-vous finalement de votre réalité ?

Mon avis :

Tout d’abord, je tenais à remercier Joël, des éditions Taurnada, pour sa confiance.

De nos jours, beaucoup de personnes, beaucoup trop de personnes prennent des somnifères. Beaucoup de médecins les prescrivent parce que. Oui, je m’arrête là – parce que j’ai la chance d’avoir un médecin qui ne m’en a jamais prescrit, qui pense qu’il existe d’autres solutions que de prendre des somnifères. On prend des somnifères parce que l’on ne dort pas, certes, mais aussi parce que l’on a besoin d’être performant au travail, parce que l’on n’a pas le temps de rechercher ce qui a bien pu causer ses fichues insomnies, et même si on l’identifie, pas le temps, pas l’envie de traiter réellement cette cause – avaler un cachet, c’est tellement plus rapide.

Nick est dans ce cas. Il se souvient très bien de l’âge auquel on lui a prescrit son premier somnifère. Depuis, il n’a pas arrêté. Il a même augmenté les doses, largement. Elles sont gracieusement fournies par la médecine mais aussi par Chloé, sa femme, qui travaille pour un laboratoire pharmaceutique. Amour ou inconscience ? Je ne sais pas. Pourtant, il a déjà tenté de décrocher, il n’a pas réussi. Il a promis à sa femme qu’il décrocherait – quand elle attendrait leur premier enfant. Cela fait irrésistiblement penser à ces promesses d’ivrogne. La différence ? L’alcoolisme est une maladie reconnue, la prise de benzodiazépines (« benzos » pour les intimes) passe bien plus inaperçue puisque le but de leur consommation est justement de pouvoir mener une vie « normale », sans que personne ne s’aperçoive de rien.

Puis, Nick a tout pour être heureux (mis à part cet enfant qui tarde à venir). Son métier ne lui déplait pas, il vit dans une belle maison, ses voisins sont charmants, et ses deux meilleurs amis viennent passer des vacances avec lui. Que demander de mieux ? Que rien ne se mette à dérailler, comme cela se produit dès le début du séjour de Pierre et Cath. Nick a un peu l’impression de vivre un jour sans fin, de perdre pied, tant le réel qu’il appréhende diffère du réel dont il se souvient – ou croit se souvenir. Comment faire confiance à sa mémoire quand on se bourre de cachets pour dormir ? Compliqué ? Oui.

La force de ce roman est d’épouser le point de vue de Nick, qui tente de se raccrocher à ce (ceux ?) qu’il peut, qui se rend compte que quelque chose ne va pas, puis que rien ne va ou presque. Est-ce lui qui a raison, ou est-ce ses proches ? Je vous rassure, nous sommes bien dans un roman noir, et si nous plongeons avec Nick dans son univers, nous saurons ce qu’il en est à la fin. Sans vous la dévoiler, je peux cependant dire que l’explication tient la route.

Au final, ce roman nous rappelle que l’on peut porter en soi son enfer personnel, et que les autres, même avec les meilleures intentions, n’ont aucune idée de ce que cela peut être.